Oui, il faut défendre la laïcité en critiquant les religions !

Publié le par Comité 1905 Draguignan

lundi 19 janvier 2009, par Guylain Chevrier


On oppose à ceux qui défendent la laïcité à travers une critique radicale des religions, qu’on ne respecterait pas se faisant la laïcité elle-même qui garantie le libre exercice de son culte pour le croyant, que l’on tomberait ainsi par cette démarche critique d’un combat pour la laïcité à un combat pour l’athéisme, mettant de cette façon en danger le camp laïque lui-même. Certains qui développent cette critique pratiquent une tendance à se référer à une laïcité de plus en plus neutre, une laïcité « arbitre » du traitement égal des religions, où le souci de la liberté de conscience a pris la tournure de compromis autour du respect de la croyance, la critiquer procédant de la blesser et valant pour une atteinte à la liberté de croire.

La laïcité est-elle ou non l’objet d’attaques des religions qui justifieraient des réactions des laïques qui ne fassent aucune concession ou ceux-ci sont-ils de dangereux paranoïaques ? En réalité, nous sommes depuis plusieurs années dans une situation de montée des revendications communautaires venue de l’islam, suivi par les autres religions, avec une agressivité inquiétante contre la République à travers une remise en cause par elles de ses principes, ceux là mêmes qui fondent notre vivre ensemble, les principes de liberté, d’égalité et de fraternité.

L’objectif des religions : casser la laïcité pour imposer leur retour en politique

Les libertés individuelles et les libertés publiques sont de plus en plus remise en cause sous couvert du droit à la tradition et du respect de préceptes religieux d’un autre âge : agressions physiques de médecins par des pratiquants musulmans à l’hôpital public parce qu’ils réalisent l’accouchement de leur femme, revendiquant qu’elles soient soignées uniquement par des femmes ; sous la pression d’associations juives ou musulmanes, ouverture de piscines municipales à des horaires particuliers uniquement aux femmes dans des viles de droite comme de gauche tel à Lille où au début des années 2000, Martine Aubry, maire de la ville, réservait un créneau particulier pour l’accès des femmes musulmanes à la piscine municipale négocié par le centre social !

Un accommodement qui participe à l’enferment des femmes que leur religion prive de leurs libertés fondamentales sous la dynamique communautaire ; accompagnement de sorties scolaires par des femmes voilées s’inscrivant pourtant dans le cadre d’une mission de service public censée l’interdire, soutenues, c’est un comble, par la Halde ! (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité) ; l’école est de plus en plus l’enjeu de pression communautaires à travers la cantine scolaire comme à Lyon, où on fait des repas végétariens pour éviter les problèmes posés par la communauté musulmane voulant y imposer ses règles, y compris la communauté israélite qui lui emboîte le pas…

La revendication du port du voile islamique à l’école qui a abouti en mars 2004 à la loi interdisant le port de tout signe religieux à l’Ecole, est toujours au cœur du discours communautaire voulant faire entrer la religion dans l’école à travers l’affirmation de ce signe pour la prendre en otage, alors que déjà certains sujets qui activent la question religieuse sont de plus en plus difficiles à enseigner comme la Shoa ; il y a la demande régulière de limitation de la liberté d’expression en matière de critique des religions dont la revendication s’est fait particulièrement entendre lors de la parution des caricatures de Mahomet ; on tolère progressivement le port du voile chez certains agents de l’administration et des services publics, malgré une charte de la laïcité qui clairement l’interdit ; la France a reconnu à travers un accord en décembre dernier des diplômes de « l’enseignement supérieur » catholique rompant avec le monopole universitaire en la matière et induisant ainsi à des diplômes religieux à vocation théologique une légitimité et un statut scientifique qu’ils n’ont pas.

La burqa ne cesse de se développer, la religion allant jusqu’à, à travers elle, volées à des femmes leur image, déshonorant la France, pays des droits de l’Homme qui devrait la proscrire, où les femmes ont déjà eu fort à faire pour se faire reconnaître leurs droits, ici piétinés. Accepter cette situation revient à valider l’infériorité des ces femmes en raison de leur origine et s’apparente à une forme de racisme, ce qui ne fait nullement sourciller nos dirigeants politiques qui ne cessent de donner des gages aux religieux en leur délégant un droit à faire autorité dans les quartiers à forte densité de population d’origine maghrébine ou africaine…

Monsieur Sarkozy, promoteur d’une nouvelle domination religieuse de la société

Une dérive que Nicolas Sarkozy encourage de ses vœux lorsqu’il explique qu’il ne peut il y avoir de société sans religion et qu’une telle société serait sans morale, que l’islam a dans les quartiers « un nouveau rôle à jouer », comme il l’a fait dans son livre publié en 2004 « La République, les religions et l’espérance ». Pour justifier le rôle de l’islam dans les banlieues, il y exprimait qu’il était plus préférable que les jeunes puissent y espérer spirituellement plutôt que de risquer la délinquance.

