La France républicaine, laïque et sociale, un atout face à la crise

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 14 octobre 2008, par Guylain Chevrier


Extraordinaire ! A la question de savoir si la situation actuelle ne profiterait pas par hasard aux actionnaires, Marc Fiorentino, PDG d’Euroland Finance (Société de bourse), répond avec l’aplomb de Juda dans l’émission « Mots croisés », mais « les actionnaires son rincés, ils n’ont plus rien », ils seraient même les premières victimes du système si on suivait ce farceur ! Ce qu’oublie de nous dire ce « brave » qui appointe au système, c’est qu’entre le moment où les actions étaient au plus haut et le moment où elles plongent, les actionnaires, les gros, se sont sucrés, et comme il faut, et que ce sont encore eux qui les rachèteront quand elles seront au plus bas en faisant une plus-value substantielle, une de plus.

Effectivement, les choses ne vont pas si mal pour tout le monde, si l’on considère le club des millionnaires en dollars qui a accueilli l’an dernier 600 000 nouveaux élus (+6% par rapport à 2006) et franchi pour la première fois le cap symbolique des 10 millions de membres (10,1 millions de personnes exactement détiennent plus d’un million de dollars, hors résidence principale). Deux fois plus qu’il y a dix ans seulement, selon la 12e édition du World Wealth Report de Merrill Lynch et Capgemini. Leur fortune s’est également bien étoffée : en 2007, ces « happy few » détenaient collectivement 40700 milliards de dollars, soit 9,4 % de plus qu’un an auparavant ! Le budget de l’Etat français, avec ses 266 milliards dépensés en 2006 et ses 45 milliards de déficit, fait pâle figure à l’ombre de cet étalement de démesure. Les riches pavoisent et la pauvreté s’accroît.

Un monde en crise qui révèle toute l’horreur du credo libéral

On ne parle que des banques en faillites ou en difficulté, mais elles ne sont que la partie immergée de l’iceberg. Elles véhiculent la peur, parce que ce sont elles qui disposent des économies de millions de petits épargnants qui doivent faire avec la crise en attendant un miracle qui ne les ruine pas. L’enjeu est ailleurs.

Les vrais décideurs, ce sont les gros actionnaires, ceux qui passent par les banques pour faire fructifier leur argent et qui savent toujours retirer leurs billes au bon moment sur les conseils des « golden boys », jouant sur tous les tableaux en même temps. Le système financier se montre incapable d’assurer la continuité des missions collectives qui lui ont été confiées sous le prétexte de faire jouer la concurrence censée favoriser le client. Il ne favorise en réalité que l’intérêt privé étouffant toute idée de responsabilité.

Dans ce contexte, les drames humains se multiplient. Aux Etats-Unis, un cadre de la finance vient d’assassiner toute sa famille avant de se donner la mort. Les corps de Karthik Rajaram, 45 ans, diplômé d’une école de commerce, de sa femme, de leurs trois enfants et de sa belle-mère, ont été découverts lundi dans leur maison située dans un quartier huppé de la banlieue de Los Angeles en Californie. Sans emploi depuis plusieurs mois, ce père de famille venait de perdre l’ensemble de ses économies, déjà entamées par un chômage prolongé, à la suite de la chute de Wall Street. Pour expliquer son geste, il a laissé une lettre à l’attention de la police où il évoque "sa situation économique désespérée".

Ce drame intervient moins d’une semaine après celui d’une femme âgée de 90 ans acculée au suicide dans l’Ohio, car elle allait être expulsée de la maison où elle demeurait depuis 38 ans.

Le libéralisme, avec son credo du « laissez-faire, laissez-passer », a créé toutes les conditions pour que les intérêts privés jouent contre la société, qu’ils accumulent des richesses qui pèsent sur l’économie et finissent par la bloquer. Contrairement à ce que prétendent les apôtres du système, à savoir que cette crise ne serait la faute de personne, elle découle de décisions et de la volonté d’individus bien réels, ultra-individualistes et égoïstes, propre à une logique capitaliste flattant les pires travers.

L’intérêt général y est livré par principe à la liberté fascisante de ceux qui spéculent sur les vies de milliards d’être humains derrière l’écran de l’ordinateur qui calcule la meilleure courbe du profit. Violence, horreur et immoralité d’un système, de ses hommes de mains de ses profiteurs, pour lesquels un tribunal international ne serait pas de trop.

