Les petits « caïds » de l’école maternelle

Publié le par Comité 1905 Draguignan

lundi 6 avril 2009, par Brigitte Bré Bayle


Avec un dizaine d’années de plus, il pourrait être le Mouss du film « La journée de la jupe »(1). Mais ce « M » là mesure moins d’un mètre cinquante. Il est en deuxième année de maternelle. Malgré sa jolie frimousse et son air angélique il a une réputation qui lui colle à la peau, c’est un petit caïd en herbe. Son comportement particulièrement violent en cours de récréation lui vaudrait bien le titre de « racaille en culotte courte ».

Et pourtant, il y en a d’autres dans cette école en ZEP, pas plus haut que leurs cinq ans, qui outrepassent continuellement les interdits, qui narguent les adultes et défient l’autorité avec des airs de « vas y, cause toujours, tu m’ fais pas peur » qui me donnent parfois envie de leur en coller une… une fessée, un coup de pied au cul, une bonne paire de gifles ! - Horreur et damnation ! Surtout pas malheureuse ! Tu risques le blâme, la plainte des parents, la convocation chez l’inspecteur, l’arrêt maladie pour dépression nerveuse et au final un poste de remplaçant jusqu’à la fin de ta carrière avec la honte au front pour le restant de ta vie ! – Quoi qu’il en soit je reconnais qu’il m’arrive, de plus en plus souvent, de regretter les bonnes vieilles méthodes qui feraient pâlir d’effroi les gentils pédagogues et tous les pédopsychiatres.

 

Ce matin là, j’entamais ma journée d’école en repensant au film « La journée de la jupe » que j’avais vu la veille. La maternelle, ça n’a rien à voir avec le collège et je ne suis pas professeur de littérature, mais je n’avais aucun mal à me mettre à la place d’Isabelle Adjani, la Sonia Bergerac du film, admirable, explosive, émouvante et terriblement authentique. Je me disais qu’aucun enseignant pouvait prétendre ne pas s’y reconnaitre.

Je n’ai pu m’empêcher d’imaginer ce petit « M », garnement insupportable, terreur des cours de récréation, si attendrissant au dire de certaines collègues qui n’ont pas à le cadrer en classe, en adolescent aussi odieux que le grand black du film, le nommé « Mouss », le caïd dans toute sa splendeur, l’ordure qui mériterait bien plus que la balle qu’il prend dans la cuisse, celui dont la mère affirme qu’il est un gentil garçon. C’est du délire, me diront certains, il ne faut pas exagérer quand même ! Si les enseignants de maternelle perçoivent à présent les minots turbulents de quatre ou cinq ans comme de futurs délinquants, où allons-nous ! Ce n’est qu’un môme, me diront les psychologues scolaires, un môme au comportement difficile comme tant d’autres, un élève bagarreur, un gamin perturbé, sans repère, et ce n’est pas étonnant qu’il soit si violent, c’est un enfant qui souffre. Vous avez tort de voir les choses sous cet angle me dira l’inspectrice, il faut le comprendre, prendre en compte le contexte dans lequel il vit, lui parler gentiment et surtout n’allez pas faire la connerie de lui en flanquer une, ce serait une grave faute professionnelle, vous risquez d’être sanctionnée et d’avoir de sérieux ennuis avec les parents. Là, j’avoue, madame l’inspectrice, que j’ai dû fauter plus d’une fois au cours de ma carrière. Dans certaines circonstances, vous devriez savoir que le coup de pied aux fesses vaut tous les discours et je n’ai pas l’intention de m’en repentir, même devant un tribunal de hauts fonctionnaires bureaucrates.

 

Dès les petites classes on ne peut s’empêcher, même si certains collègues s’en défendent par pudeur, d’anticiper sur le devenir de ces enfants terribles dont l’insolence est d’autant plus insupportable que les parents se dérobent devant la réalité, qu’ils nient l’évidence, la gravité de la situation, se montrent incapables d’apporter une réponse éducative ferme et accusent le personnel enseignant d’incompétence. Peut-on parler d’incompétence lorsqu’on ne nous donne pas les moyens de gérer efficacement les comportements agressifs des élèves, lorsqu’on passe son temps à donner des avertissements sans jamais sanctionner, lorsqu’on vous dit de ne pas être trop sévère pour ne pas traumatiser les enfants et qu’il vaut mieux corriger les copies en vert parce que l’ancre rouge risque de heurter leur sensibilité ?

Les faits de violence progressent dans tous les établissements scolaires, et pas seulement en classes élémentaires, pas seulement au collège, pas seulement au lycée. Dans certains quartiers, les enfants qui sont accueillis en maternelle ont un comportement de plus en plus difficile. On est en droit de se demander ce que font les parents en matière d’éducation. Il nous arrive d’ailleurs d’entendre des réflexions hallucinantes qui nous font dresser les cheveux sur la tête. On tombe des nues quand une mère d’élève ose déclarer à propos de son fils « il va se faire circoncire, vous verrez, ça le calmera ». Et combien de parents musulmans nous ont dit qu’ils allaient envoyer leur petit garçon à l’école coranique le mercredi pour qu’il apprenne à bien se tenir. Il faudrait faire rentrer dans le cerveau étriqué des ceux qui tiennent de tels propos que la circoncision et l’apprentissage du coran ne vont pas transformer leur petit monstre en modèle de sagesse. Il faudrait leur faire comprendre, une fois pour toutes, que ce sont eux les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants.

