Un plan de sauvetage pour les banquiers, mais aucun plan de relance pour l’économie

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 21 octobre 2008, par Fabrice Letailleur


Les 27 pays de la zone euro ont accepté de mettre en place un plan de sauvetage de 2000 milliards d’euros pour sauver le système bancaire qui menaçait de paralyser le fonctionnement de l’économie réelle.

Ce plan de sauvetage sera-t-il suffisant pour sauver les banques qui ont failli dans leur mission essentielle, soutenir les entreprises et les particuliers à produire, investir et à consommer ?

Personne ne peut répondre à cette question, tant cette crise semble à bien des égards nous réserver encore de mauvaise surprises.

En quelques semaines, nous nous sommes aperçus que le monde de la finance était totalement déconnecté des réalités.

Les banquiers ont crée des instruments sophistiqués et complexes pour distribuer toujours plus de dividendes à leurs actionnaires et s’octroyer des revenus scandaleux, (stock-options, parachutes dorés, etc.) creusant un peu plus les écarts de salaires dans nos démocraties occidentales entre leurs dirigeants et les salariés.

La répartition des revenus capital- travail n’a pas cessé de se creuser ces 20 dernières années.

 

La valeur travail a été dévalorisée par rapport à la valeur supposée du capital. Des fortunes indécentes se sont constituées sur le dos d’une majorité de travailleurs de plus en plus précaires et sous payés.

Les salariés ont subi la pression exercée par les tenants du capital par la crainte du chômage. Le chantage au chômage les a empêchés d’obtenir une rémunération en adéquation avec leur contribution à la richesse produite.

Depuis les années 80, le système néolibéral a provoqué dans le monde occidental des bulles spéculatives, qui ont permis à des traders et des incendiaires de la finance de s’enrichir sur le dos de la collectivité. Le capitalisme financier a été soutenu par les politiciens de tous bords, tant qu’ils pouvaient en tirer profit.

Le Krach financier vient de révéler que le capitalisme est voué à disparaître dans les nimbes de l’histoire. Et pourtant en pleine crise financière, les opérateurs sur les marchés continuent à spéculer, comme si de rien n’était.

La dernière en date en France remonte au 6 octobre 2008, la Caisse d’Epargne a perdu 600 millions d’euros sur les marchés, alors qu’elle était en plein rapprochement avec les Banques Populaires.

La Banque ING a annoncé avoir accusé une perte de 500 millions sur ses comptes du 3 trimestre 2008 provoquée par les turbulences actuelles sur les marchés financiers et à la dévaluation de ses avoirs sur les produits dérivés.

Il parait que l’on veut moraliser le capitalisme financier. Cela sera extrêmement difficile, voir impossible, car le profit reste la priorité des traders, lesquels sont payés par les banques pour intervenir sur les marchés pour gagner beaucoup d’argent et en faire gagner également énormément à leurs dirigeants.

L’affaire Kerviel à la Société Générale est aussi révélatrice de cet état d’esprit.

Le scandale du krach a provoqué une réaction indignée de nos concitoyens sur les salaires indécents que se réservent depuis plusieurs années les patrons du CAC 40. Ce qui a contraint à contre cœur le MEDEF à mettre en place un code de bonne conduite pour « moraliser » le capitalisme financier. L’on croit rêver, aucune contraindre par la Loi pour les patrons qui continueront à gérer en toute impunité les parachutes dorés en famille.

Il est indispensable de trouver un autre système qui permettre à chacun de trouver sa place dans la société qui aujourd’hui exclue plus qu’elle n’insère. Les révolutions sont nées des injustices et des humiliations subies par les plus fragiles de nos sociétés contemporaines. Elles restent d’actualité dans l’inconscient collectif.

Ces dernières semaines nous avons assisté en France à des voltes- face idéologiques hallucinantes de la part des défenseurs de l’économie libérale que l’on trouve majoritairement au sein de l’UMP. Il existe également à l’intérieur du PS des militants qui défendent l’économie de marché libérale. Les effets de cette crise devraient les faire réfléchir, car nous attendons de la Gauche, des propositions qui ne soient pas quasi- similaires à celles de la droite.

Ces politiciens opportunistes qui ne trouvaient rien à redire sur l’évolution libérale de notre économie, se retranchent maintenant derrière l’Etat, c’est à dire les contribuables, pour sauver un système en dérive.

Il y a quelques mois, ces mêmes libéraux qui continuent à profiter des avantages que procure l’argent roi, nous disaient qu’il y avait trop d’Etat dans notre économie et que l’on devait laisser faire le marché, seul moyen de créer la croissance et la richesse d’un pays. Qu’en est-t-il aujourd’hui ?

Tous se raccrochent désormais à l’intervention des Etats pour remettre de l’ordre dans la financiarisation de l’économie mondiale. Pourtant, nos gouvernants ont permis cette dérive en déréglementant nos échanges commerciaux à l’échelle mondiale.

