25.000 milliards de dollars partis en fumée depuis le krach financier

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 4 novembre 2008, par Fabrice Letailleur


Les Pays occidentaux et les pays émergents vont se réunir le 15 novembre 2008 à New York pour se pencher sur la plus grande crise financière que nous ayons connue depuis le Krach de 1929.

Depuis le début de l’année 2008, les grands places financières internationales ont perdu près de la moitié de leur capitalisation, soit environ 25 000 milliards de dollars. Cette perte représenterait près de 2 fois le PIB des Etats Unis.

En réalité c’est 35 000 milliards de dollars qui se sont évaporés depuis août 2007, période à laquelle la crise des subprimes a été révélée au grand public. Le système financier au bord de l’asphyxie va tenter de rebondir alors qu’il a entrainé toutes les économies du Monde dans une récession, dont aucun ne peut prédire la durée.

La chute vertigineuse des bourses mondiales, à laquelle nous venons d’assister ces dernières semaines, ne semble pas avoir atteint son point culminant, si nous devons en croire les propos tenus par Nouriel Roubini, économiste à l’Université de New York, lors d’une conférence qui s’est tenue, le jeudi 25 octobre 2008, devant des investisseurs à Londres. Selon cet économiste, les pertes abyssales que l’on a constatées sur les marchés financiers, sont loin d’être terminées. Il a indiqué devant son auditoire qu’il prévoyait dans les prochaines semaines que de nombreux intervenants allaient être obligés de dénouer des opérations qui pourraient entrainer la disparition de nombreuses institutions financières. Voici les termes exacts qu’il a employés : « Des actifs vont être bradés massivement et de ces centaines de hedge funds vont exploser en vol et ne soyez pas étonné, si les autorités financières sont obligées de fermer les marchés dans les jours qui viennent ».

Il a même évoqué qu’une demi douzaine de pays émergents seraient dans une situation critique. Il explique que ces fonds gérés par les Hedge funds cherchent par tous les moyens à sortir de la Bourse pour se recentrer sur des actifs plus sûrs comme les obligations d’achat.

Les hedge funds qui gèrent 10 000 milliards de dollars au travers de 2 millions de sociétés -écrans sont en partie responsable de la spéculation que nous avons connue sur ces dernières années. Ces fonds spéculatifs sont situés dans les paradis fiscaux, qui se retrouvent aujourd’hui sur la sellette. Comment en est-t-on arrivé à cette catastrophe qui ébranle toute la planète ?

Les banquiers sont les premiers responsables de cette plongée aux enfers que nous observons depuis quelques semaines. Pendant des années, les Conseils d’administration et les dirigeants de ces institutions financières dont certaines ont fait faillite (ex : Banque Lehman Brother,) se sont octroyés des rémunérations exorbitantes et avaient mis en place des règles que l’on peut comparer à des comportements mafieux.

L’ancien PDG de Lehman Brother a avoué avoir touché 260 millions de dollars entre 2004 et 2008. Mark Sullivan, ex-PDG de L’assureur AIG, qui a été renfloué par le Trésor Américain a malgré tout reçu comme prime au début de l’année 2008 de 5 millions de dollars, accompagnée d’un parachute doré de 15 autres millions.

Autre exemple, Le patron de la banque d’investissement de Barclays Bank avoue avoir reçu 50 millions d’euros entre 2006 et 2007. Source Marianne, la City de Londres a distribué en 2008 aux goldens boys et leurs patrons 11,2 milliards d’euros. Mr Henry Paulson, l’actuel responsable du trésor américain, touchait en 2005 quand il était PDG chez Goldman Sachs avait un salaire annuel de 38,8 millions de dollars.

Nous avons peine à croire que ces requins de la finance moraliseront le capitalisme financier, alors qu’ils en ont profité durant de longues années.

C’est pour toutes ces raisons que la finance internationale a conçu des produits sophistiqués à haut rendement, pour verser à ces dirigeants des revenus indécents, sans se soucier des risques que ces produits dérivés faisaient courir à la collectivité.

