La lente agonie du capitalisme financier

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 14 octobre 2008, par Fabrice Letailleur


Les places financières ont continué inexorablement à sombrer dans l’abime, malgré les interventions concertées des six Banques Centrales Occidentales qui ont décidé la semaine dernière de baisser simultanément leurs taux directeurs.

Le 8 octobre 2008 le Gouvernement Britannique a décidé de mettre en place un plan de sauvetage des huit principales banques du pays passant par une recapitalisation de 50 milliards de livres sterling, entrainant de fait leur nationalisation partielle.

Ce plan concerne les huit plus grosses banques du pays :

- Abbey qui appartient à l’Espagnol Santander,

- Barclays

- HBOS qui est en train d’être rachetée par Lloyds TSB,

- HSBC,

- Lloyds TSB,

- Nationwide Building Society, la plus grosse banque non cotée du pays,

- Royal Bank of Scotland

- Standard Chartered

Une autre mesure d’urgence a été prise consistant à injecter une ligne de crédits de 250 milliards de livres (soit 315 milliards d’euros). Aux dernières minutes, Londres aurait augmenté l’enveloppe de recapitalisation des banques anglaises (94 milliards de livres sterling au lieu de 50 milliards de livres sterling) et serait prêt à prendre le contrôle de RBS et HSBC dès lundi 13 octobre, ce qui pourrait entrainer la suspension des échanges durant cette journée.

 

Ce plan de sauvetage du système bancaire anglais sera supporté, comme aux Etats Unis par les contribuables, alors que ceux-ci ne sont nullement responsables des errements de ces requins du capitalisme financier, qui ébranlent toute l’économie Mondiale.

L’Italie est entrain d’étudier un plan de sauvetage équivalent à celui-ci mis en place par le Royaume Uni, dans le but de rassurer les épargnants inquiets de voir l’effondrement du cours d’Uni Crédit, la deuxième banque d’Italie. Le Gouvernement envisagerait une aide d’environ 20 milliards d’euros pour soutenir les banques de la péninsule.

La France de son côte, a décidé de mettre en place une structure ad hoc permettant de soutenir également des banques françaises, qui seraient susceptibles de rencontrer des difficultés de trésorerie dans les prochains mois, si la crise financière continuait à s’aggraver.

Les déclarations rassurantes du Gouvernement Fillon, sur la solidité des banques françaises semblent en contradiction avec la mise en place de cette structure juridique, qui laisse à penser que les bilans des banques n’ont peut être pas encore révélé au grand jour l’étendue des dégâts.

Les restructurations du secteur bancaire ont commencé en Europe occidentale (rachat de FORTIS par la BNP au prix de 15 milliards d’euros, mariage des Caisses d’Epargne avec l’Ecureuil).

Ces plans de sauvetage en cascade devaient permettre aux acteurs de la finance de retrouver la confiance et de reprendre les opérations interbancaires, outil indispensable pour réintroduire dans l’économie la distribution de crédits

Pour autant, les Bourses mondiales n’ont pas été rassurées par les décisions de nos Gouvernants, tant la crise de défiance semble avoir paralysé les investisseurs, qui préfèrent liquider des positions de peur de tout perdre.

Chaque jour révèle des mauvaises nouvelles qui ne font qu’amplifier ce phénomène de panique qui s’est emparé des milieux financiers.

Par exemple, l’économie islandaise qui reposait essentiellement sur le secteur bancaire est au bord de la banqueroute. L’Islande a fait appel à un prêt d’urgence de 4 milliards d’euros de la Russie pour venir en aide à ses banques en grande difficulté. L’Etat islandaise a été contraint de nationaliser la deuxième du pays, Landbanski.

L’Etat islandais a vécu pendant de nombreuses sur le modèle américain, entrainant les Islandais dans un endettement sans limite, n’a pas résisté à l’éclatement de la bulle financière actuelle.

Les échanges à la Bourse de Reykavick ont été suspendus au moins jusqu’au 13 octobre.

L’Allemagne, la plus forte économie de la zone euro, a vu baisser de 13% ses exportations au mois d’août 2008, due en partie à la crise du secteur automobile liée au prix du pétrole et au resserrement du crédit, qui paralyse l’activité économique.