Mais à part ça, que fait l’école laïque et républicaine pour pallier le pire ? Quand Sarkozy déclare que le curé ne remplace pas l’instituteur, on comprend qu’il vaut mieux envoyer tous les gamins au catéchisme, à la mosquée ou chez le rabbin plutôt que de leur apprendre à respecter nos lois républicaines. La morale civique existe, elle est le ciment de nos droits et de nos devoirs de citoyen. La moindre des choses serait qu’elle soit enseignée à l’école mais pour cela faudrait il encore que l’autorité du maître soit rétablie, que la discipline ne soit pas une notion vague, modulable en fonction des circonstances, appliquée plus ou moins fermement selon les humeurs des enseignants et les exigences des chefs d’établissements.

 

Lorsqu’un élève de première rend sa copie de Bac blanc au bout d’un quart d’heure en déclarant « j’m’en bats les couilles », lorsqu’un proviseur vient faire des reproches à une prof de Français devant ses élèves, lorsqu’il faut encaisser les réflexions insolentes ou vulgaires, quand ce ne sont pas des insultes, sans avoir la possibilité de riposter (représailles, plaintes des parents d’élèves, reproches de la hiérarchie) et que, dans ce lycée là comme dans beaucoup d’autres, on négocie mais on ne sanctionne pas, on se dit qu’il y a quelque chose de pourri dans le monde de l’instruction publique.

Dans de plus en plus d’établissements, et pas seulement dans les quartiers sensibles, les faits de violence, entre élèves ou envers les enseignants, font partie du quotidien de la vie scolaire. Et pourtant, on continue à se voiler la face, on continue à faire semblant que tout cela n’est pas très grave, on applaudit les braves enseignants qui « se mettent à la portée des élèves », pour mieux les comprendre, qui font du social, de la psychologie et de la médiation au lieu d’imposer l’autorité du savoir comme cadre à leur statut. (« Entre les murs » (2)). Ce n’est pas un scoop, les IUFM sont des usines à formater des enseignants. La mission des enseignants c’est de vaincre l’échec scolaire et tant mieux s’ils se sentent coupables lorsqu’ils ne réussissent pas à faire cours à cause de quelques petits emmerdeurs qui se croient tout permis. Pour s’en sortir, les profs n’ont qu’à utiliser leurs codes, rentrer dans leur fonctionnement d’adolescents lobotomisés par le rap et les jeux vidéos, avoir à l’esprit qu’ils sont les victimes d’une société qui les rejette, qui n’accepte pas leur culture, leur différence, et qui les prend, en définitive, pour ce qu’ils sont : des branleurs.

Face à l’immobilisme des responsables de l’Education Nationale, et l’incohérence des réponses apportées par le corps professoral, devant le désintérêt des organisations syndicales vis-à-vis du problème et le silence de la plupart des fédérations de parents d’élèves, il faut bien reconnaitre que les enseignants n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre pour faire face aux quelques élèves qui leur pourrissent leurs cours. On prend des risques quand on veut faire bouger les choses. Ceux qui ont le courage de dénoncer l’insécurité croissante, et qui ont le culot de demander le renforcement des mesures disciplinaires, sont souvent pris pour des réactionnaires ou des enquiquineurs surtout s’ils sont en début de carrière. De ceux qui avouent qu’avec certaines classes c’est l’enfer, qu’ils n’arrivent pas à gérer la situation et que leur cours dure quinze minutes sur soixante, on dit d’eux (comme de Sonia Bergerac dans « la journée de la jupe ») qu’ils cachent une dépression nerveuse ou qu’ils sont perturbés par des problèmes personnels. Mais comment se faire respecter quand la hiérarchie hésite à appliquer les sanctions à la hauteur des délits, quand on nous recommande d’éviter de faire des vagues parce que ce n’est pas bon pour la réputation de l’établissement, quand on nous reproche de stigmatiser une population socialement défavorisée, quand on sait qu’il peut y avoir des menaces de représailles ou qu’on vous fait comprendre que vous êtes tout simplement inapte à exercer cette profession ?

