Forces et limites des 2e rencontres internationales laïques

Publié le par Comité 1905 Draguignan

lundi 6 avril 2009, par Pascal Hilout


En date du 4 et 5 avril 2009 ont eu lieu les deuxièmes rencontres laïques internationales à la Bourse du travail à Saint Denis, porte de Paris. (http://laicity.info/).

Il faut rendre hommage à nos amis, mais néanmoins contradicteurs, de l’UFAL pour l’organisation de ces journées très réussies. Nul doute que les intervenantes et les intervenants étaient à la hauteur de l’événement ; même si Riposte Laïque n’y a pas été invitée et même si notre livre Les Dessous Du Voile ne s’y vendait que sous le manteau, sur un marché parallèle et sur demande des participants. Ce qui prouve, encore une fois, que la censure a toujours renforcé la détermination et stimulé la curiosité de ceux qui en sont la cible.

La première table ronde

Elle s’est tenue sous le titre « Aujourd’hui comme hier, la raison contre l’obscurantisme ». C’était une belle entrée en la matière. L’Algérien Moulay Chentouf du Mouvement Démocratique Social et Laïque a démontré que la laïcité est un minimum vital qu’il faut arriver à faire triompher en Algérie. Il faut absolument commencer par dénoncer l’actuel État algérien qui est avant tout confessionnel.

Marieme Hélie-Lucas, fondatrice de « Femmes sous lois islamiques » constate une montée des intégrismes partout et « chaque fois que l’islam avance, il est soutenu par les autres religions » : polygamie demandée au Canada pour les musulmans, mais aussi pour les mormons et les indigènes (au masculin uniquement !). La conférence islamique qui, aux Nations Unies veut catégoriser comme racisme toute diffamation de l’islam. Mais c’est la première fois qu’un rapporteur spécial s’élève contre cette déclaration. Malheureusement Mme Hélie-Lucas en est encore à amalgamer êtres humains et religions : elle considère que les attaques contre l’islam tentent d’ « essentialiser » les musulmans. Autrement dit, elle ne veut surtout pas aller à l’essentiel (Coran+Mahomet) pour ne pas devoir s’attaquer directement à la maladie dont souffrent les musulmans et surtout les musulmanes régies par la loi datant de Mahomet et du livre sacré. Comme bien d’autres progressistes, elle prend les vecteurs de la maladie pour ses germes.

M. Kapoor du South Asian Citizen’s Web a dénoncé un autre fascisme peu connu ici : celui des nationalistes hindouistes qui ont travaillé au corps non seulement l’Inde, mais aussi les diasporas, tout particulièrement en Angleterre, aux USA et au Canada. Leur cheval de Troie est le fameux multiculturalisme anglo-saxon. Mussolini est l’idole de ce nationalisme teinté de religion. C’est au travers des mots d’ordre comme la discipline et l’obéissance qu’il fait avancer ses pions dans la société en commençant par la famille. Cela rappelle tout à fait la stratégie adoptée par « Les Frères Musulmans ». M. Harsh KAPOOR nous a expliqué l’ampleur des dégâts causés par l’intégrisme hindou qui a réussi à infiltrer toute la société et même les services secrets de l’armée !

Catherine KINTZLER, Philosophe de la laïcité a retracé le combat laïque contre les signes religieux à l’école et s’est félicitée des résultats que tous les laïques et républicains ont tout de même réussi à obtenir. Mais elle s’est empressée d’expliquer que la laïcité était aussi liberté de pratique des religions. Ce qui est tout à fait vrai. Mme Kintzler a donc rappelé les vertus et de la laïcité et de la tolérance à l’égard des religions qui ne vont pas l’une sans l’autre. Belle âme !

Sauf que Madame Kintzler adhère implicitement à la catégorisation du voile islamique comme signe religieux, cadeau empoisonné de la loi du 15 mars 2004 que nos petites lâchetés et accommodements n’osent pas encore ouvrir, de peur d’y découvrir le pot aux roses et la farine dans laquelle nous avons été roulés.

Notre professeur de philosophie en est donc venu à négliger l’autre versant des voiles islamiques, toutes colorations et tailles confondues : un symbole séparatiste des êtres et de stigmatisation du corps féminin considéré uniquement comme sexe. Et c’est ainsi que le féminisme est écarté des réflexions qu’elle aurait dû mener concomitamment pour comprendre qu’au combat féministe on ne peut appliquer les concepts de « sphère privée versus sphère publique ».

