La France doit se retirer de « Durban 2 »

Publié le par Comité 1905 Draguignan

lundi 6 avril 2009, par Annie Sugier


Il est des moments dans l’histoire où il faut savoir dire « non ».

Cette porte qui claque est sans doute le seul message clair susceptible d’être entendu par des dictatures qui se sont donné comme objectif de remettre en cause l’un des plus grands acquis de l’humanité de ces dernières décennies, la Déclaration universelle des droits de l’homme mais aussi la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’encontre des femmes.

La place des religions dans la société, le droit ou non de les critiquer, le multiculturalisme sont au cœur du texte préparatoire à la conférence de Genève, comme ils le sont dans celui de Durban 1 qui constitue la référence non amendée de Duban 2. L’impact des ces notions sur le droit des femmes est sans doute l’un indicateurs les plus révélateurs de ce qui est en train de se jouer.

Qui aura oublié que le but même des droits universels est de dépasser les différences religieuses ou culturelles pour identifier les conditions u-ni-ve-ver-selles de la dignité humaine ?

 

Qui peut nier que la ségrégation entre les hommes et les femmes au détriment des femmes, la stigmatisation du corps des femmes, le refus de la maitrise par les femmes de leur fécondité, leur exclusion partielle ou totale de la sphère publique, trouve ses justifications dans les textes et les pratiques, y compris actuelles, des grandes religions ?

Depuis 1983 la ligue du droit international des femmes (http://www.ldif.asso.fr ), dont la fondatrice et première présidente fût Simone de Beauvoir, a régulièrement dénoncé la manière dont les droits humains universels des femmes ont été remis en question au nom des religions et du multiculturalisme. Aujourd’hui se produit un phénomène plus nouveau, le détournement de certaines revendications des organisations féministes pour mieux faire taire les aspirations émancipatrices et universalistes des femmes. Ainsi l’application des la charia est préconisée pour venir à bout de pratiques traditionnelles telles que les mutilations sexuelles, ou pour endiguer les violences conjugales, quant à la prostitution et la traite des femmes elles seraient censées disparaître si la polygamie était maintenue et que les femmes retrouvaient leur fonction maternelle dans la société. Même la parité et l’éducation des filles sont affirmés comme étant des objectifs portés par la Charia.

Face a ces allégations la meilleure réponse consiste à rappeler les classements internationaux des différents pays de la planète en en termes de droits des femmes. S’agissant des pays qui pratiquent la charia, ces classements témoignent de l’absence des droits les plus élémentaires accordés aux femmes …

En 2001, lors de la Conférence contre le racisme à Durban, les organisations de femmes qui auraient dû pouvoir s’exprimer librement au cours de la Conférence des ONG, furent en fait muselées. Au niveau des Etats, ce fût pire encore, la République islamique d’Iran proposait tout simplement que le mot « femme » soit supprimé de l’ensemble du texte gouvernemental. Dans la foulée, les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn, l’Arabie Saoudite, le Sultanat d’Oman, le Qatar et le Koweït, se démarquaient des libellés et concepts contraires à la charia islamique. Quant à certaines démocraties, elles avaient déjà capitulé en reconnaissant la religion comme « valeur intrinsèque des êtres humains », qui « peut aider à promouvoir la dignité » et « éliminer le racisme ».

Pour l’Organisation de la conférence islamique qui tient la dragée haute dans les instances internationales (et qui est représentée par le Pakistan au Conseil des droits de l’homme), les femmes doivent être valorisées, protégées et respectées, mais la sexualité hors mariage pénalisée et l’avortement considéré comme une « exécution extrajudiciaire ». Pour les nouveaux chantres des droits humains, si les femmes sont exploitées sexuellement, la faute en revient aux féministes occidentales qui ont favorisé la transformation des femmes en objets sexuels et tout ce qui s’en suit : pornographie, viol, prostitution, lesbianisme.

La conférence « Durban 2 » - dont le comité préparatoire est présidé par la Libye avec comme vice présidence notamment l’Iran - ne fera qu’entériner ces régressions idéologiques à l’œuvre depuis sept ans, qui se sont encore aggravées lors des négociations sur le texte de la Conférence.

Force est de constater qu’aujourd’hui la musique entonnée il y a trente ans par la révolution islamique d’Iran donne le « la » dans les discussions internationales et que les droits des femmes sont instrumentalisés pour enterrer l’universalité de leurs droits.

La France ne doit pas cautionner la mise en avant des religions et l’attaque de la liberté d’expression dont les femmes, jadis comme aujourd’hui, sont toujours les premières victimes. Le Président Sarkozy a affirmé lors de son discours d’investiture le 6 mai 2007, que la France n’abandonnerait pas les femmes opprimées dans le monde.

L’année 2008 a été marquée par les célébrations du centième anniversaire de Simone de Beauvoir, et par le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’année 2009 devrait être marquée par une autre célébration symbolique, celle du trentième anniversaire de la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’encontre des femmes (CEDAW). N’acceptons pas qu’elle soit en fait l’année de l’enterrement des droits universels des femmes.

La présidente de la Ligue du Droit internationale des femmes

Annie Sugier

Intervention au colloque de la Licra, le 7 avril

Publié dans Politique et société

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