Quand on exerce cette profession justement, il faut surtout savoir encaisser, s’abstenir de tout geste déplacé et surveiller son langage, pas de réflexions ou de commentaires qui pourraient blesser la susceptibilité de ces chers petits. Les élèves savent très tôt qu’ils sont intouchables, que la main levée est déjà un acte répréhensible, qu’ils peuvent, eux, utiliser leur langage grassement ordurier à tous propos mais que l’adulte, lui, a le devoir de retenue, l’obligation de se taire. Aujourd’hui, on a intérêt à se laisser insulter si on veut éviter d’être traîné en justice (3)

C’est le monde à l’envers, on se laisse dominer par des petits caïds boutonneux et on a peur que leurs parents nous mettent en prison. Les enfants rois, nés des interprétations que les psychiatres qualifient d’abusives des théories de Françoise Dolto, sont devenus des dictateurs en herbe. Pétris d’arrogance et sûrs de leurs droits, ils savent trouver les failles pour déjouer l’autorité des adultes et se porter en victimes. Il est urgent d’arrêter l’engrenage.

Et quand on ose dire que c’est en maternelle qu’il faut commencer à agir ; quand on déclare que la « base élève » aurait dû être appliquée dans sa première mouture, quand bien même cela ressemblerait à du « fichage »(4), car c’est le seul moyen de « cadrer » un enfant dont le comportement laisse présager une évolution inquiétante ; lorsqu’on affirme qu’il y a des profils d’enfants qui, de par la concordance de plusieurs paramètres (dont font partie le milieu social, la culture, la situation des parents…), ont les caractéristiques de ces élèves « à risques », de ces élèves qu’on retrouve en difficulté dans les classes supérieures, de ces élèves qui multiplient les actes de violence à l’école et/ou de ces adolescents ou préadolescents qui, à l’extérieur se retrouvent dans des bandes et tombent dans la délinquance, on passe pour des rigolos.

 

Oui, il y a état d’urgence. Notre école publique fabrique non seulement des crétins mais elle laisse grandir entre ses murs ses propres fossoyeurs, ceux qui remettent en cause nos valeurs, ceux qui bafouent nos lois républicaines parce qu’ils sont musulmans avant d’être Français, ceux qui traitent les filles en jupe de salopes, ceux qui ne connaissent que la vulgarité, la violence et le vandalisme. Et ce sont toujours les organisations de gauche – les syndicats SNUipp, Sud Education et la FCPE, qui s’étaient insurgés contre le rapport Bénisti en 2005 (5)– qui font barrage à toutes les mesures qui pourraient endiguer cette gangrène. C’est cette gauche, celle qui ouvrit la boîte de Pandore en mettant l’élève au centre du système, qui, aujourd’hui, ose parler de laïcité sans jamais la défendre, et qui continue à parler d’égalité des chances en laissant le communautarisme et la délinquance détruire l’école de la République.

Avec des parents qui pensent que les enseignants sont avant tout des éducateurs, avec des enseignants qui considèrent que les élèves insupportables sont des victimes, on se demande comment l’école publique peut donner les moyens à tous les petits « Mouss » en herbe de s’en sortir. Il faudrait pour cela un retour à une véritable école républicaine, où n’est tolérée aucune entorse à la laïcité, où l’autorité du maître est respectée, où toute transgression est sanctionnée, et où les parents d’élèves se tiennent à distance en assumant pleinement leur responsabilité éducative.

Brigitte Bré Bayle

(1) http://www.ripostelaique.com/Une-jupe-en-forme-de-bombe.html

(2) http://www.ripostelaique.com/Pourquoi-je-n-ai-pas-aime-du-tout.html

(3) http://www.rtl.fr/fiche/38214/un-professeur-insulte-juge-pour-une-gifle.html

(4) http://93.snuipp.fr/spip.php ?article756

(5) http://www.fcpe34.org/Le-terrifiant-rapport-Benisti.html

Base-élèves se présente sous la forme d’un système de saisie et de gestion informatiques par Internet de tous les élèves des écoles maternelles et élémentaires en France. Il renferme les données familiales (personne à contacter d’urgence : adresse, numéros de téléphone, etc) et facilite la gestion des écoles pour les directeurs. Les données sont stockées dans une base académique. Aucune « administration extérieure » ne peut y accéder ; seules les mairies, peuvent demander à utiliser cette application. Les allocations familiales, ou toute autre administration ayant d’autres finalités que l’inscription scolaire, ne peuvent pas utiliser Base élèves. Les données nominatives sont visibles jusqu’au niveau de l’inspection académique et anonymées au niveau du rectorat et de l’administration centrale. L’anonymat peut être levé selon des besoins et des limites encadrés par la loi pour les besoins de gestion scolaire des mairies, les rectorats et l’administration centrale du ministère n’ont pas d’accès à l’application et ne reçoivent que des statistiques anonymes. Le décret MENE0824968A du 1er Novembre 2008 est disponible sur Legifrance JORF n°0256 du 1 novembre 2008

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do ?cidTexte=JORFTEXT000019712192

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maximeg 17/11/2009 09:16


La circoncision rituelle dans les hôpitaux publics:
http://www.enfant.org


Anygold 25/05/2009 15:23

Meaux le 25 mai 2009

Bonjour Madame,

Je souhaite juste savoir, si aujourd'hui de mettre à la porte de la classe un perbubateur qui gêne l'assimilation du cours par ses condisciples est interdite ou bien peut provoquer des représailles pour l'enseignante (ant) ?

Bien à vous,

Anygold