Il confirmait encore cette démarche à Latran s’adressant à l’Eglise catholique pour affirmer que, « Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue interreligieux, dans les universités, je vous soutiendrai. » La création par son entremise du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), selon une élection pseudo-représentative qui voyait les lieux de vote se confondre avec les lieux de culte, a donné un pouvoir d’influence aux imams sur une partie de la population française sous prétexte que certains de ses membres ont pour origine un pays arabe ou ayant une histoire liée à l’islam. Ignorant volontairement que seulement douze à quinze pour cent des personnes ayant une histoire personnelle liée à la religion musulmane sont pratiquants. Une façon de livrer la citoyenneté de certains de nos concitoyens à la religion selon le rôle que le Président de la république lui attribue de contrôle des populations et de pacification sociale propre au communautarisme.

Un CFCM dominé par l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) que le Président de la République dit incontournable aujourd’hui, où on trouve dans le compte-rendu de son Congrès en 2008 en bonne place, un des préceptes de Tarik Ramadan, la lapidation : « la sentence concernant l’adultère (surate An-Nûr, la lumière) est une sentence dissuasive et elle contribue à la préservation de la famille » tel que le rapporte un documentaire diffusé dernièrement sur ARTE ! Il y a l’aide de combien de collectivités à la construction de mosquées sous couvert d’égalité de traitement des cultes ou encore, le financement du coût de sorties soi-disant culturelles, telle que la ville de Roubaix le pratique, qui a subventionné l’affrètement d’un bus, tout simplement pour faire l’aller-retour au congrès de l’UOIF, véritable détournement de l’argent public rompant avec la loi de Séparation.

Le droit de ne pas croire au ban des libertés

Mieux, le 18 décembre dernier, le Préfet du Val-de-Marne était présent lors de l’inauguration de la mosquée de Créteil, il a insisté pour rappeler avec force de formes la nature de la relation que l’Etat entretient avec les religions, pour expliquer que la loi de 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat « c’est d’abord un principe de liberté puisqu’il permet à chacun de choisir sa croyance et de la voir respectée (…) un principe d’égalité puisqu’il garantit à chacun l’exercice du culte de son choix… »

Quid du droit de croire ou de ne pas croire, la laïcité se résumant dans ces propos à un choix entre des cultes ! Il finissait en toute bonne logique en soulignant que « Cette laïcité ouverte et adaptée à notre époque (est-celle), que le Président de la République nous invite à partager. » Tout est dit ! Le représentant même de l’Etat dans ce département réécrit la laïcité en la dévoyant à la ramener à un choix entre les croyances, à la liberté de religion, en mettant ses pieds dans les pas du Président de la République qui définit à sa façon la laïcité ainsi : “la laïcité, c’est le droit de croire et de pratiquer sa religion de manière libre, publique et égale pour tous les cultes”.

Ne nous y trompons pas, il s’agit là d’une déclaration de guerre à la laïcité, une atteinte mortelle contre les libertés, car en réduisant la philosophie de la République au choix d’une religion, c’est la démocratie elle-même qui se trouve en danger, car sans la liberté de conscience contenue dans le droit de croire ou de ne pas croire, il n’y a plus de liberté de penser et la république elle-même n’est plus.

L’islam, cheval de Troie d’une politique contre les peuples

Ces dernières années, le culte musulman n’a cessé de servir de cheval de Troie au retour de l’influence des religions sur l’Agora, validant en lieu et place des droits des citoyens, la représentation de ceux-ci par l’entremise de représentants de communautés religieuses. Dieu a fait son retour dans les sociétés européennes "grâce aux musulmans", selon le cardinal français Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, cité par le journal du Vatican. "Ce sont les musulmans qui, devenus en Europe une minorité importante, ont demandé de l’espace pour Dieu dans la société" (AFP27.11.08).

Dans ce contexte, ceux qui sont hantés par l’abandon de la foi et des valeurs chrétiennes en Europe, comme le Pape, qui dénonce le risque à ses yeux de voir demain mis le christianisme « en congé de l’histoire » par la « dictature du relativisme », entendent imposer un retour de l’Eglise catholique au niveau même de la création de cet « Etat européen » qu’on nous promet, découlant de l’adoption programmée du Traité de Lisbonne qui donne aux religions une place de tout premier interlocuteur vis-à-vis des grands choix politiques.

Une démarche qui prolonge ce qu’avait initié en France Lionel Jospin lorsqu’il était aux affaires. C’est ni plus ni moins la mise en place d’une dictature de la religion à lui donner le pouvoir de jouer ce rôle prééminent par l’édification de cet « Etat européen » que lui refusent les peuples.

Dernièrement, les milieux catholiques traditionnels se sentant des ailes dans ce climat liberticide ont fait déprogrammé en fin d’année à Lyon un film de la réalisatrice Claire Simon, « Les bureaux de Dieu », sous prétexte qu’il était estimé "blasphématoire" car faisant "l’apologie du Planning familial et de l’avortement"… En réalité, un film sur la prévention qui raconte le quotidien du planning familial. Un film criminel aux yeux de catholiques pour lesquels la liberté de contraception et le droit d’avorter des femmes sont aussi intolérables que pour les islamistes, des fois qu’on l’aurait oublié.

