Villepin change d’audience

Publié le par Comité 1905 Draguignan

Quatre jours après la fin des plaidoiries du procès Clearstream, l’ancien Premier ministre a réuni ses fidèles à Paris. Au menu : critique de la politique de Nicolas Sarkozy et candidature pour 2012.

Par LILIAN ALEMAGNA, ANTOINE GUIRAL Libération

Dominique de Villepin à la Maison de l'Amérique Latine à Paris, le 27 octobre 2009.

Dominique de Villepin à la Maison de l'Amérique Latine à Paris, le 27 octobre 2009. (© AFP Thomas Coex)

En politique, le grand fauve a le coup de griffe facile, la dent acérée et une insatiable soif de revanche. A peine sorti de ses longues journées d’audience du procès Clearstream, Dominique de Villepin s’est remis en chasse en réunissant ses partisans, hier soir, à la Maison de l’Amérique latine à Paris. Une demi-heure de discours sur une estrade face à quelque 800 personnes et un nouvel ami à ses côtés : le député souverainiste de l’Essonne Nicolas Dupont-Aignan. Dominique de Villepin n’a pas eu un mot sur le procès Clearstream, dont le jugement est attendu le 28 janvier, mais il en a appelé, sous les applaudissements, au «respect de l’indépendance du système judiciaire sans lequel il n’y a pas de véritable justice». L’objectif de la soirée était d’abord de montrer qu’il y avait pour lui une vie (politique) après Clearstream en appelant à «préparer une alternative républicaine». Car, à l’entendre, «le pays ne peut vivre avec une personnification du pouvoir qui nuit à son efficacité».

Vulgarité. Chef de meute d’une petite troupe de parlementaires bien décidés à faire la peau de Nicolas Sarkozy, l’ancien Premier ministre ambitionne ouvertement d’être candidat à la présidentielle en 2012. Son créneau est étroit. Villepin et les siens se situent dans la majorité mais souhaitent offrir une alternative de droite à Nicolas Sarkozy. «Il y a un vaste espace à occuper dans notre famille politique que ni la personnalité ni la politique du président de la République ne comblent», affirme le député de l’Essonne Georges Tron. Toute la difficulté du pari villepiniste est là : l’alternative se fait au sein de la droite alors que l’alternance est à gauche. «Nous sommes d’abord une force de proposition, pas d’opposition», résume Brigitte Girardin, ex-ministre de l’Outre-Mer de Jacques Chirac et actuelle présidente du Club Villepin. Même si on est dans le non-dit, l’offre villepiniste - comparée à celle de l’actuel locataire de l’Elysée - est d’abord affaire de style. La vulgarité bling-bling contre le chic France éternelle. Mais, pour cliver sur le fond avec son rival honni, le dernier chef du gouvernement Chirac met en avant ses différences en matière de politique étrangère (le retour de la France dans l’Otan, par exemple), de laïcité, de défense du pacte républicain et du modèle français. Hier soir, il en a ainsi appelé au «retour aux sources de ce qu’est la France : la nation». Et, pour bien marquer sa différence, il a affirmé qu’il est préférable de «faire vivre les principes qui sont les nôtres» plutôt que «d’avoir un grand débat sur l’identité nationale».

A en croire, la petite dizaine de parlementaires qui portent la cause de leur grand homme, une armée de l’ombre - dont ils sont l’héroïque avant-garde - serait prête à se soulever. Elle comporterait des soldats perdus du chiraquisme, des déçus du Modem de Bayrou, des écœurés de la guerre des chefs au PS, d’incurables allergiques au sarkozysme et, bien sûr, des admirateurs de Dominique de Villepin. Brigitte Girardin assure que les 4 000 adhérents revendiqués du Club Villepin ne représentent pas seulement cette diversité politique : «Ils sont originaires de tous les coins de France, avec beaucoup de banlieusards, de provinciaux et représentent toute la diversité du peuple français.» Soit. Mais que pèse tout cela face à l’appareil d’Etat contrôlé par Nicolas Sarkozy et l’énorme machine de guerre nommée UMP ? Pas de défaitisme ! Lorsque l’on est villepiniste, on croit en une force susceptible de se mettre puissamment en mouvement derrière un homme providentiel. Un chef qui a déjà gravé le début de sa légende en tenant tête aux Américains va-t-en-guerre lors d’un fameux discours à l’ONU. Dans la pure tradition gaulliste, la ligne de l’horizon politique d’un tel homme ne peut se situer qu’«au-dessus des clivages partisans» traditionnels. Dominique de Villepin l’a affirmé lui-même dès lundi soir en marge d’un débat à Sciences-Po. «En politique, on a besoin de fidélité mais aussi de mouvement. On ne peut pas vivre dans des clivages figés. On n’a rien à gagner à rester entre soi», a-t-il ajouté.

Concurrent. Pour l’heure, l’Elysée observe avec une attention à la hauteur de son dédain l’animal «s’agiter dans tous les sens, comme toujours», note un conseiller. Le chef de l’Etat, lui, est obsédé par ce concurrent qu’il n’a pas hésité à traiter de «coupable» avant l’ouverture du procès Clearstream. Mais il a surtout déjà fait ses comptes. Une candidature Villepin à la présidentielle en 2012 lui ponctionnerait de précieux points au premier tour. Et rien ne dit, bien au contraire, que «l’autre» serait disposé à les lui rétrocéder au second tour.

Photo Lionel Charrier. Myop

Publié dans Politique et société

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