Dieu de retour "grâce aux musulmans"…

Publié le par Comité 1905 Draguignan

lundi 8 décembre 2008, par Robert Albarèdes


Dieu a fait son retour dans les sociétés européennes grâce aux musulmans selon le cardinal français Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, cité ce 27 / 11 par le cardinal Tauran, qui s’exprimait à la faculté de théologie de Naples, s’est demandé : « comment a fait Dieu pour revenir dans nos sociétés ? »

C’est le grand paradoxe : grâce aux musulmans…

Ce sont les musulmans qui, devenus en Europe une minorité importante, ont demandé de l’espace pour Dieu dans la société, a-t-il répondu dans des extraits de son discours publiés par l’Osservatore Romano. ( AFP 27 /11 /08 – 18 h 33)

Faut-il à notre tour manier le paradoxe jusqu’à la déraison pour dire ici combien cette déclaration nous comble d’aise et flatte une perspicacité politique que nous n’avons de cesse de développer ?

Car le lecteur assidu de Riposte Laïque entendra, dans cet extrait de discours, l’écho sans altération aucune de la thèse que nous exprimons depuis la naissance de notre lettre électronique, à savoir que si nous combattons l’islam en tant que religion à dimension politique qui veut imposer sa loi dans l’espace laïque de la République, c’est aussi parce que nous avons la conviction qu’il agit – à son corps défendant, peut-être - comme « tête de pont » de l’église vaticane, pressée de retrouver, dans l’Europe politique en construction, une place dirigeante dont la loi de 1905, en France, l’a privée…

 

Il n’y a, ici, l’expression d’aucun anticléricalisme primaire, il ne s’agit pas davantage de « bouffer du curé à la sauce laïcarde » (par parenthèse, remarquons que ceux qui « bouffent » traditionnellement du curé ne « bouffent » que rarement de l’imam : allez savoir pourquoi…) ou de relancer une quelconque « guerre contre la religion »… Non, il n’y a que mise en lumière de la stratégie soigneusement élaborée par l’église vaticane pour réinvestir l’espace public afin de peser sur lui dans le sens de ses intérêts privés qui n’ont rien à voir avec l’intérêt général…Et cet espace public est celui de l’Europe dont la construction politique, pour cahotante qu’elle soit, se réalise cahin-caha sous la double autorité (et la complicité active) de ceux qui se réclament de l’idéologie libérale comme de ceux qui se baptisent « socialistes et démocrates ». Dans la mise en chantier de ce projet, dont feu le projet de Traité Constitutionnel marquait le cadre politico-économique, apparaissent comme particulièrement actives les diverses structures qu’a mises en place l’église vaticane auprès de la Commission Européenne, en particulier la COMECE (voir Riposte Laïque n° 55 ).

Il n’est qu’à apprécier la portée symbolique de l’élection inattendue d’un pape d’origine allemande pour comprendre combien ce terrain de l’Europe est essentiel à la perspective politique de réinvestissement de l’espace public que l’église catholique entreprend. D’ailleurs, Benoît XVI n’a jamais masqué cette intention et ses diatribes contre « le laïcisme européen » sont là pour le prouver, le discours prononcé au palais du Latran, en décembre dernier, par le chanoine du même nom lui apportant l’onction « politique » dont il avait besoin.

Car la cible est bien désignée : il s’agit de la France et de sa République laïque… Il s’agit de l’institutionnalisation de cette laïcité par la loi de séparation des églises et de l’Etat, dont l’obstacle à la main mise de ces églises sur l’espace public, comme à leur volonté communautariste, est infranchissable tant que cette loi reste appliquée dans son extension et sa vigueur. Et cet obstacle est d’autant plus nécessaire à abattre pour les forces politiques et économiques néolibérales comme pour les forces religieuses que l’ ambition des unes et des autres est de réaliser un espace européen dominé par l’économie néolibérale, une structure politique et administrative substituant la notion de régions à celle de nations, et un mode d’organisation et de fonctionnement de la société à l’anglo-saxonne, c’est-à-dire remplaçant l’unité égalitaire de l’espace sociétal par son émiettement en espaces « communautarisés » jouissant de droits particuliers.

La présence et la force (qu’elle souhaite contrôler de l’islam sont une aubaine pour l’église vaticane, dont on voit combien, dans notre pays, elle est encline à approuver toutes les demandes spécifiques des musulmans, y compris la construction de mosquées avec l’aide de la ressource publique. Tout ce qui sera concédé à cette religion dont la caractéristique communément avancée (c’est la deuxième en France) tend à « gonfler » la réalité de son implantation (5 000 000 de français dont 20% à peine sont des pratiquants réels) tout en omettant le fait que 21 000 000 de Français se disent « sans religion aucune ». (Voir « Le Monde des Religions » - janvier 2007 ) sera « pain bénit » ensuite pour la religion dominante, justifiant ses propres demandes aussi bien d’aides matérielles que de droits particuliers.

 

Dans cette perspective, il faut être attentif à deux processus qui se mettent en place discrètement en partant de réalités difficiles et dans un tohu-bohu de protestations qui restent trop souvent marquées par la seule revendication quantitative. Il s’agit des domaines de l’Education et de l’Assistance sociale où les perspectives européennes sont celles et de la marchandisation et de la compassion charitable.

En matière d’éducation, il ne s’agit pas seulement de construire un système éducatif européen, il s’agit aussi de le faire en élaborant une concurrence réelle entre l’enseignement public et l’enseignement privé, en rehaussant le second au niveau du premier et en permettant aux différentes confessions de trouver une place majeure dans cette dualité. Il n’est plus loin le temps des établissements scolaires « communautarisés »…Quant au domaine de l’assistance sociale, dont le fonctionnement est marqué par un déficit chronique contre lequel tous les corporatismes et les visions étroites politico-syndicales ne veulent pas lutter, il apparaît de plus en plus marqué par le recours à la démarche « charitable » sous toutes ses formes, démarche dans laquelle les différentes « églises » vont de plus en plus avoir leur place, la COMECE faisant déjà sur ce point des propositions précises (voir « Riposte Laïque » n° 55 ).

Par delà la vague des « accommodements utiles » accordés aux musulmans, c’est tout cela qui est en jeu, sous le regard actif de l’église vaticane qui a particulièrement bien perçu que l’implantation de l’islam en Europe (implantation dont elle sait qu’elle pourra maîtriser l’importance) était pour elle le moyen le plus efficace de revenir dans l’espace public européen pour le contraindre à sa guise (comme elle fait pour ce qui est de l’espace public polonais, par exemple), quitte à concéder des espaces limités d’influence à « l’autre religion » …ce qui explique le dialogue interreligieux qu’elle met au point.

Dieu est revenu en Europe avec l’islam et l’Europe va faire un pas de quatre siècles en arrière pour la plus grande joie de l’église vaticane dominante !

Merci, mesdames et messieurs les élus de droite et de gauche, les apprentis sorciers de l’extrême gauche et de l’altermondialisme, les compassionnels gémissant des organisations qui s’autoproclament « défenseurs des droits de l’homme » et « antiracistes » ! « Dieu » vous est reconnaissant…

Robert Albarèdes

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