Philippe Esnol : Je suis gêné par la gêne de toute une partie de la gauche face à la burqa

Publié le par Comité 1905 Draguignan

lundi 22 juin 2009, par Pierre Cassen


Riposte Laïque : Il y a cinq ans, tu avais accueilli, dans ta commune, , Conflans-Sainte-Honorine, en tant que maire, de nombreuses réunions publiques, autour de la bataille pour une loi contre les signes religieux à l’école. Comment réagis-tu au fait que tu fasses partie des rares élus socialistes à se mobiliser, aujourd’hui, sur de tels sujets Comme je l’ai déjà dit, c’est là un sujet dont les élus républicains, au premier rang desquels les socialistes qui sont historiquement à l’origine de lois aussi importantes pour l’égalité entre hommes et femmes que celles sur la parité, doivent absolument s’emparer. Il serait extrêmement dangereux, par peur, par lâcheté ou parce que l’on se fourvoie en considérant la burqa comme une simple tradition culturelle, de laisser la question de son port par de plus en plus de femmes devenir tabou.

Philippe Esnol :

Riposte Laïque : Il y a quelques semaines, tu animais, en ma compagnie et en celle de Rosa, une réunion publique, présentant le livre « Les dessous du voile ». Tu avais défendu les principes républicains, face à la dérive communautariste. Qu’as-tu retenu de cette réunion, et des réactions du public ? J’ai ressenti un fort intérêt pour les sujets abordés de la part du public qui dans l’ensemble s’est montré d’accord avec un renforcement des actions en faveur de la laïcité et de la défense des principes républicains, mis en danger par les dérives communautaristes auxquelles on assiste depuis plusieurs années et qui, si l’on n’y prend garde, vont se renforcer et devenir extrêmement difficile à gérer.

Philippe Esnol :

Riposte Laïque : Tu as appris l’agression dont a été victime Rosa, dans son lycée, aux Mureaux, la semaine dernière. Cela te surprend-il ? Je suis évidemment très choqué par cette agression, preuve de la violence sous-jacente à des positions contraires à nos valeurs républicaines, contraires à cette laïcité que nous nous sommes battus pour avoir, et dont les tenants ne supportent pas la contradiction. D’autant moins quand justement elle vient d’une femme.

Philippe Esnol :

Riposte Laïque : Comment expliques-tu le gêne de toute une partie de la gauche, et du monde laïque, face à l’offensive islamique ? Je suis moi-même gêné par cette gêne. En aucun cas nous ne devrions être gênés de défendre nos valeurs, qui fondent le vivre-ensemble, et de lutter contre les attitudes et les postures qui les remettent en cause.

Philippe Esnol :

En l’occurrence, critiquer la burqa, ce n’est pas critiquer l’islam, mais la dérive islamiste d’une minorité dangereuse qui porte le discrédit sur tous ceux qui pratiquent l’islam dans le respect des autres et des valeurs de notre pays. Attention aux termes utilisés. Faisons bien la différence entre islam et musulmans, qui n’ont rien à voir avec islamisme et intégristes.

Mais cela montre bien qu’il existe un véritable conflit moral interne à la gauche. Ceux qui au sujet du port de la burqa revendiquent le droit des cultures à s’exprimer se fourvoient. La burqa n’est en rien l’expression d’une culture, mais celle d’une minorité masculine, intégriste, obscurantiste, haineuse et évidemment misogyne. Ne parlons pas de liberté de porter ou non la burqa : il ne s’agit en rien de choix, de liberté, mais bien de cacher au monde ces femmes auxquelles on nie tous les droits, jusqu’à celui d’exister en tant que telles, jusqu’à celui d’exister tout simplement.

Riposte Laïque : Ne crains-tu pas que Sarkozy ne se serve des revendications communautaristes musulmanes, pour mieux en finir avec les principes laïques, et notamment la loi du 9 décembre 1905, au nom de la laïcité positive ? Si évidemment, et des revendications communautaristes en général, pas seulement celles liées aux musulmans. Il faut à tout prix éviter la compétition des religions, qui peut conduire au pire. C’est pour cela que la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat a imposé à l’Etat une neutralité religieuse tout en l’engageant à garantir à chacun les moyens d’exercer librement sa religion dans le respect de celles d’autrui. Il nous faut défendre cette loi fondatrice. L’équilibre de notre société et le maintien du bien-vivre ensemble en dépendent.

Philippe Esnol :

Propos recueillis par Pierre Cassen

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