Education Nationale : faudra-t-il des morts ?

Publié le par Comité 1905 Draguignan

lundi 19 janvier 2009, par Christine Tasin


24329 agressions déclarées en 2005-2006 contre les personnels de l’Education Nationale (1).

C’est beaucoup, c’est énorme, les chiffres augmentent chaque année, les incivilité se multiplient et les agressions physiques d’enseignants par leurs élèves ou les parents de ceux-ci ne sont pas anodines :

16 décembre 2005 : une jeune enseignante d’arts plastiques poignardée en plein cours à Etampes (2).

12 janvier 2009 : un professeur d’électrotechnique poignardé par un élève en Mayenne

16 janvier 2009 : une institutrice agressée par une mère d’élève à Bourges(4)

Quant aux raisons avouées des violences, elles sont toujours révoltantes : ce sont des faits insignifiants, des remarques ou des exigences fondées d’enseignants qui essaient de faire ce pour quoi ils sont payés qui les amènent à l’hôpital !

A Etampes, le professeur se plaint à la mère de l’élève de l’attitude de celui-ci, en Mayenne, le professeur est "exigeant" et l’élève "fragile psychologiquement", à Bourges, l’institutrice demande à la mère de venir chercher son enfant à l’heure…

Certes, il y a beau temps que l’école n’est plus un sanctuaire voué à l’instruction de notre verte jeunesse et à la formation de nos élites. Néanmoins on pouvait espérer que la violence qui se répand dans les transports publics, dans la rue ou dans les "quartiers sensibles" l’épargnerait malgré tout.

Hélas, on n’y est pas plus à l’abri qu’ailleurs. Ni les équipes éducatives, ni les élèves eux-mêmes, qui, aujourd’hui comme hier, n’y échappent pas au mépris et aux railleries de leurs camarades parce qu’ils ne seraient pas à la mode, parce qu’ils seraient trop gros ou trop maigres, mais surtout, aujourd’hui plus qu’hier , ils payent, aussi, leur tribut à l’insécurité, à la haine de la culture, à l’intolérance et au communautarisme. Que dire à ces jeunes issus de l’immigration persécutés, frappés parce qu’ils ne respectent pas le jeûne du ramadan, à ces jeunes Noirs ou juifs qui se font insulter, à ceux qui se font racketter, à ceux qui ne sont ni noirs ni musulmans qui se font traiter de "sales Blancs", à ceux qui n’osent plus travailler ni répondre en classe pour ne pas être mis à l’index avec l’étiquette d’"intello"… ?

Quant aux enseignants, non seulement ils ne sont pas à l’abri malgré leur rôle de transmetteur de savoir qui devrait les mettre au-dessus de la mêlée, non seulement ils sont systématiquement remis en cause par l’institution, les parents, les organisations de parents d’élèves… mais ils sont critiqués, moqués, insultés, molestés, poignardés… par les élèves ou leurs parents.

Les optimistes/réalistes disent que l’école est le reflet de la société et qu’il n’y a pas de raison pour qu’elle ne subisse pas les aléas de celle-ci. Les pessimistes regimbent et protestent. En effet, si, hélas, la société ne peut pas toujours empêcher le chômage, la pauvreté, les violences conjugales ou parentales elle a le devoir de créer pour les enfants qui vivent sur le territoire national des lieux éloignés de la réalité, qui peut être difficile, des lieux où l’on ne s’occupe pas de réel mais de comprendre, connaître, de rêver, de rencontrer la beauté, le choc de la culture, de la connaissance, la possibilité de découvrir, de voir qu’en-dehors du réel parfois ignoble une autre vie est possible, une autre vie qui peut être rêvée, attendue.

On a voulu (et ce "on" recouvre des responsabilités variées !) faire entrer le réel à l’école, sous prétexte de faciliter l’accès au savoir aux couches sociales défavorisées, comme si parler verlan à l’école et y étudier des articles de magazine destinés à la jeunesse donnait accès à Racine !