Le secteur bancaire allemand n’est plus à l’abri d’une intervention de l’état par le biais d’une nationalisation de certaines banques fragilisées par la conjoncture actuelle. Le sauvetage de Hypo Real Estate est fragile, la Deutsche Bank et Commerzbank souffrent également des effets de cette crise de confiance.

La Russie a annoncé l’octroi de 27 milliards d’euros à plusieurs établissements financiers. La Bourse de Moscou a connu des baisses vertigineuses et des remontées tout aussi spectaculaires, démontrant l’instabilité du marché.

Les places asiatiques ne sont pas non plus épargnées par cette panique générale. Rien ne semble arrêter la purge des marchés financiers, qui met en péril les fondements même de l’économie mondiale.

Les mesures protectionnistes prises par chacun des pays européens, n’ont pas renforcé la cohésion de l’Europe qui se cherche une réponse commune à la crise financière sans précédent que nous vivons.

Cette crise a aussi révélé que l’Europe n’avait pas de gouvernance commune, tant les intérêts de chacun divergent.

Ce qui semble le plus préoccupant, c’est que les Gouvernements de l’Union Européenne ne veulent pas remettre en cause le système libéral qui est à l’origine de nos maux actuels.

Un comité Européen est prévu pour tenter d’harmoniser les positions de l’Europe sur la garantie des dépôts bancaires.

Pendant ce temps là, aux Etats Unis, Wall Street continue à reculer malgré le plan Paulson, qui ne devrait pas suffire à circonscrire l’incendie.

Il est désormais envisagé par le Trésor américain d’intervenir pour réinjecter du capital dans les banques.

Les Etats Unis sont rentrés en récession, nous le savions, mais l’on entend des économistes parler maintenant de déflation, comme en 1929.

A tout le moins, la crise provoquée par les subprimes pourrait entrainer les Etats Unis dans une période de récession de plusieurs années, peut être même de déflation.

Pour comprendre ce qui cache derrière la déflation, il faut en donner la définition :

La déflation est le gain du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une diminution générale et durable des prix ; c’est une inflation négative.

La déflation pourrait provoquer des dégâts considérables dans l’économie réelle.

Depuis de nombreux mois le risque de déflation préoccupe les autorités monétaires et financières.

En économie, la déflation caractérise une période suffisamment longue durant laquelle une baisse générale des prix est observée. Le phénomène opposé (hausse des prix) est l’inflation. En règle générale, la déflation est la traduction d’un net ralentissement ou d’une baisse de la demande, et elle est associée à une période peu favorable à l’activité économique. Néanmoins, une période économiquement morose n’est pas forcément conjuguée à une déflation.

La déflation peut être économiquement définie comme un mouvement persistant à la baisse, au fil du temps, du prix moyen des biens et des services, c’est-à-dire du coût de la vie. Il ne s’agit pas simplement de la baisse du prix d’un bien ou même de celui d’un secteur d’activité, mais de l’ensemble des prix.

La déflation ne doit pas être confondue avec la désinflation qui est un ralentissement du taux d’inflation, c’est-à-dire que le niveau général des prix augmente moins vite.

Une déflation a des conséquences néfastes sur l’économie, puisqu’elle décourage l’investissement (en rendant moins attractif l’emprunt qui le finance généralement) et, lorsque le consommateur anticipe que la déflation va se prolonger, va l’inciter différer sa consommation en thésaurisant (une même somme d’argent permettra d’acheter davantage de biens dans le futur, par rapport à un achat immédiat). Si une baisse temporaire des prix entraîne en général une augmentation de la consommation (« effet prix »), le phénomène de thésaurisation prend le dessus sur l’effet prix au cours des déflations prolongées.

Tout doit être fait pour éviter absolument que l’économie mondiale rentre en récession, voir en déflation avec tous les risques que cela pourrait engendrer sur l’activité des entreprises, donc de l’emploi et du pouvoir d’achat des ménages.

Le Président du FMI Dominique Strauss Kahn pense que les créances toxiques doivent représenter une enveloppe d’environ 1400 milliards de dollars et sont logées à 90% dans le système financier américain et européen.