L’argent fou était devenu le seul objectif recherché par ces incendiaires de la finance, mais combien seront poursuivis en justice pour ces agissements qui relèvent de l’escroquerie et de la piraterie. Il fallait bien un jour que ce système mis en place par nos financiers gribouilles s’écroule.

Le seul inconvénient, c’est que cette dérive a pu prospérer avec l’aval de nos Gouvernants qui n’y voyaient rien à redire car celle-ci créait de la croissance artificielle et leur permettaient également d’en profiter. Aujourd’hui le mal est fait et la récession se propage à une vitesse sans précédent à l’échelle du Monde. Les pays occidentaux sont les premiers touchés et les pays émergents sont dans une situation de déstabilisation provoquée par cette crise financière.

Le Krach financier menace de nombreux pays qui avaient opté pour la retraite par capitalisation. Aux Etats Unis ,51 millions de personnes ont vu en quelques semaines disparaître des années d’économies. Les fonds de pension auraient perdu au total 2000 milliards en quinze mois soit 20% de leur valeur. Le chili, l’argentine seraient touchés par cette dépréciation des fonds.

En Europe, le Royaume Uni, les Pays Bas, la Norvège, la Finlande et la Suède, connaissent les mêmes mésaventures .Mais les pays les plus touchés sont les pays de l’Europe de l’Est (Pologne, Norvège et République Tchèque) qui avaient été conseillés entre autre par le FMI se retrouvent fragilisés sachant qu’ils n’ont pas assez cumulé de capitaux pour résister à une crise longue.

Pendant ce temps, notre Président rencontre les grands de ce Monde pour refonder le capitalisme, comme il dit. Il voudrait se présenter comme le sauveur du système au risque de causer des tensions avec ses interlocuteurs.

Notre Président, hyperactif, voudrait imposer à ses partenaires ses propres solutions à la crise financière, devenue désormais, une crise économique et sociale.

Il vient de suggérer la création au niveau européen, d’un gouvernement économique, dont il prendrait bien la Présidence, au point d’irriter les autres pays de la Communauté Européenne.

Notre Président essaie de nous faire croire qu’il est incontournable pour nous sortir de la tourmente dans lesquels ces amis de la finance nous ont mis.

Le Plan de sauvetage des banques mis en place au niveau européen, n’est pas à mettre à l’actif de Nicolas Sarkozy, mais à Gordon Brown, le premier Ministre anglais, qui a décidé lui de nationaliser en partie les banques anglaises, seul moyen de contrôler leurs activités et de peser sur leurs orientations stratégiques ainsi que sur leur Gouvernance.

En France, Nicolas Sarkozy a continué à se comporter comme un libéral, qu’il n’a jamais cessé d’être. Il n’a pas voulu pénaliser les banquiers en ne les nationalisant pas. Il a mis en place une société de refinancement chargée de débloquer des prêts garantis par l’Etat, et dans laquelle les banques seront majoritaires.

L’Etat n’aura même pas de représentants au sein des Conseils d’Administration des Banques qui auront fait appel à cette recapitalisation (enveloppe de 40 milliards d’euros dédiée à cet effet).

Ce montage est un comble et un véritable scandale pour les contribuables que nous sommes. La nationalisation aurait dû être la seule solution à envisager pour éviter que ces mêmes banquiers continuent à agir selon les intérêts de leurs actionnaires privés et retombent dans les travers du profit à court terme, qui les a conduits au désastre auquel nous sommes confrontés aujourd’hui à l’échelle mondiale.

Une autre idée a été lancée des fonds souverains à la Française. Ce qu’il ne nous dit pas c’est de quelle manière sera financé ce fond, alors que la France connaît déjà un endettement abyssal de 1100 milliards d’euros soit 67% de notre PIB (chiffre de 2005). Tout ce que nous en savons, c’est que le bras séculier de ce fond souverain en serait la Caisse des Dépôts et Consignations. Il propose également d’exonérer les entreprises de la taxe professionnelle jusqu’en 2010 pour relancer l’investissement que les banques se refusent aujourd’hui de leur accorder. Cette mesure sera autant de recettes en moins pour les Caisses de l’Etat, ce qui reviendra à faire payer les contribuables.

