Intervention télévisée : Sarkozy joue au poker menteur contre le peuple

Publié le par Comité 1905 Draguignan

lundi 9 février 2009, par Guylain Chevrier


La dernière intervention de Nicolas Sarkozy à la télévision a été marquée, selon certains, par un tournant social dans les intentions. Elle faisait suite à la manifestation du 29 janvier dernier, rassemblant à l’appel uni des syndicats, fait exceptionnel, plus de deux millions de personnes réclamant une relance par le pouvoir d’achat. Cette mobilisation dans le contexte de crise mondiale actuelle et alors que le chômage ne cesse d’augmenter en France, 45.800 en plus en décembre, répondait aux 25 milliards qui ont été débloqués pour les banques par le gouvernement Sarkozy-Fillon, derrière le credo de la relance par l’investissement opposé au pouvoir d’achat, à la revalorisation des salaires

Une crise sans précédent qu’utilise Sarkozy pour justifier d’aller encore plus loin

Lors de sa prestation télévisée, le chef de l’Etat, est revenu sur l’ampleur de la crise. Il nous avait dit tout d’abord que la crise était américaine et que l’Europe ne serrait pas ou peu touchée et que la France elle, était à l’abri, ensuite que nous serions un peu touchés mais que cela serait limité, puis aujourd’hui, que la France et le monde sont au bord du gouffre !

En réalité, cette crise qu’il a désignée comme sans précédent est à la mesure de ce que la mondialisation a autorisé comme largesses à la spéculation en faisant tomber toutes les barrières nationales et les protections des peuples, pour mettre tout et tous en concurrence, avec comme seule loi de faire du profit. Il met en accusation les traders, pour éviter de parler des vrais responsables, dont ses amis de la finance mis à l’abri en leur faisant stratégiquement abandonner leurs bonus, leur restant quand même des salaires qui dépassent tous les rêvent des smicards. Il semble que ceux qui se sont rendus responsables de cette situation se saisissent de la confusion créée sur les responsabilités de celle-ci, pour aller encore plus loin dans l’adaptation de notre monde aux exigences inhumaines et immorales du système, à l’image de ceux qui le gouvernement et en tire leur position omnipotente et adipeuse.

 

Mme Parisot, Présidente du Medef, demande dans ce contexte et elle aurait tort de s’en priver avec le meilleur ami des patrons Chef de l’Etat, de pouvoir licencier pour raison économique plus facilement, pour être encore plus compétitif bien sûr. Une proposition que n’a pas manqué de paraphraser notre cher Président en disant qu’il fallait plus de souplesse dans le marché du travail pour faire face à la situation.

Mépris du peuple et continuité des réformes

Il nous a globalement expliqué comprendre l’inquiétude des Français, mais pour simultanément expliquer que la France étant un pays où on manifeste tous les jours et ainsi que, « si on doit arrêter chaque réforme quant il y a une manifestation, mieux vaut ne faire aucune réforme ». Il exprimait à mots à peine couverts ainsi son mépris à l’adresse de ceux qui se sont mobilisés le 29 janvier leur faisant clairement entendre que quoi qu’il arrive, il continuerait la même politique ultralibérale qui consiste à casser les acquis sociaux et à donner toujours plus aux patrons et aux banques.

Mieux, il a rajouté dans ce droit fil, que seule l’Europe aurait la solution, pour mieux imposer qu’elle renforce son rôle dans un contexte où elle est décrédibilisée par le peu de protection qu’elle propose aux peuples qu’elle est censée défendre. L’Europe, superstructure de la mondialisation, est aussi investie de cette utilisation frauduleuse de la crise à laquelle elle participe comme instrument de la domination libérale, pour mieux encore aller plus loin. Il s’agit de la mettre au service d’une Amérique à la dérive sans droit du travail autre que celui fixé par le patron et l’actionnaire, qui nous fait payer le prix fort d’un système dont elle est la tête de pont comme société sans autre règle que l’égoïsme forcené et pathologique d’une minorité de nantis qui a mené à cette catastrophe, dont seul le grand nombre est censé payer la facture.

