Quelques remarques sur la récente venue en France de Benoît XVI

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 7 octobre 2008, par Bruno Alexandre


Le pape avait projeté de venir en France à titre privé pour se rendre à Lourdes. Notre président Nicolas Sarkozy s’est précipité pour l’inviter officiellement et le recevoir avec toutes les pompes de la République dont la Constitution proclame solennellement qu’elle est laïque, donc neutre vis à vis des cultes !…

Le discours de bienvenue à l’Elysée marque toutefois un recul par rapport aux prises de position délirantes des récents discours du Latran et de Riyad. En effet les racines de la France ne sont plus uniquement chrétiennes mais "entremêlées dans la pensée grecque et judéo-chrétienne, dans l’héritage médiéval, la Renaissance et les Lumières." Dont acte !

Pas de changement par contre en ce qui concerne le principe de laïcité. Nicolas Sarkozy continue de marteler les vertus de la "laïcité positive, la laïcité ouverte." En cela la collusion est parfaite avec la position de Benoît XVI relevant avec délice "la belle expression de laïcité positive" de son hôte. Cela dit il faut remarquer l’habileté du pape qui objectivement donne même une leçon à Nicolas Sarkozy en déclarant qu’il est fondamental "d’insister sur la distinction entre le politique et le religieux", se justifiant en citant le Christ lui-même : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est a Dieu." Tant de bonne volonté prête à sourire quant on sait comment l’Eglise, après Constantin (début du 4ème siècle), a continué à être liée aux pouvoirs politiques et les a cautionnés dans ses guerres, au nom du respect des "autorités légitimes". ! On connaît aussi toute l’utilisation politique que font les papes du statut d’Etat dévolu au Vatican.

 

Il y aurait beaucoup à dire du discours plus intellectualiste de Benoît XVI au Collège des Bernardins. Ainsi on peut s’étonner de l’optimisme du pape quant à la perpétuation, par le monachisme, des "trésors de l’antique culture", mais je voudrais surtout insister sur les questions de la raison, de la science et de la foi. A ce sujet Nicolas Sarkozy a rappelé dans son discours de bienvenue que le pape a toujours soutenu la thèse de la "compatibilité entre la foi et la raison." Cette attitude n’est pas nouvelle, c’est le thomisme traditionnel de l’Eglise ! Jean Paul II avait clairement rappelé dans son encyclique "Fides et ratio" qu’un désaccord entre foi et raison est impossible "étant donné que c’est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi, et qui fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison." (§53)

Benoît XVI a magnifiquement illustré cette conception séculaire, précisant qu’à l’origine de toutes choses il y a la "Raison créatrice" et que "le Logos est présent au milieu de nous. C’est un fait rationnel."

Le summum du dogmatisme du discours vient en conclusion par cette phrase : "Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison."*

Scientifiques de tous ordres et de tous pays, vous avez du pain sur la planche ! Il faudra désormais vous attaquer à cet objet d’étude : "la question concernant Dieu" ! Je vous imagine déjà solliciter de nouveaux crédits pour équiper vos laboratoires d’instruments horriblement chers, fruits des dernières technologies spirituelles…Bonne chance !

Ma conclusion sera une invitation pressante à combattre les graves atteintes à la vraie laïcité (la laïcité sans adjectif ni additif) qui risquent de s’amplifier, l’ambition sarkozienne étant, selon l’expression de J.L. Mélenchon "le retour des Eglises comme actrices de la vie institutionnelle et publique."

Parler de laïcité positive c’est commettre un pléonasme. "La laïcité n’a donc pas à devenir positive : elle l’a toujours été, elle est un opérateur de liberté." (C. Kintzler) C’est contre l’attitude négative du catholicisme qu’ont été promulgués les droits de l’Homme et la loi de séparation de 1905. La laïcité n’est pas un système de pensée, c’est un principe politique conditionnant l’unité et l’indivisibilité de la République de même que l’égalité des croyants et incroyants, dans une mutuelle tolérance.

Il s’agit d’autre part de dénoncer fermement l’annexion dogmatique et impérialiste de la raison et de la science. La science n’a rien à voir avec le problème de savoir si Dieu existe ou n’existe pas ! L’universalisme de la raison scientifique n’est pas compatible avec les particularismes religieux. S’il existe des vérités scientifiques, en aucune façon on ne peut parler de vérités de foi, ces dernières sont des croyances !

Plus que jamais nous aurons à répéter cette parole de Sigmund Freud : "notre science n’est pas une illusion. Mais ce serait une illusion de croire que nous pourrions recevoir d’ailleurs ce qu’elle ne peut nous donner."

Bruno ALEXANDRE

*Cette déclaration est dans le droit fil de celle de Jean Paul II prônant, au dernier jubilé des scientifiques : " l’élaboration d’une culture et d’un projet scientifique qui laisse toujours transparaître la présence de l’intervention providentielle de Dieu".

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