Pourquoi la gauche anti-capitaliste n’en a que pour la cause palestinienne ?

Publié le par Comité 1905 Draguignan

lundi 19 janvier 2009, par Loick


Depuis de nombreuses années, la cause palestinienne mobilise les passions et occupe l’espace médiatique plus que tout autre conflit. Il serait intéressant qu’un chercheur mesure le temps d’antenne consacré à ce conflit, comparativement aux autres guerres dans le monde, y compris celles où l’on déplore 10 ou 100 fois plus de victimes civiles, comme la Tchétchénie ou le Darfour.

Notons que le conflit israélo-palestinien fait aussi la "Une" des médias et des télés même lors d’affrontements qui n’ont pas la gravité extrême de ce qui se passe aujourd’hui à Gaza, pendant qu’il se passe des guerres et des crimes contre l’Humanité dans d’autres contrées. Lorsque des dizaines de milliers d’algériens étaient torturés et massacrés par le GIA islamiste, militants et médias s’intéressaient à la cause palestinienne ; à l’heure où des dizaines de milliers de darfouris civils étaient massacrés, et deux millions d’autres déplacés dans des camps de réfugiés plus que précaires, militants et médias s’intéressent à la cause palestinienne ; à l’heure où kurdes et turques s’affrontaient, militants et médias s’intéressaient à la cause palestinienne.

 

Même s’il est indécent de "quantifier" les souffrances et les injustices, force est de constater que ce conflit dramatique entre Israéliens et Palestiniens a fait 10 à 100 fois moins de victimes que de nombreux autres conflits sur Terre.

Mais POURQUOI cette focalisation obsessionnelle ? Ici je ne vais pas m’interroger sur l’intérêt des jeunes de quartiers sensibles pour ce conflit, ni à leur identification avec la cause palestinienne (identification qui peut déjà poser question, puisque ces citoyens français n’ont pas en général de liens familiaux ni de passé en Palestine.) On ne peut pas penser que c’est uniquement par indignation humaniste que cette tragédie mobilise autant les médias et les militants de gauche. Car dans ce cas, ces mêmes médias auraient dû parler depuis des années d’autres guerres - notamment autour des Grands Lacs en Afrique -, où on voit des enfants soldats, des viols, des meurtres de masse...

Or étrangement ces guerres-là ne suscitent aucunes manifestations, et parfois même pas de "protestations". Le sentiment d’injustice et l’humanisme, même si ils ont part à cette colère face au conflit israélo-arabe, ne suffisent pas à l’expliquer. Curieusement, lors des affrontements ces dernières années entre le Hamas et le Fatah, dans la bande de Gaza, militants et médias n’ont pas fait de manifestations ! Pourtant il y a eu des atrocités, et des civils victimes de roquettes. Pourquoi ce "deux poids deux mesures", y compris en Palestine même, quand les victimes palestiniennes sont dues au Hamas ?

Certains diront que c’est par "antisémitisme" que nombre de gens se mobilisent, comme par hasard quand il s’agit de dénoncer l’Etat hébreux. Effectivement, les mêmes personnes, quasi indifférentes et toujours silencieuses sur bien d’autres crimes de masses et régimes théocratiques ou fascistes, ne s’émeuvent que lorsqu’elles peuvent stigmatiser "les sionistes". Jolie trouvaille sémantique pour désigner les Juifs favorables à l’existence d’Israël. On a souvent vu des demandes de boycott ou de condamnation ferme d’Israël par des organisations militantes ; les a-t-on vu demander le boycott de la Russie de Poutine, du Soudan, ou d’autres pays qui se sont rendus coupables d’atteintes aux Droits de l’Homme ? Soit. Tentons ici une autre explication, sans recourir à ce soupçon d’antisémitisme ; cette explication est valable pour nombre de militants de gauche qui ne sont pas antisémites. La cause palestinienne remplit une fonction essentielle pour maintenir leur vision du monde, leur idéologie. Et ce confort ntellectuel n’a pas de prix. Voyons cela.

Il est entendu ici que nombre de journalistes dans les grands médias - le journal "Marianne" l’a bien montré - sont idéologiquement plutôt de gauche, ceci expliquant ici que les médias se trouvent fortement influencés par la vision pro-palestinienne.