C’est dans ce contexte que le Chef de l’Etat propose de redonner pleinement aux Etats-Unis leur leadership, d’où précisément vient cette crise parce que c’est bien le pire des pays libéraux industrialisés de la planète, un véritable scandale. Il surfe sur l’illusion d’un Obama qui s’entoure en réalité d’un gouvernement démocrate et républicain d’unité nationale, montrant par-là qu’il n’entend en aucune façon toucher aux grands paramètres du système qui fait des riches encore plus riches et de plus en plus de pauvres. Il tente de nous faire croire que se tourner actuellement vers l’Amérique serait la voie du salut, un pays qui met le monde à l’heure d’un capitalisme encore plus brutale chaque jour que fait le dollar. Ceci allant avec cela, c’est le moment qui a été choisi par Nicolas Sarkozy pour saborder l’indépendance de la France, à laquelle il impose le retour dans l’OTAN, rejoignant une défense intégrée dirigée par… Big Brother !

Toujours plus pour les patrons contre la nation et les services publics

Les allègements de charge des entreprises n’ont cessé de se multiplier, des suppressions de charges sociales pour les emplois aidés à l’indemnisation par les finances publiques du chômage partiel, au RSA dont le salaire complémentaire au RMI pour les RMIstes qui retrouvent un emploi est pris en charge par l’Etat, jusqu’à la suppression de la Taxe professionnelle annoncée par Nicolas Sarkozy lors de sa dernière prestation. Il en ira de huit milliards de plus pour les entreprises et moins la même somme pour les collectivités territoriales qui sont déjà exsangues.

Mais ce nouveau cadeau aux mêmes qui dépouille des collectivités territoriales auxquelles l’Etat transfert déjà de plus en plus de compétences et de responsabilités sans les transferts de moyens conséquents, doit être compensé par la fameuse taxe carbone, que toujours les mêmes paieront, les consommateurs, autrement dit un impôt de plus mis à la charge du grand nombre qui est déjà éreinté de taxes et d’impôts. L’écologie est ici mise au service d’une nouvelle spoliation sous couvert de priorité à la lutte contre un réchauffement climatique dont la nature et la cause restent discutées, mais dont on rend responsables les consommateurs de l’Occident, sans distinction de fortune, à travers une énorme opération de culpabilisation générale. On justifie ainsi qu’au Nord on cède sur ses acquis sociaux au nom de faire amende honorable vis-à-vis du sud, alors que ce recul des pays développés ne profitera qu’aux tenants de la mondialisation. On a trouvé ici une grande cause au-dessus des partis qui impose un nouvel ordre de soumission, parfaitement intégré au libéralisme sur quoi certains qui disent défendre les travailleurs feraient bien de se poser des questions.

Il a évoqué la simplification des échelons de la décentralisation et des collectivités territoriales, en voulant nous faire croire que les rôles qui sont ici remplis ne sont pas essentiels, seulement dans le but de casser les départements qui datent de la Révolution française après les avoir étouffés par un désengagement de l’Etat à la mesure du transfert de compétences et de charges à outrance qu’il leurs a imposé. Ils nuisent à ses yeux à l’affirmation de la région qui est l’échelon territorial choisi par l’Europe pour y mettre en place une gouvernance libérale, qui a fait un de ses objectifs primordiaux de faire éclater l’idée française de nation à travers laquelle le modèle social français est défendu, sorte d’épine dans le pied de la globalisation.

Ainsi, il a réaffirmé le nom remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ce qui va se traduire par la suppression de la moitié des fonctionnaires, rien que cela ! C’est-à-dire un recul sans précédent des services publics, ceux qui répondent aux besoins du grand nombre. Des miettes pour les Français d’en bas qu’on veut opposer entre eux. Que propose le Président à côté de ces cadeaux indécents qu’il fait aux riches, aux patrons, aux banques, des miettes pour les travailleurs ou les familles ! Voilà que celui-ci nous dit voir dans le bas des classes moyennes qu’il faut prendre en considération dans la crise, les smicards, vision pour le moins inattendue, pour proposer de supprimer la première tranche de l’impôt ou le deuxième tiers provisionnel sur « cette population ».