Dans son gîte des Vosges, Fanny Truchelut l’a pourtant immédiatement compris. Mais c’est comme ça en France : nos intellectuels sont souvent coupés du peuple et nos idiots utiles mettent des décennies à déceler, avant de dénoncer, les fascismes dont souffrent, en silence, des peuples entiers. Pourtant, l’oppression des femmes, leur infantilisation et leur utilisation pour l’auto reproduction au sein des communautés commence par des interdits sexuels et par la main-mise sur leurs corps. La tolérance à l’égard de ces prescriptions qui se matérialisent sous forme d’oripeaux ; qui crèvent les yeux, est une intolérable duperie intellectuelle. Les doctrinaires de l’UFAL en portent une lourde responsabilité. J’ai profité de ces rencontres pour le rappeler à Mme Kintzler qui croit toujours que la critique de l’islam est avant tout l’affaire des progressistes Musulmans ! Autrement dit : Demerden Sie sich Herr Hilout, l’empire musulman de la France ne date que de 1830 et l’islam n’est pas encore une affaire de tous les Français !

Christian TERRAS, rédacteur en chef de la revue Golias, nous a fait une démonstration magistrale du retour de ce qu’il appelle « le catholicisme intransigeant ». Son développement tout en finesse ne peut être résumé ici sans être trahi. Il est plus convenable de s’en référer à la revue qu’il dirige.

2ème table ronde – Les luttes féministes, une lutte centrale

Écouter des femmes battantes me réjouit le cœur, surtout lorsqu’elles ne tournent pas autour du pot sacré, ni islamique ni catholique, et dénoncent tout de go ce que nos intellectuels bienveillants, mais schizo, n’osent nommer qu’à moitié : l’islam et le catholicisme.

Nina Sankari, la Polonaise, Aouicha Bekti, l’Algérienne, Azar Majedi, Maryam Namazie, Taslima Nasreen, Fatou Sow, aucune de ces dames n’a pris de gants pour nommer la source de l’oppression dont les femmes sont les premières victimes et par conséquent toutes les sociétés où le christianisme et l’islam sont au pouvoir.

Le discours de Mariam Namazie qui mène, entre autres, une campagne contre les tribunaux islamiques en Angleterre a été une réelle bouffée d’oxygène, sans fumée nocive. L’esprit très british, elle a avancé l’idée que, comme le tabagisme que nous tolérons malgré tout, l’islam devrait être combattu : fumer tue ; l’islam aussi.

 

C’est ce que Taslima Nasreen a confirmé. Elle est née au Bengladesh et a vite compris que l’islam y était oppressant. Elle en a fait la critique et, immédiatement, a subi les foudres de sa propre communauté. Elle a dû s’exiler pendant dix ans en Occident avant de tenter un retour. Peine perdue puisqu’elle a dû se cantonner à un autre exil : en Inde. Mais comme l’Inde est le pays de la plus populeuse minorité islamique et que Salman Rushdie y avait été interdit avant même que Khomeiny ne le condamne à mort, il est vite devenu évident pour Taslima Nasreen que, là aussi, elle était condamnée à se terrer comme un malfrat. Elle y est assignée à résidence (under house arrest). Son constat est sans concession : certes toutes les religions sont misogynes et elle les critique toutes ; mais seul l’islam tue encore pour ce qu’il considère comme un délit. Pour ceux et celles qui ne l’auront pas encore compris, la réhabilitation du blasphème sous la pression de la Conférence Islamique démontre que ce ne sont pas seulement les islamistes qui ne veulent pas qu’on chatouille leurs deux pieds de sable, Coran + Mahomet. Ceux qui ajoutent toujours des « iste » et des « isme » totalement inutiles à l’islam sont des usagers de voiles intellectuels qui ne peuvent nous cacher leur couardise. Ils devraient prendre exemple sur Mariam, Taslima, Salman… et comprendre que les oppresseurs ne sont forts que de nos petites lâchetés.

J’avais presque envie de m’arrêter là et ne retenir de ses rencontres que l’image de cette réjouissante assemblée de femmes libérées qui nous montrent le chemin à suivre. J’aurais tout de même raté toute une journée où Riposte Laïque n’a pas été absente des débats et c’est très instructif.

3ème table ronde

C’est M. Kerforn (MRAP des Landes) qui, dimanche matin, a ouvertement critiqué Riposte Laïque pour les tendances racistes qui y séviraient. La table ronde s’intitulait « Contre les discriminations, construire des institutions républicaines ». Et en effet, les contributions des différents intervenants étaient constructives. Lorsque la parole est revenue à la salle, j’en ai profité pour remercier M. Kerforn pour sa vigilance contre toute dérive raciste qui pourrait voir le jour parmi nous à Riposte Laïque et fait remarquer qu’il lui faut tout de même nommer ces dérives de façon circonstanciée. Que si j’avais soutenu Fanny Truchelut c’est parce que je considérais la dignité humaine comme sacrée, mais pas les religions et surtout pas l’islam=Coran+Mahomet.