Tous ces centaines de milliards de dollars et d’euros qui ont été injectées dans le circuit financier vont peser sur l’endettement des Etats et risquent de se traduire par une augmentation de la pression fiscale, car il faudra bien un jour régler cette facture abyssale.

A titre d’exemple, la dette publique des Etats Unis s’élève aujourd’hui à 10 000 milliards de dollars.

Les critères de réduction des déficits publics ont volé en éclat dans la zone euro devant la chute vertigineuse des marchés financiers à laquelle nous assistons.

Nous avons vécu à une semaine folle sur la planète finance. Les indices ont décroché d’’environ 20% sur sept séances (voir parfois -25% à 30%). Cette crise systémique s’est propagée à l’ensemble des continents, obligeant certains pays a fermé leurs places financières.

L’écroulement des marchés peut se comparer aux précédentes crises de 1929 et 1987.

Si nous ne voulons pas que les populations soient les victimes de cette gabegie, nous devrons impérativement élaborer à l’échelle du monde une autre politique de développement de nos économies qui devront servir le bien être des individus.

Car si nous laissons faire le marché, les couches sociales les plus défavorisées se retrouveront au chômage, comme le laisse présager les prévisions pessimistes du FMI sur la croissance des deux prochaines années.

Nous risquons d’être confrontés dans les mois à venir à une crise sociale qui pourrait submerger nos continents et aggraver encore plus les effets de cette crise, et conduire nos économies au chaos.

Le G7 (les sept pays les plus industriels du monde) qui s’est réuni le 10 octobre 2008 à Washington devait étudier une déclaration de principes et de moyens communs pour sauver les banques et éviter la faillite des plus importantes.

L’Eurogroupe s’est aussi réuni le 12 octobre 2008 pour définir un plan d’action conjoint de la zone euro et de la Banque centrale européenne face à la crise financière actuelle.

Pour ma part, pour empêcher que de cette crise perdure :

IL faudrait à l’échelle internationale et non pas européenne repensait totalement la Gouvernance du système bancaire.

Il faudrait revoir les normes comptables actuelles, qui ont échappé à tout contrôle, provoquant les faillites en chaîne des grandes institutions financières internationales.

Il faudrait introduire des règles de régulation qui permettraient à l’économie de marché de servir l’intérêt général au lieu de servir l’intérêt des puissances d’argent, dont l’absence a conduit au désastre financier que chacun d’entre nous peut observer aujourd’hui.

Il faudrait imposer des règles d’éthique à tous les échelons de la planète, en décidant une fois pour toute, de supprimer les paradis fiscaux, de proscrire des marchés la titrisation, d’interdire les produits dérivés, les swaps, et les hedges fund, , qui sont la cause du règlement actuel des marchés financiers.

Tous ces instruments complexes sont pour une bonne part responsable de l’effondrement du système financier international, dont les acteurs n’en maitrisent plus aujourd’hui les effets dévastateurs et les répercussions sur l’économie réelle.

Pour mettre en place cette Gouvernance mondiale, il faudrait que les Etats prennent le contrôle de l’ensemble du secteur bancaire, qui aujourd’hui ne semble plus en capacité de jouer son rôle dans l’économie mondiale.

Si les politiques sur le plan mondial ne prennent pas des mesures suffisamment convaincantes pour rétablir la confiance et changer les règles de ce système financier devenu totalement fou, nous nous enfoncerons dans la crise, avec toutes les conséquences que celle-ci engendrera sur le plan social, économique et politique.

Nous verrons bien si dans la semaine qui s’ouvre les marchés financiers retrouveront le calme ou continueront à s’enfoncer dans l’abime. En fait, je reste persuadé qu’il ne sert à rien de refonder le capitalisme, car celui-ci est directement responsable de la crise mondiale actuelle.

De mon point de vue, il nous faudrait inventer un nouveau système économique où la richesse serait partagée équitablement entre les différentes couches sociales de nos nations respectives pour éviter une conflagration mondiale aux conséquences incalculables.

Fabrice Letailleur

Publié dans Politique et société

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