Une conception des classes sociales pas du tout inattendue par contre pour les grands médias qui reprennent l’information telle quelle, alors que pas un économiste ne se risquerait à une telle glissade dans la définition de la nomenclature des professions et des catégories socioprofessionnelles (PCS) n’ayant rien à voir avec cela, qui permet au Président de faire passer ceux qui touchent le smic pour des gens qui vivent grassement derrière cette assimilation aux classes moyennes, qu’on ne cesse d’ailleurs de ponctionner en lieu et place des vrais riches. C’est que toucher un salaire minimum est aujourd’hui désigné comme un privilège, par le simple fait d’avoir un emploi qui le permette, en les opposant ainsi à d’autres encore plus pauvres du fait de sa politique, faisant preuve toujours du même cynisme écœurant !

Il existe 17% de smicards aujourd’hui, un nombre qui a plus que doublé en dix ans, voyant ceux qui hier était dans la tranche supérieure se retrouver au salaire minimum, baromètre d’une société qui s’appauvrit en reflet de ce que certains accaparent derrière l’augmentation de 6% de millionnaires en dollars dans le monde rejoignant quelques millions de riches qui possèdent tout en concentrant toujours plus entre leurs mains.

Mais pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, il oppose à ces mesures pour les smicards, l’idée d’une augmentation des allocations familiales, plus particulièrement pour les familles de trois enfants au moins, réduisant particulièrement la portée de ce qui est désigné par les commentateurs bien présomptueusement comme un tournant social du Président. Il rajoute la possibilité alternative d’un « chèque emploi service » payé par l’Etat pour les personnes âgées qui vivent seules ou les mères de famille seules. Il surenchérie en noyant un peu plus les choses à travers ce retour à la vieille illusion de la participation, en cherchant à nous faire croire au « partage des revenus », un tiers pour l’actionnaire, un tiers pour l’entreprise, un tiers pour les salariés… Des pistes qui se perdent dans le dédale des imprécations d’un président de la République qui ne cherche qu’à gagner du temps en opposant ceux qui réclament qui manifestent pour des augmentations de salaires aux plus pauvres, aux exclus qu’il dit devoir prioritairement défendre. Tout ça n’est que tour de passe-passe et protection des situations de rentes !

Défendre les riches comme seule morale de gouvernement

Au lendemain de la prestation télévisée du Président Sarkozy qui justifiait la fermeture « d’un seul » haut-fourneau de l’aciérie de Gandrange du groupe Arcelor Mittal, comme il aimait à le souligner pour faire passer la pilule de la suppression de 575 postes sur ce site qu’il avait prétendu défendre et en conséquence, avec les entreprises afférentes à cette activité, la précarisation de plusieurs milliers de familles dans cette vallée, on apprenait que le groupe allait publier des résultats bénéficiaires de 11 milliards d’euros. Voilà la teneur réelle de ce que défend le Président de la République qui ne pouvait pas ignorer cela lors de son intervention…Honteux ! Ailleurs, de source syndicale, on apprenait l’information selon laquelle un patron d’une entreprise d’imprimerie de 24 salariés à Givet (Ardennes), bien inspirée, touchée par la crise économique, avait proposé à ses salariés une baisse de salaire de 5 à 10% contre moins de licenciements. Le reflet de tout un climat délétère lié à l’état d’esprit insufflé par notre formidable président.

En réalité, les banques, présentées comme asphyxiées et au cœur d’une économie française sinistrée pour justifier les aides du gouvernement français, le fameux « plan de sauvetage », font des bénéfices. Dans les colonnes de nos quotidiens économiques préférés on nous annonce que BNP Paribas, Crédit Agricole SA, Crédit Mutuel, la Banque Postale… publient d’orgueilleux Résultats Nets dans le vert... Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a fait remarquer que les banques n’en avaient « pas vraiment besoins », « à part la banque franco-belge Dexia ». Il a raison, et a priori la plupart des banques ne devraient pas s’en servir. Il s’agit en fait de rassurer les actionnaires sur leurs futurs dividendes.