On a voulu nous prouver que le niveau ne baissait pas sous prétexte que les petits Français sauraient, grâce à Internet et à la télévision, davantage de choses que leurs grands-parents. Depuis quand quantité vaut-il mieux que qualité ? Depuis quand connaître l’existence du "Dakar" excuse-t-il de ne pas savoir où se trouve Bordeaux ? Depuis quand être capable d’utiliser "excel" dispense-t-il de connaître ses tables de multiplication ?

On a voulu que l’école soit une fenêtre ouverte sur le monde. On a voulu la démocratiser, la rendre obligatoire ad nauseam, au point de lui refuser les moyens d’imposer sa loi, ses règles ou, à défaut, de refuser ceux qui ne veulent pas de son fonctionnement ni du savoir.

C’est ainsi que l’école est peu à peu devenue un endroit comme les autres, où chacun a le droit de s’exprimer et d’imposer aux autres ses bons comme ses mauvais côtés, le droit de négocier le respect des règles applicables en principe à tous "en fonction" de son origine, son sexe, sa religion, ses "problèmes", ses "difficultés", réelles ou supposées…

Alors, on y est non plus l’élève Pierre ou Zohra mais "celui qui triche", "celui qui fait ramadan", "celui qui deale", "celui dont les parents ne s’occupent pas", "celui dont les parents s’occupent trop", "celui qui passe ses nuits à faire des jeux video", "le petit bourgeois" ou "l’intello"…

Alors, les élèves ne comprennent pas que les professeurs n’acceptent pas qu’ils se comportent en classe comme chez eux, dans la rue ou dans leur quartier.

Alors les élèves ne comprennent pas que d’autres élèves et des professeurs attendent d’eux un respect qu’ils n’ont à l’égard de rien ni de personne.

Alors ils ne voient pas pourquoi le professeur qui leur montre leurs limites et les invite à se dépasser ne prendrait pas leur poing dans la figure comme les copains, puisque dans un monde de plus en plus barbare tout et tous se valent, le culte de l’individu interdisant de reconnaître à autrui des qualités ou des avantages méritant le respect. Bref, c’est la loi du plus fort qui s’impose.

Faudra-t-il, comme aux Etats-Unis, des portails détecteurs d’armes à l’entrée des établissements scolaires et des morts pour que les pouvoirs publics prennent le problème à bras le corps ?

Faudra-t-il des morts pour que les parents cessent de piétiner les professeurs de leurs enfants, encourageant ainsi mépris et révoltes ?

 

Faudra-t-il des morts pour que l’on redonne enfin aux enseignants débordés, dépassés par une bande de petits morveux décidés à s’amuser à tout prix les moyens de se faire obéir sans se retrouver en garde à vue puis condamné à 500 euros d’amende comme cet enseignant qui avait giflé l’élève qui l’avait traité de connard ou carrément suspendu comme cet instituteur remplaçant qui, à bout, a menacé un élève exhibitionniste que rien ne pouvait calmer de "couper tout ce qui dépasse "(5) ?

Faudra-t-il des morts pour que la FCPE cesse de se mêler de pédagogie et ose, sur son site, galvanisée par la calamiteuse loi d’orientation de Jospin en 1989 affirmer : " les enseignants partagent avec les parents l’éducation des enfants qui leur sont confiés. Cette situation impose confiance et information réciproques. Il est important que l’école implique, fasse comprendre et justifie ses choix, qu’elle donne à voir et à comprendre ses façons de faire"(6).

Faudra-t-il des morts pour que la laïcité, la neutralité et l’égalité soient vraiment imposées à l’école ?

Christine Tasin

http://christinetasin.over-blog.fr/

(1) http://www.lepoint.fr/actualites-societe/profs-agresses-les-syndicats-denoncent-un-triste-record/920/0/225850

(2) http://www.lepost.fr/article/2008/02/27/1104755_prof-poignardee-je-veux-que-mon-agression-serve-a-quelquechose.html

(3) http://fr.news.yahoo.com/63/20090112/tfr-mayenne-un-lve-poignarde-son-prof-019dcf9.html

(4) http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5ggG9DvhS0CPtNrGpCB9N84uxdeJw

(5) http://www.agoravox.fr/article.php3 ?id_article=49893

(6) http://www.fcpe.asso.fr/ewb_pages/d/droits-parents.php

Publié dans Politique et société

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