Car nous sommes bien dans une crise mondiale, que pendant des semaines, nos dirigeants ont cherché à cacher à leurs concitoyens. Une société ne peut pas fonctionner, si l’on n’y impose pas des règles qui permettent de protéger les plus faibles qui subissent en priorité la loi cruelle et injuste du marché. Ce mode de fonctionnement de nos économies doit changer, si nous voulons éviter le pire.

Il est quand même incroyable que les argentiers des grandes puissances occidentales aient pu débloquer aussi rapidement des centaines de milliards pour venir au secours des banquiers, alors qu’ils rechignent à débloquer des fonds pour combattre la famine dans le monde.

Il suffit de rappeler qu’il y a actuellement un milliard d’individus qui souffre de malnutrition pour s’apercevoir que tout le monde n’a pas les mêmes priorités.

La récession est maintenant une certitude. Des centaines de milliers d’emploi seront touchés par cette crise sans précédent. Les entreprises vont réduire leurs investissements, du fait de la conjoncture actuelle, ce qui va peser lourdement sur le comportement des ménages à l’échelle mondiale.

La situation est devenue tellement sérieuse et préoccupante que l’Union européenne a demandé une réunion d’urgence, avant la fin de l’année 2008 d’un sommet mondial pour refonder le capitalisme, en quelque sorte un nouveau Bretton Woods2.

En même temps, le G5 des patrons américains et européens qui se sont réunis vendredi 17 octobre 2008 à Paris ont déclaré que la reprise de la croissance économique passera par les entreprises privées et que les états doivent s’abstenir d’augmenter les pressions fiscales.

Ces patrons ont insisté sur les bienfaits de l’économie de marché, telle qu’ils imaginent, et ils ont même déclaré, qu’il ne fallait pas laisser les gens dirent que le capitalisme est fini.

Cela n’est pas étonnant, ce sont les seuls qui profitent réellement du capitalisme financier. Il ne faut pas se faire d’illusion les responsables des pays riches tenteront de corriger à la marge les errements du système capitaliste, sans pour autant le remettre en cause.

En attendant, la crise est bien là et les travailleurs de tous les pays vont subir de plein fouet, les conséquences désastreuses de ce krack financier sur le plan social.

Des années difficiles se profilent à l’horizon et nos Gouvernants doivent revoir impérativement leur politique économique, si l’on veut éviter que cette crise ne s’approfondisse et entraine nos pays dans une dépression.

En effet la dépression n’est pas à exclure, tant les indicateurs économiques sont au rouge, que cela soit aux Etats Unis ou en Europe. Les pays émergents seront également touchés par cette crise. Ceux qui pensent que la Chine ou l’Inde viendront à la rescousse des pays occidentaux sans contrepartie, se trompent.

Le rapport de force dans le monde risque de changer, et de conduire à des tensions internationales, car les grandes puissances n’ont pas les mêmes intérêts à défendre.

Toujours est –t-il, un plan de relance économique s’avère indispensable pour tenter d’accompagner les méfaits cette forte récession sur l’économie réelle.

Les citoyens européens ne comprendraient pas que l’on sauve le système bancaire, responsable de cette crise financière et que rien se doit fait sur le plan économique pour éviter que cette crise ne se transforme en crise sociale et politique.

Il ne suffit pas de dire sur les chaînes de télévision que les responsables seront punis pour que les peuples soient satisfaits.

IL est toujours plus facile de chercher des boucs émissaires, que de reconnaître que notre système financier international a fonctionné dans des règles édictées par les législateurs de chaque nation.

Les coupables de ce désastre sont autant les financiers que nos Gouvernants. Les marchés boursiers continuent à connaître des soubresauts ce qui prouve que la crise est loin d’être terminée.

La confiance n’est pas revenue malgré les plans successifs de sauvetage mis en place pour éteindre l’incendie. N’oublions pas que pour qu’une économie marche, il faut que tous les acteurs puissent y participer.

Si nous n’exigeons pas un plan de relance économique en Europe, nous risquons de voir s’enfoncer dans la misère un plus grand nombre de nos concitoyens.

Les syndicats ouvriers européens devraient porter cette exigence en lançant une grande pétition pour imposer cette volonté politique aux Gouvernements de la zone euro. La misère ne cesse de progresser dans les pays occidentaux. La récession ne fera que l’aggraver, si nous ne sommes capables de l’endiguer par des mesures appropriées à la crise économique.

En France, nous avons 7 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et qui représentent 12% de la population. Les pays voisins ne sont pas mieux lotis que nous.

Il est grand temps que nous changions de système avant qu’une explosion sociale ne soit la seule alternative à la surdité de nos gouvernants.

Fabrice Letailleur

Publié dans Politique et société

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