Estrosi veut faire payer un buste de Jean-Paul II aux Niçois

Publié le par Comité 1905 Draguignan

Plus une déclaration ou décision du ministre de l'Industrie et maire de Nice qui ne provoque la polémique. La dernière en date : le conseil municipal dirigé par Christian Estrosi a adopté vendredi une délibération prévoyant l'installation de trois statues dans la commune : le Général de Gaulle, Albert Camus… et Jean-Paul II.

Protestation immédiate de l'opposition, par la voix du socialiste Patrick Allemand, dont le quotidien Nice Matin a rapporté les propos :

« Vous n'êtes pas un maire comme les autres, vous êtes un ministre. Plus que tout autre maire, vous êtes tenu à respecter l'essence même des principes républicains. […] Il s'agit d'une entorse importante aux principes de la laïcité. Nous vous demandons de dissocier l'installation du buste de Jean-Paul II de cette délibération afin que nous puissions la voter. »

Mais protestation vaine : la délibération a été adoptée telle quelle par l'UMP, majoritaire dans l'assemblée. Payé 7 600 euros par la ville, le buste du défunt pape, signé du sculpteur italien Giuseppe Cacace, devrait donc être prochainement installé sur la place publique faisant face au monastère de Cimiez.

« La délibération a toutes les chances d'être annulée »

Sûr de son succès, Christian Estrosi n'a pas manqué au passage de railler l'opposition, en convoquant l'action du maire socialiste de Paris en 2006 :

« Monsieur Delanoë a pourtant nommé le parvis de Notre-Dame-de-Paris “Jean-Paul II”. Je suis sans doute plus proche de lui que vous ! »

Mauvaise pioche ! Juridiquement, en tout cas. Ce baptême au nom du souverain pontife n'avait pas coûté un centime aux contribuables parisiens, ce qui n'est pas le cas à Nice. « La délibération a toutes les chances d'être annulée », relève Maître Alain Garay, avocat spécialisé notamment dans les questions de laïcité.

L'édile niçois aurait dû faire un parallèle avec un autre hommage à Jean-Paul II pour se rendre compte du risque d'illégalité de sa décision. Paul Anselin, alors maire UMP de Ploërmel (Morbihan), avait inauguré en décembre 2006 pareille statue du pape dans sa commune.

« Il est interdit d'élever aucun signe religieux »

L'oeuvre avait été réalisée et offerte à la ville par l'artiste russe Zurab Tseretli, mais le conseil général du Morbihan avait voté une délibération prévoyant une subvention de 4 500 euros pour la réalisation du socle. Délibération qui a été annulée en janvier 2010 par le tribunal administratif de Rennes.

Le juge administratif a considéré que « la liberté de conscience » et « la neutralité du service public à l'égard des cultes » n'ont pas été respectées, s'appuyant sur l'article 28 de la loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat :

« Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. »

Le conseil général n'a pas fait appel du jugement. Quant à Paul Anselin, il a seulement glissé au journal Le Télégramme : « Faut-il commenter le combat retardateur d'une bande de laïcards agités et sectaires ? » En référence à la Fédération de la Libre pensée, qui avait alors attaqué.

« L'un des leaders politiques les plus influents du XXe »

A Nice, cette fois, l'offensive pourrait venir directement des élus d'opposition. La conseillère municipale socialiste, Frédérique Grégoire-Concas, précise à Rue89 :

« Nous allons d'abord faire un recours gracieux auprès du préfet. S'il ne demande pas au conseil municipal l'annulation de la délibération ou s'il ne la défère pas devant le tribunal administratif, on pourrait alors nous-mêmes saisir la juridiction compétente. »

La municipalité niçoise campe, elle, sur sa position, préférant ignorer la polémique et insister sur la fonction de chef d'Etat du pape, malgré l'installation du buste en face du monastère de Cimiez :

« Le pape Jean-Paul II est une personnalité marquante du XXe siècle incarnant les valeurs universelles. Il a eu la volonté durant son pontificat -qui a été un des plus longs de l'histoire de l'Eglise- de rapprocher les religions, d'œuvrer pour la défense de la dignité humaine et de promouvoir les droits de l'Homme. Il est considéré à ce titre, comme l'un des leaders politiques les plus influents du XXe. »

Egalement contacté, le ministère de l'Intérieur -qui est également le ministère des Cultes- n'a pas souhaité répondre à propos de cette décision de Christian Estrosi, qui n'est pas sans rappeler la polémique autour de la récente érection de statues par Georges Frêche à Montpellier.

Rue 89 21/09

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le ch'timi 23/09/2010 19:11


Bonsoir,
Merci de cet article de Rue 89...Ce zigoto, appelé motodidacte ou bac-5 ( ce qui n'est pas une tare ) me fait de plus en plus peur...Il faut dire qu'il a été à bonne école J.Médecin (border-lije
F.Haine) et Peyrat ( même situation )....
Je vais arrêter là sinon, mon clavier va fondre devant la connerie de ce personnage..
Au plaisir de se lire sur nos blogs respectifs...
Bonne soirée