La finance islamique : de l’hypocrisie, des bénéfices mais pas d’intérêts

Publié le par Comité 1905 Draguignan

lundi 9 février 2009, par Pascal Hilout


Rappelons aux lecteurs que le coran interdit tout prêt à intérêt, alors que, dans le même temps, il autorise les musulmans à tirer des bénéfices de leurs opérations commerciales, immobilières, agricoles, artisanales, industrielles etc.

Les jurisconsultes musulmans se retrouvent donc dans l’obligation de respecter formellement cette prescription et transforment, sur le papier, tout financement avec intérêt en un semblant d’opération licite. Ils nomment bénéfice ce qui, au fond, est un intérêt et lui ajoutent des prises de risque fictives là où il n’y en a pas. C’est ce que les Italiens appellent « combinationi » et que les musulmans appellent hyals. En français populaire : des tours de passe-passe. Cette pratique jurisprudentielle islamique se voit ainsi obligée de s’attacher beaucoup plus à l’affichage qu’à ce qui se cache derrière (1).

A titre d’illustration, voici un cas concret qui nous montre comment ces voiles se portent aujourd’hui au cœur-même de l’Europe.

En 2004, pour émettre une obligation conforme aux prescriptions du coran et recevoir ainsi des financements de banques islamiques, l’état (Land) allemand de Sachsenanhalt s’est dû infliger quelques contorsions :

1 – Il a d’abord fallu créer une institution-écran établie en Hollande. Eine Stiftung en allemand : fondation ; œuvre de charité. Ne rigolez pas ! Aux Pays-Bas, cette forme d’institution bénéficiait de conditions fiscales plus avantageuses qu’en Allemagne,

2 – Le Land de Sachsenanhalt a dû transférer l’usufruit d’un certain nombre de ses biens immobiliers à cette œuvre,

3 – En contrepartie, l’œuvre devait lui verser environ 100 millions €,

4 – Pour récolter cet argent, l’œuvre avait émis des obligations (nommées soukouk pour l’occasion) qu’elle a vendues à des banques islamiques,

5 – Par la même occasion, l’usufruit des biens immobiliers est revendu à l’État, sous-couvert d’un leasing allant jusqu’en 2009. En clair : l’État remboursera chaque année une part des 100 millions € plus une certaine somme qui servira à rémunérer les banques islamiques.

Mais attention : cette rémunération est considérée comme une participation aux bénéfices dégagés par l’opération de leasing. N’allez surtout pas la considérer comme intérêts dégagés par de vulgaires obligations ! (2). Pour les jurisconsultes musulmans cette opération commerciale est licite parce que les banques islamiques participent aux bénéfices et auraient pu tout autant subir des pertes. Entendons-nous bien, cela suppose une sixième fiction juridique :

6 - Le Land de Sachsenanhalt pouvait faire faillite.

 

Alors, à quoi bon être de bonne foi lorsque l’hypocrisie se vend si bien en ce début du XXIe siècle ? Elle permet même à des jurisconsultes musulmans d’être grassement payés comme employés de banque ?! Au diable les scrupules et l’honnêteté : demain je me fais mufti bancaire !

Pascal Hilout

Nouvel islam

P.S. : c’est mon profil qui est présenté sur le futur billet de banque.


(1) - La finance islamique ou la magouille sonnante et trébuchante

(2) En religion, les mots que vous prononcez comptent beaucoup. C’est pour cela que vous avez intérêt, pardon, je devrais dire « vous avez bénéfice » à suivre l’exemple de Gordon Brown, de Christine Lagarde et du journal Le Monde pour parler uniquement de soukouk !

Publié dans Politique et société

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