2008, l'année du retour de la gauche, par Marylise Lebranchu

Publié le par Comité 1905 Draguignan

Nous avons besoin, Monsieur Sarkozy, d'un président de la République, pas d'une star. Vous aviez déclaré souffrir de la médiatisation de votre vie privée, mais la mise en scène de vos vacances vous montre bien imprudent...

 

Vous, qui en appelez si souvent à l'identité française, n'ignorez pas pourtant que la République française s'est construite précisément sur la séparation de la sphère publique, où règne le droit, et de la sphère privée, où la conscience, les idées et les croyances sont protégées. C'est dans notre pays que s'est forgé, dans le débat démocratique, le progrès historique que constituent ces codes du vivre ensemble.

Mais vous balayez ces acquis de stabilité en écorchant la base même de notre pacte républicain, la laïcité. Le concept de "laïcité positive", que vous avez inventé au Vatican (!), est mal pensé et malvenu, dangereux, inutile. Il trahit ce que nous sommes en tant que Français, au moment où la laïcité "à la française" représente la seule alternative à la vision du monde projetée par George W. Bush. Comme le décrit l'économiste libanais Georges Corm, le "recours au religieux" auquel vous appelez se conjugue avec la propagation d'un néolibéralisme décomplexé.

Et vous, en imitateur, vous épousez cette vision pourtant déjà surannée qui veut séparer le monde entre les Occidentaux et les autres, ceux qui bénéficieraient d'un héritage chrétien et les autres, confondant progrès et héritage, dans une vision construite sans réalité culturelle et historique, écorchant même à Dakar la culture africaine.

Il est temps d'ouvrir un vrai débat entre nous, en ce début d'année, pour savoir quelle vision de la société vous avez, quelle vision nous avons. Le drame du Pakistan nous appelle à ce travail-là. Pour contribuer à la paix, nous devons sortir de "l'axe du Mal" de George Bush qui a déchiré un peu plus le monde en 2001.

 

PAS DE GARDERIE LE DIMANCHE

 

Vous méprisez aussi l'autre pilier de notre République française, notre pacte social. Pendant vos congés de rêve, que la plupart des Français ne connaîtront jamais, vous décidez la suppression de la majoration de leurs premières heures supplémentaires. Entre deux fêtes, votre premier ministre annonce la prochaine suppression de la durée légale du travail. N'était-ce pas assez pour complaire au Medef ? Alors, afin de les aider à consolider l'oligopole de la grande distribution, vous avez fait voter un amendement pour que certains travaillent le dimanche. Savez-vous combien sont payés ces vendeurs et vendeuses ? Moins de 1 200 euros pour la plupart. Beaucoup d'entre eux vivent en couple et ont des enfants. Mais le dimanche, il n'y a pas de garderie, pas d'assistantes maternelles : il leur faudra donc payer une baby-sitter à 7 euros de l'heure...

Vous qui avez parlé de ces enfants laissés seuls après 17 heures, est-ce vous qui les garderez le dimanche ? Vous leur avez proposé un leurre, votre "travailler plus pour gagner plus", vous jouez avec les annonces, vous avez même réussi à faire passer l'augmentation de 4 % du prix du gaz pour une bonne nouvelle, ils auraient échappé aux 6 % que demandait GDF ! Comme s'il ne s'agissait pas de permettre une opération boursière après la fusion avec Suez. Vous connaissez les résultats du groupe, Monsieur le président, cette augmentation n'est ni nécessaire ni juste.

Vous avez oublié l'Etat stratège, qui pourrait penser les éléments d'une croissance juste, durable, les bases d'une politique industrielle pour répondre aux marchés ouverts dans le monde. Au lieu de quoi, vous tirez ce pays vers le bas, en faisant le gros dos devant la nouvelle donne mondiale que vous ne lisez qu'en termes de "bas coûts" !

Monsieur le président, l'année 2008 sera celle du retour de la gauche. Une gauche qui dira comment produire les richesses de notre pays pour ensuite les répartir avec justice. Une gauche qui vous rappellera les exigences du respect des droits de l'homme et de la justice, chez nous comme partout dans le monde. Une gauche stratège, une gauche rassemblée dans une volonté de transformation sociale durable qui travaillera à la construction d'une force unique, respectueuse de toutes les identités et de tous les parcours politiques, syndicalistes, mutualistes, associatifs. Une gauche qui montrera des visages de dirigeants différents, réconciliant toutes les générations, tous les parcours sociaux et tous les territoires.

Bonne année, Monsieur le président, les progressistes vont enfin se mobiliser, redresser la tête, reprendre la parole. Vous avez cru assécher le débat politique en offrant quelques postes à des anciens politiques de gauche dont les ego ont besoin de reconnaissance, vous avez failli réussir, je suis déterminée, avec beaucoup d'autres, à vous en empêcher.

Marylise Lebranchu est députée PS du Finistère.

Publié dans Politique et société

Commenter cet article