J’ai précisé que RL dénonce non pas la construction des mosquées, comme il l’a affirmé, mais cette construction aux frais de la République. Me demandant s’il approuvait les 30% que nos élus y mettaient, je n’ai pas obtenu de réponse. Qui ne dit mot consent ? A voir ! Quant aux voiles, l’esquive de M. Kerforn et de nos autres contradicteurs consiste à dire qu’ils ne sont par pour une loi interdisant les voiles partout. Ce qui sous-entend que Riposte Laïque est liberticide. C’est comme si notre pétition n’était pas publique et c’est comme si le militantisme féministe pouvait tout attendre de la législation. Ce qui fait chaud au cœur, c’est que la salle ne manquait pas de défenseurs des idées que nous défendons. Leurs interventions pour défendre nos thèses m’a renforcé dans l’idée, ainsi que Annie Sugier, que nous n’étions pas seuls.

4ème table ronde

C’était autour du thème de l’école et de l’université que l’après-midi a été occupé. Les différents intervenants ont démontré que la fragmentation de la société, sa libéralisation et sa communautarisation passaient aussi par une privatisation accrue de l’enseignement. Mais Caroline Fourest en a profité pour rappeler, encore une fois, sa conception de la laïcité qui est fort semblable à celle que Catherine Kintzler et de Henri Pena Ruiz : elle ne va pas jusqu’à verser dans le féminisme et soutenir Fanny Truchelut. Finalement, nous ne pouvons que constater, avec consternation, que nos amis, mais néanmoins contradicteurs, n’ont pas encore saisi le tour, très subtil, que nous a joué la loi du 15 mars 2004. Pour des raisons tactiques, très compréhensibles par ailleurs, le principe de laïcité a été mis en avant, là où il s’agissait de main-mise sur le corps et une reprise en main des filles et des femmes musulmanes. Tout le monde se cache derrière son petit doigt pour nous expliquer que cette loi n’était pas conçue contre le voile islamique. Et tout le monde sait que ce sont les sœurs chrétiennes qui avaient envahi l’espace visuel, éthique et esthétique de nos classes ! Et pour pasticher Einstein, je dirais qu’il n’y a que l’hypocrisie humaine qui donne une idée de l’infini.

C’est tellement subtil et funny que notre monde intellectuel et militant jouera certainement très longtemps à cache-cache avec le voile islamique.

Caroline Fourest a aussi profité de l’occasion pour expliquer sa position sur Durban 2. Je dois avouer qu’elle avance de bons arguments, sans pouvoir, pour autant, convaincre tout le monde. C’est lors de la séance des questions-réponses qu’elle a donné le meilleur d’elle-même : excellente et sans pitié pour une certaine bêtise humaine.

Le gâteau et la cerise

Au dessert, nous avons eu droit à deux excellentes interventions : l’une de Henri Pena Ruiz et l’autre du Belge Pierre Galland, président du Centre d’Action Laïque. Ce dernier nous a démontré avec un léger humour que nous pouvons apprendre certaines façons de faire de nos voisins, même s’ils font un affreux amalgame entre laïcité et absence de croyance. Pour internationaliser nos rencontres, il a lancé l’idée de commencer par les tenir pas très loin d’ici : juste à Bruxelles. Il n’a peut être pas idée de toutes les nationalités que la vie a réunies à Saint Denis !

Le mot de la fin revint non pas à Monique Vézinet, présidente en exercice, mais à M. Teper, l’indéboulonnable Poutine de l’UFAL. Vivement la prise du pouvoir par les femmes chez nos amis, mais néanmoins contradicteurs, et vivement notre réconciliation, mais sans Teper !

Cet homme pour lequel j’avais de la considération, sans en avoir pour TOUTES ses idées, a osé m’accuser de lui avoir tapé dessus alors que c’est la première et dernière fois que je le fais : ici. C’est bien grâce à M. Teper et à l’UFAL que je suis entré en lutte contre les voiles à l’école. Je dis bien voiles et accessoirement contre les autres signes religieux qui n’emmerdaient pas le monde. C’est contre l’avis de Teper et bien d’autres amis que je continuerai à militer pour que les musulmanes s’en émancipent partout : au foyer comme dans les gîtes des Vosges. Sur cette question, nos amis en sont encore sur une position similaire à celle de Jospin en 1989, mais je ne doute pas un instant qu’ils finiront par nous rejoindre.

Pascal Hilout

Publié dans Politique et société

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