Casser la laïcité, un objectif prioritaire pour le libéralisme

Comme on le voit ici, on ne rêve pas, les religions s’attaquent bien aujourd’hui directement aux libertés fondamentales avec le soutien rien de moins que du Chef de l’Etat et de l’essentiel de la classe politique, qui est vouée à la défense du libéralisme pour lequel le retour des religions dans les affaires de la cité est censé en garantir la pérennité, alors qu’il montre son incapacité à résoudre les grands problèmes contemporains.

La crise du politique et de la démocratie, propre à une société qui n’a pas d’autre réponse que les inégalités et l’individualisme comme projet, met le système au bord du précipice. Face au risque de révolte sociale, la religion revient au-devant de la scène comme instrument de réencadrement de notre société où la laïcité apparaît comme l’obstacle majeure à cette volonté. Un enjeu qui traverse non seulement la politique française mais européenne et mondiale, conditionnant le choix d’un modèle de société.

Alors, on exagérerait ? La laïcité ne serait pas aujourd’hui à défendre contre les assauts répétés et agressifs des religions, contre le danger qu’elles nous font courir derrière une stratégie politique où elles servent d’instrument liberticide pour mieux museler le peuple ?

La critique du retour des religions comme condition de la défense de la laïcité

Cette critique des religions n’a rien à voir avec un combat pour un athéisme d’Etat mais en faveur de religions tempérées qui respectent les valeurs républicaines, le droit de choisir une religion ou de ne pas en avoir, le respect de la laïcité tout simplement qui fixe le bien commun comme supérieur aux différences, aux croyances, aux ethnies, aux origines, seul véritable ciment de notre cohésion sociale, qui bannit le racisme et les discriminations, parce que inscrit dans le creuset républicain de l’égalité.

Depuis l’avènement de la raison dans l’histoire avec l’émergence en Grèce de l’idée du gouvernement des hommes par les hommes, les affaires de la cité étaient devenues, au moins dans le principe, pour la première fois à travers l’invention de la démocratie, l’affaire de tous. Une façon pour l’homme de se penser où sa volonté s’était dégagée de la domination omnipotente du religieux, issue de la distinction entre domaine profane et sacré, entre hommes et dieux. D’une certaine façon, l’homme prenait alors conscience d’être doué d’intelligence et de raison, qu’il tenait sa dignité de sa capacité à construire sa propre condition par l’éducation, la culture, la politique.

La critique des religions, une grande cause d’intérêt public respectant la laïcité

On peut être laïque et respecter les croyances tout en étant incroyant et en s’autorisant à une critique des religions, de leur sens. On a le droit de professer l’incroyance, ce qu’aujourd’hui on semble vouloir faire passer pour une atteinte à la liberté religieuse. L’idée que, si la religion fait partie de notre histoire elle n’est pas inhérente à l’Homme contrairement aux affirmations d’un Sarkozy, implique que rien ne doit prescrire qu’elle s’impose à eux comme une obligation. La critique du rôle des religions dans la cité est aux fondements d‘une histoire qui prenne en compte l’expérience collective et rejette toute idée qu’elle soit arrêtée, fut-ce sur l’horizon d’un capitalisme fin de l’histoire qu’elles justifieraient.

Critiquer la religion à travers le rôle historique qu’elle s’attribue de faire l’histoire au nom d’un dieu qui en dépossède les hommes est une grande cause d’intérêt public, car cette critique les responsabilise, en fait des citoyens libres. Si la religion entend imposer par le haut ce qu’elle pense et entend faire penser, n’est-ce parce qu’elle tient sa vérité d’un dogme immuable et par-là même sacrée qui constitue donc un danger mortel pour les libertés, dès qu’elle se rapproche des moyens politiques de s’imposer ? La religion comme pensée officielle a été balayée par une Révolution française qui a rompu le lien entre le trône et l’autel, acte qui était le préalable à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen avec l‘abolition des privilèges, et n’est-ce pas là que le combat d’aujourd’hui pour nos libertés s’éclaire à travers ce qui se rejoue ? Lorsque l’Homme a pris conscience que sa destinée devenait son affaire, sa condition nécessaire est devenue celle de sa liberté et c’est bien cela, à n’en pas douter, qu’on lui conteste à nouveau !

Développer cette pensée critique des religions participe d’une liberté de pensée et d’expression qui ne remet en rien en cause le respect de la laïcité, de la liberté de conscience et de la garantie donnée par la république au libre exercice de son culte pour chaque croyant, contrairement aux procès d’intentions que l’on oppose à ceux qui ne transigent pas avec le combat laïque. Lorsque les religions veulent s’en prendre aux valeurs de la République et à la laïcité, elles doivent être combattues sans concession. Il n’est nullement question à travers cette critique des religions de toucher à la liberté de croire alors que les religions elles, sont invitées par les promoteurs des injustices sociales à reprendre du pouvoir sur nos pensées et nos actes pour freiner, nuire à toute nouvelle émancipation.

Nous déclarons la laïcité en danger ! Laïques de tous horizons, unissez-vous !

Guylain Chevrier

Historien

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