Or depuis longtemps, la gauche n’a plus de guerres coloniales à dénoncer ; elle n’a plus de colonisateurs impérialistes à combattre. Les massacres d’aujourd’hui sont le plus souvent dus à des chefs "révolutionnaires", socialistes ou islamistes, mais en tout cas non-occidentaux, qui détruisent et torturent leurs propres peuples. Or la gauche révolutionnaire a presque toujours soutenu ces "leaders charismatiques" qui se sont révélés par la suite des dictateurs. Elle veut l’oublier et le faire oublier. On voit comment elle s’accroche désespérement au mythe du "Che", pour garder encore un emblème, une image positive ; qui aujourd’hui oserait arborer des effigies de Castro, Mao ou Staline ? La gauche révolutionnaire, partout où elle a été au pouvoir, a été criminelle et a correspondu dans sa pratique à ce qu’elle dénonçait chez les régimes fascistes ! Terrible ironie du sort. Que lui reste-t-il pour mobiliser les foules ? Sans idéaux positifs, elle ne peut que dénoncer et attiser le ressentiment, voire la haine, sous couvert d’antisionisme et "d’anticapitalisme".

Le seul espace où elle croit pouvoir appliquer son ancienne grille de lecture, c’est Israël et la Palestine. Là, cette gauche institue une vision manichéenne, retrouve les mots et les concepts même dont elle usait dans sa lutte tiers-mondiste (elle parle de "colons" et de "colonisation"), avec d’un côté "des blancs/occidentaux", de l’autre "des colonisés arabes". Et voilà, le tour est joué, on retrouve les mêmes acteurs - les journeaux, les mouvements communistes ou "anticapitalistes" qui ont soutenus aveuglément Castro, Mao, le FLN, Pol Pot etc.- qui cette fois soutenaient Arafat et l’OLP naguère, et deviennent compagnons de route du Hamas aujourd’hui (il suffit de voir que le drapeaux du Hamas sont présents, semble-t-il, à des manifs pro-palestiniennes).

On ne se pose aucune question, on ne se demande pas comment il se fait que les leaders "révolutionnaires" que l’on avait adoré se sont révélés des ordures sanguinaires. Aucune question sur l’aveuglément de la gauche à propos de Castro, Pol Pot, et surtout Khomeiny. Cette gauche-là semble incapable de faire un retour critique sur elle-même, alors qu’elle prône la "pendsée critique", "la philosophie critique". Une critique uniquement orientée vers "les dominants", c’est-à-dire les "occidentaux", comme si les dictateurs du Sud, ou les rois de monarchies pétrolières étyaient du côyté des opprimés !

Non, cette gauche "anticapitaliste" et violente fonce, encense à nouveau sans recul critique un mouvement "révolutionnaire" ou prétendu tel, un chef militaire corrompu comme Arafat... Mais avec cette Cause sacrée, la Cause Palestinienne, on masque ses erreurs, et on dénie les autres formes de terreur et d’oppression, celles pratiquées par les "leaders progressistes" naguère, celles dues aux organisations islamistes aujourd’hui. C’en est presque raciste : pour cette gauche "anticapitaliste", on a l’impression que seuls les "blancs" peuvent être des oppresseurs, et les autres peuples ne sont que des victimes ! Comme si "le Mal" n’existait que chez les "américano-sionistes", et que le capitalisme n’avait qu’une patrie. Ainsi on peut "oublier" de critiquer et de protester et de s’indigner envers le FLN, le GIA, les islamistes soudanais, etc.

Bref, on laisse souffrir et mourir en silence des peuples, et on s’acharne à soutenir une seule cause, au détriment de toutes les autres, et sans l’ombre d’un doute.

Ah il est triste que cette partie de la gauche continue son errance et sa fascination pour les totalitarismes, et que tant d’intellectuels, d’enseignants, d’universitaires, agissent par réflexe idéologique et n’aient pas pu tirer les enseignements des horreurs perpétrées par les "leaders progressistes" du passé récent. L’idée d’un aggiornamento idéologique semble loin de les effleurer, et ils seraient prêts à croire que le bilan révolutionnaire de Castro, Mao ou Pol Pot est globalement positif, comme Marchais le disait de l’URSS. Ou du moins ils agissent et militent comme si ils avaient une telle opinion de ces régimes "communistes".

Evidemment, il ne s’agit pas de dire ici que les Palestiniens n’ont pas le droit à un pays et à vivre dans la dignité. Mais pourquoi oublier tous les autres opprimés de la terre ? Pourquoi ne réserver sa compassion et son indignation qu’à un seul peuple ?

Loick

Publié dans Politique et société

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