Il y a aussi du rouge dans le drapeau tricolore

Publié le par Comité 1905 Draguignan

Par LAURENT JOFFRIN

Un débat sur l’identité nationale… Et pourquoi pas ? On comprend que l’opposition dénonce, dans la proposition d’Eric Besson, un calcul électoral destiné à siphonner les voix du FN, autant qu’une conception méfiante et essentiellement défensive de la nation, qui serait menacée par l’immigration, comme l’indique l’intitulé même de son ministère. Mais précisément : plutôt que de traiter la discussion par le sarcasme ou le rejet de principe, ne faut-il pas opposer à cette craintive attitude qui débouche, entre autres, sur le renvoi de trois réfugiés afghans dans leur pays en guerre, une autre conception, ouverte, évolutive et généreuse ?

Il est passé le temps où un soixante-huitardisme mal compris faisait de la nation, vocable projeté sur la scène de l’histoire à Valmy, un mot plus ou moins obscène. Ce qui est national n’est pas nécessairement louche, intolérant ou vichyste. Cette «reductio ad petainum» paralyse la réflexion. Faut-il jeter aux orties Hoche, Lamartine, Jaurès ou Jean Moulin, coupables de défendre le drapeau, c’est-à-dire la République ? Ou encore la Commune, insurrection patriote autant que sociale, noyée dans le sang par une bourgeoisie empressée de se rendre pour massacrer à loisir la classe ouvrière, comme d’autres préféraient Hitler au Front populaire ? Après tout, il y a aussi du rouge dans le drapeau tricolore et s’il a couvert les crimes de la colonisation ou de la collaboration, heures sombres qu’il faut stigmatiser sans faiblesse, il reste celui de la Révolution française, qui fut, comme le disait Hegel, un lever de soleil.

Les républicains et la gauche dénoncent justement le poison mortel du nationalisme, qui porte la guerre et l’intolérance comme la nuée l’orage. Ils ne sauraient laisser la nation au Front national ou à l’UMP, qui s’en serviront contre elle, alors que la gauche en est, autant ou plus qu’eux, partie intégrante.

Le débat est d’autant plus légitime que la définition de l’identité nationale doit évidemment changer. Il y a sur ce point urgence conceptuelle. Depuis deux siècles, la France est terre d’immigration. Or on sait que l’assimilation longtemps pratiquée et qui exhale aujourd’hui des relents coloniaux, ne saurait servir de viatique pour le siècle nouveau, quoi qu’en dise une certaine gauche républicaine et scrogneugneu qui s’accroche à ce modèle vétuste comme à un canot percé et laisse du coup la droite mener la discussion.

Plus de 4 millions de citoyens d’origine étrangère, qui ne sont pas moins français que les autres, demandent à garder une part de leur identité traditionnelle. Au nom de quoi le leur interdirait-on ? La France future sera tissée, en même temps que de christianisme ou de laïcisme, de culture musulmane, d’esprit africain ou de tradition ultra-marine. Ces apports sont un enrichissement et non une menace. Se contenter de dénoncer la burka, ce qui peut certes se comprendre, c’est refuser de voir cette réalité nouvelle et à bien des égards positive. La dénonciation du communautarisme - fondée en théorie - finit par couvrir une forme d’allergie à la différence. La France est d’ores et déjà plurielle. On ne saurait le nier, à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, qui sont par nature mélange et métissage.

Encore faut-il rappeler les valeurs communes de la nation, au moment où une partie des citoyens voient leurs droits niés ou dépréciés par la relégation sociale. Elles ne sont ni ethniques, ni religieuses ni culturelles. Il n’y a pas d’essence nationale. Il y a une adhésion volontaire à des principes, qui sont ceux de la République et des droits de l’homme, comme le préconisait déjà Renan. C’est la volonté de vivre ensemble dans la coopération et la liberté qui définit la nation, et non un soi-disant fait de nature ou d’histoire, intangible et fermé. A condition, bien entendu, que ces principes deviennent réalité et que l’égalité des droits entre dans les faits pour les minorités victimes de discrimination. Renan disait aussi que la nation repose sur une histoire et une culture communes, établies par le temps. La chose est toujours vraie, à condition d’admettre que cet héritage puisse être enrichi, modifié, amendé par des apports nouveaux, et qu’il laisse leur place aux influences du grand large dans une nation à l’humeur résolument cosmopolite. Une nation nouvelle qu’une gauche tournée vers l’avenir devrait promouvoir sans complexes.

Publié dans Politique et société

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