Manuel Valls à la fois lynché et apeuré par le politiquement correct

Publié le par Comité 1905 Draguignan

lundi 22 juin 2009, par Maurice Vidal


Depuis le 7 juin dernier, Manuel Valls défraie la chronique pour avoir dit, lors de sa visite d’une brocante de la ville d’Évry – dont il est le député-maire – que cette brocante donnait une « belle image de la ville d’Evry », pourvu qu’on y mît « quelques blancs, quelques white, quelques blancos ».

Et voilà comment, du jour au lendemain, Manuel Valls est devenu « raciste », le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN) n’ayant pas manqué de se déclarer très inquiet de cet « incident » – que le socialiste Faouzi Lamdaoui a qualifié de « dérapage scandaleux » confortant la thèse de la « hiérarchie absurde entre les races » ! Traduisez : Manuel Valls parle comme le Front National !

Eh bien non ! Manuel Valls n’est responsable d’aucun « incident » ni d’aucun « dérapage » de type frontiste : il a simplement souligné, en trois mots, une évidence que toute personne – et a fortiori tout élu – aspirant à une vraie mixité sociale est à même de reconnaître. Si Manuel Valls avait suggéré que la brocante d’Evry fût enrichie de quelques blacks, de quelques métis et de quelques jaunes, qui l’aurait accusé de collusion avec l’extrême droite ? Qui l’aurait traité de raciste ?

La dérive de la pensée est telle aujourd’hui que la couleur de la peau fait partie des tabous susceptibles de fausser tout débat sur des questions incontournables. Ainsi de l’immigration – qui oblige à se demander pourquoi certains quartiers sont constitués exclusivement de gens de couleur, ou, ce qui revient au même, pourquoi les blancs désertent certains quartiers – et de son corollaire : l’intégration.

 

En effet, pour que la France soit le pays de l’égalité, il faut une réelle intégration. S’il la faut, c’est qu’elle n’est pas ! Pourquoi cette absence ? Dans un article du Nouvel Observateur du 2 novembre 2006, Manuel Valls répondait en faisant remarquer que « l’intégration est un terme désuet, broyé par le rouleau compresseur du politiquement correct »*.

Et voilà la première peur !

Jusqu’à nouvel ordre, l’intégration désigne l’« opération par laquelle un individu ou un groupe s’incorpore à une collectivité, à un milieu » (Petit Robert). Et le dictionnaire de donner l’exemple de l’intégration des Noirs américains au système d’éducation commun des Etats-Unis. Le mot « intégration » n’est donc pas désuet : s’il apparaît tel, c’est parce que la population concernée ne veut pas en entendre parler. Ce qu’elle veut, c’est vivre culturellement et cultuellement comme elle vivait dans son pays d’origine. Si l’on considère le cas des Tarterêts – quartier « sensible » que Manuel Valls connaît bien – ce n’est pas « le rouleau compresseur du politiquement correct »* qui, en l’occurrence, broie l’intégration : c’est le rouleau compresseur de l’islamiquement correct ! Mais jamais Manuel Valls n’osera dire pareil truisme : il préfère déplacer le problème en remplaçant le mot « intégration » par la question « comment devient-on citoyen ? »*, sans avoir résolu quoi que ce soit, puisqu’il s’agit exactement de la même chose.

En clair, Manuel Valls est piégé, comme le sont, en ce domaine, tous les élus de la République, parce que nulle intégration n’est possible lorsque le nombre d’immigrés viscéralement attachés à leur culture d’origine ne cesse de croître. La preuve : Manuel Valls dit qu’il faut « créer de la centralité, fabriquer de la culture commune, développer un sentiment d’appartenance »*, mais en même temps légitime « le droit à une double culture »*.

peur, noyée dans un flou artistique remarquable !

Quelles seront, en effet, ces deux cultures ? Quelle est celle qui se subordonnera à l’autre ? Comment créer l’unité d’une nation avec des binationaux ? En accordant « une représentativité aux communautés qui font notre diversité »* ? Si tel est le cas, comment se défaire du communautarisme ? Si tel n’est pas le cas, comment réussir l’intégration ? En accentuant la diversité ? Sait-on qu’en optant pour toujours plus de diversité, on finira par se retrouver tous ensemble face à la « belle image de la ville d’Evry » et à sa brocante ? Est-il seulement vrai que le modèle républicain « a résisté aux tenants du voile, qui refusaient l’égalité devant la loi et le principe de laïcité »* ? La France actuelle n’est-elle pas ce pays qui scandalise, par voiles interposés, aussi bien les laïques que les musulmanes ayant fui les pays où leur était faite l’obligation de porter le voile ? Qu’attend Manuel Valls pour s’insurger contre ce symbole discriminatoire et religieux ? D’être chef de l’Etat pour pouvoir parler comme le chef de l’Etat ? Mais il parle déjà comme le chef de l’Etat ! « Je souhaite – dit-il dans l’espoir de favoriser l’intégration de ceux qui n’en veulent point – une évolution de la loi de séparation de 1905 pour qu’un peu d’argent public aille à la construction de mosquées » (sic).

Et voilà la troisième peur, mortelle cette fois !

Car loin d’être la condition d’une intégration enfin réussie, cette « évolution » est la condition de notre désintégration par renoncement à nos propres valeurs. Dès lors, comment croire un maire qui se dit « sur tous les terrains »* et qui évacue celui de la République ? Comment croire en la « création d’une identité commune par un urbanisme, des services publics sociaux et une école de qualité »* si la laïcité, qui fédère l’ensemble, laisse la place au religieux ? Plus encore, comment croire que l’identité commune puisse naître d’un urbanisme, de services publics sociaux et d’une école de qualité si, d’entrée de jeu, le religieux s’oppose à la République, autrement dit si les valeurs d’origine s’opposent aux valeurs du pays d’accueil ? Bref, comment « développer le vivre ensemble »* si nous abolissons le droit républicain au profit d’un droit communautariste ?

Toutes les églises se sont pliées à la règle laïque : pourquoi l’islam ferait-il exception ? S’il fait exception, comment justifier ce traitement inégalitaire ? Par la nature absolutiste de l’islam ? Mais toutes les églises sont absolutistes puisqu’elles affirment détenir la vérité absolue ! Par la faiblesse des élus ? Mais depuis quand faiblesse ferait-elle droit ? Depuis quand un Etat laïque financerait-il des lieux de culte ? Depuis quand un élu, sans même en exclure le président de la République, s’arrogerait-il le droit de réintroduire Dieu ou tout autre figure de la Transcendance dans le champ du politique ? Manuel Valls oublierait-il que la laïcité ne ferme pas mais ouvre – car elle place les hommes dans un rapport d’égalité – et qu’elle ouvre même sur l’Histoire, car l’Histoire consiste à penser les transformations auxquelles les hommes sont nécessairement confrontés sitôt qu’ils modifient le droit ? Bref, Manuel Valls oublierait-il que la laïcité est l’unique condition de l’intégration ?

Maurice Vidal

*manuel_valls_le_terrain_d_abord.html

Publié dans Politique et société

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