 

Précisément à propos de Dexia, qui a reçu simultanément 3 milliards d’euros du gouvernement Belge et trois autres de la France, (2 milliards pour la Caisse des Dépôts et Consignations et 1 milliard pour l’Etat), notre pays étant pourtant dans cette banque actionnaire très minoritaire, environ 11,5%, cette distribution de fonds était censé garantir non seulement le renflouement de la banque mais aussi le maintien des emplois. Il se trouve que Dexia entend réaliser pour assainir ses comptes une économie de 200 millions d’euros sur le dos de ses salariés en programmant pour 2009 une réduction de 900 postes. Une situation qui constitue une insulte des plus flagrantes au peuple après les quinze milliards de cadeaux annuel aux plus riches du bouclier fiscal fait sur l’initiative de Nicolas Sarkozy, qui promet les miettes des intérêts des prêts aux banques, à condition qu’à la fin elles les utilisent, voire les remboursent intérêts compris (taux de 8%), au niveau de 1,4 milliards d’euros, une misère en regard des milliards de cadeaux faits aux amis de Monsieur Sarkozy. Un véritable pied de nez aux travailleurs dont la colère monte.

On voit combien cette crise ne fait pas que des malheureux, toujours les mêmes et pour cause, la crise c’est eux. Ils se nourrissent de la détresse économique actuelle, un système qui s’il n’est pas remis en cause va détruire les sociétés, en dévorants les classes sociales intermédiaires au nom d’une solidarité nationale qui les éreinte et pour finir par creuser encore plus les inégalités. On voit pourquoi les Français se disent à 53 % pas convaincus par leur Président et pour 52 % d’entre-eux prêts à participer à un mouvement social (Libération du 9.02.2009). Notre cher Président bling bling a intérêt à bien préparer son rendez-vous avec les syndicats du 18 février prochain, car sa façon de vouloir gagner du temps à fait long feu derrière la mise en relief de ces contradictions et mensonges qui commencent à lui coller sérieusement à la peau.

En face du logiciel politique de Sarkozy qui impose son agenda médiatique et distille son idéologie de la division, la gauche gouvernementale telle que Ségolène Royal s’en réclame, propose de gouverner dans l’esprit d’une « union nationale droite-gauche » à minima de Bayrou à Besancenot (Sic), un ban pour Obama ! Le PCF est toujours prêt à gouverner avec le PS de Marine Aubry tout en criant au loup, alors que ces dames du PS sont à fond pour l’Europe libérale et le capitalisme, aller y comprendre quelque chose…

La fin du libéralisme ou laisser-faire, laisser-passer... la révolution laïque

Nous faisons face à un système de profiteurs qui dérégule toutes les solidarités mises en place par des luttes collectives historiques. Un projet immoral et obscène qui met en péril mortel notre humanité. On devrait prendre sur les bénéfices des banques et sur les milliards mis de côté pour elles par Sarkozy alors qu’elles se portent bien, pour financer une relance par le pouvoir d’achat qui aurait l’inconvénient il est vrai, de montrer que des richesses existent pour faire vivre notre société et les gens qui les ont créés, qui sont justement mise à part sur des comptes privés pour jouer contre la société en favorisant le profit de quelques-uns, ce qui est la cause principale de la crise que nous connaissons. A coup sûr, on a assisté à un début de prise de conscience collective de la nécessité pour le peuple de reprendre l’initiative le 29 janvier dernier, avec un climat de commencement d’une nouvelle épopée en marche pour des conquêtes sociales qui marquent leur temps. Il n’y pas d’alternative à attendre des partis ici à ce jour, le peuple ne devant comme souvent ne compter que sur lui-même.

La laïcité posée comme la conscience de la valeur supérieure du bien commun qui porte la citoyenneté au dessus-de tout, est le marqueur de cette faculté supérieure qui est propre à l’homme de choisir la forme et la conduite de sa société, à donner du sens à son existence à travers une humanité dégagée de ce qui entrave sa volonté, et qui s’affronte aujourd’hui à la logique économique capitaliste qui s’y oppose. L’évolution vers la modernité qu’à connue la société française, avec sa République laïque et sociale fondée sur le principe de droits et de libertés des individus, de progrès sociaux, de portée universelle ayant valeur pour tous, en a fait un vecteur de l’émancipation politique, sociale et économique. On voit tout l’enjeu que doit relever ici la laïcité, car ce n’est qu’à travers elle, comme projet politique poussé jusqu’au bout du politique au social et à l’économie, que les réponses nouvelles trouveront à se dégager, qui passe par en finir avec le libéralisme, Sarkozy et ses semblables.

Guylain Chevrier

Historien

Publié dans Politique et société

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