On a l’impression que ces mesures sont prises dans l’urgence, sans en mesurer toutes les conséquences pour le budget de l’Etat dans les années à venir.

Pendant ce temps là, les grands groupes industriels commencent à annoncer des plans sociaux ou du chômage technique comme dans l’automobile.

Tous les secteurs d’activité sont être touchés (l’immobilier, le bâtiment, l’industrie et les services etc.…) Les marchés boursiers ne sont pas trompés, car les cours des valeurs sont très volatiles, prouvant que les investisseurs n’ont pas été rassurés par ces plans de sauvetage du système financier mis en place par les Gouvernants pour stopper l’hémorragie en cours.

La récession semble s’installer dans nos économies pour une période longue et qui sera douloureuse pour l’économie réelle. Le Krach financier va engendrer d’après l’OIT (Organisation Mondiale du Travail) une augmentation de 20 millions de chômeurs. Pendant ce temps, en France, la politique économique et sociale impulsée par le couple de l’exécutif (Sarkozy /Fillon) continue inlassablement à déréguler et remettre en cause les protections sociales de nos concitoyens, comme si la crise mondiale ne concernait pas la France.

Une nouvelle réglementation plus stricte pour les chômeurs qui seront sous la menace d’une réduction de leur indemnité chômage, s’ils venaient à refuser au bout de la deuxième fois une offre d’emploi, comme si l’emploi allait repartir alors que nous sommes rentrés officiellement en récession.

La suppression pour les chômeurs d’être dispensée de rechercher un emploi après 57,5 ans, alors que l’on sait dans les faits que les entreprises continuent massivement à se séparer des seniors. Des mesures explosives, qui ne feront qu’aggraver les tensions sociales, dans un pays déjà confronté à une montée grandissante de la misère. A l’extérieur, Nicolas Sarkozy en appelle à une refondation du capitalisme, mais dans son propre pays il applique une politique néolibérale qui vient de nous montrer son incapacité à offrir des emplois décents aux salariés.

La crise sociale va être rude et cela n’es t pas en dérégulant et en dérèglementant toujours plus que nous allons faciliter la vie des gens, bien au contraire, nous allons la rendre plus difficile et conduire les familles dans le désespoir et la colère.

Le Président du pouvoir d’achat est devenu le Président de la régression sociale. Nous en avons pour preuve les mesures d’aides à l’emploi qu’il a présentées à Rethel, qui sont les suivantes :

- généralisation du travail le dimanche dans la grande distribution, qui est connue pour pratiquer des emplois à temps partiels et des salaires au rabais.

- relance des emplois aidés, qu’il avait décriés quand la Gauche était au Pouvoir

- assouplissement à la grande joie du MEDEF de l’utilisation des Contrats à durée déterminée qui accentuera la précarité

- extension du contrat de transition professionnelle pour aider le reclassement des licenciés économiques qui débouche rarement sur des emplois pérennes.

- création d’une sécurisation sociale professionnelle, sans en préciser son financement

- simplification de l’aide aux chômeurs de moins de 25 ans, qui pourrait être soutenue, si celle-ci ne devait pas avoir pour corolaire une réduction actuelle des indemnités versées aux autres chômeurs par les Assedic.

Toutes ces propositions ne sont pas à la hauteur de la crise économique qui frappe notre pays. Celles-ci ne sont même pas financées et sont sans commune mesure avec les aides octroyées aux banques qui sont la cause des désordres actuels de notre économie.

En quelque sorte, nous n’avons eu que des effets d’annonces, mais rien sur un plan de relance économique, rien sur les salaires, et rien sur la consommation.

On va demander une fois de plus aux salariés de s’adapter à la Crise en attendant des jours meilleurs.

Prenons garde que les salariés ne prennent pas en main leur destin et décident de faire payer à leurs dirigeants la facture qu’ils veulent aujourd’hui leur imputer.

Fabrice Letailleur

Publié dans Politique et société

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