L’Etat-nation, un rôle protecteur pour les peuples refoulé par le libéralisme

Face à cette crise financière, on en vient soudain à dire qu’il faut plus d’Etat, que la nationalisation des banques est comme la solution miracle, une nouvelle halte sur le chemin du pèlerin en conseil économique, le recours ultime procédant de l’argent du contribuable, du peuple. Cet argent qui est récolté au nom de l’intérêt général par la levée de l’impôt, pour activer les grandes missions de l’Etat, l’entretien de la nation, pour financer la solidarité nationale, les services publics, doit être livré rubis sur ongle aux dévots de la finance par banques interposées sans compter de ce dont on s’endette.

Face à cette mise au devant de la scène des Etats, quelque peu gênante après les avoir incités tant à s’effacer pour favoriser une économie mondialisée, on en vient à nous dire que la réponse à la crise financière ne peut être qu’à l’échelle de la globalisation. On entend réduire ainsi la portée de ce qui se révèle au grand jour, un rôle protecteur pour les peuples des Etats-nation. S’ils sont sommés d’intervenir par les financiers, on ne peut évidemment les laisser être réhabilités aux yeux d’une opinion publique que l’on ne cesse de conditionner à accepter de s’en remettre à des centres de décisions de plus en plus éloignés de l’idée de nation et de la maîtrise démocratique des peuples, telles que l’Europe, le FMI, le G8.

L’Etat au secours du capitalisme, une double spoliation du peuple

C’est ainsi que l’Eurogroupe ce week-end a décidé, 15 pays de l’Union plus la Grande-Bretagne, sous la houlette de la présidence européenne française de Sarkozy, de mettre à disposition 1500 milliards d’euros pour résoudre la crise financière, pour garantir que les spéculateurs qu’on nomme investisseurs, reprennent le chemin du marché. 360 milliards seront consacrés par la France à cette union sacrée européenne, injectés dans l’hexagone pour sauver le système, dont il faudra bien, contrairement à ce qu’on nous promet, trouver les payeurs, qui seront les contribuables par la voie de l’impôt ou/et les consommateurs par l’entremise de l’inflation et l’augmentation des taxes.

Immédiatement, la réponse ne s’est pas faite attendre, les bourses sont remontées en flèche, avec +11,18 % pour le CAC 40 en France, un record depuis 20 ans. La récession pendant ce temps-là n’est en rien résolue avec l’austérité qui la suit comme son ombre. En réalité, tous ces gouvernants, en bons soldats du système libéral, ont décidé de se saisir de la situation pour justifier de vider un peu plus les caisses des Etats européens, France en tête, en en faisant l’offrande sur l’autel d’un système qui bafoue les droits, les peuples et les Etats eux-mêmes. Jusque-là, bizarrement, on disait les caisses vides pour ne pas relancer le pouvoir d’achat des ménages, qu’il fallait rester à tout prix dans les limites des critères de convergence, qu’on ne pouvait creuser plus le déficit public...

Et puis, on trouve des milliards pour renflouer les banques dont on explique que le monde s’effondrerait sans elles, que leur intérêt se confondrait subitement avec celui de ceux qui vivent de leur travail. On fait payer les citoyens deux fois ici : une fois en étant spoliés par le système qui, par l’entremise des exigences démesurées des actionnaires, a ruiné le pouvoir d’achat des familles avec bas salaires et délocalisations à la clé, et une seconde fois, en faisant intervenir l’Etat avec l’argent du contribuable, pour renflouer les pertes du système une fois que les gros ont opéré leurs prises de bénéfices en le faisant s’effondrer. Les milliards d’euros des Européens vont d’abord bien sûr profiter à l’économie américaine, moteur du système, qui a provoqué la crise en raison de l’absence de limites là-bas à la spéculation sur les choses, les biens et les gens.

La France républicaine, laïque et sociale, modèle de résistance à la crise

On nous dit aujourd’hui que la France résiste étonnamment mieux à la crise financière que tous les autres pays, mêmes européens, sans nous expliquer pourquoi. Et pour cause, c’est à travers ce que la France a de spécifique qu’il faut en chercher les raisons, comme héritière des acquis des luttes politiques et sociales qui lui ont imprimé un sens républicain du bien commun, à travers des acquis dont le peuple s’est doté tels que son système de solidarité fondé sur le principe de « chacun donne selon ses moyens et reçoit selon ses besoins » comme le réalise la Sécurité sociale, ou encore les retraites avec leur système de répartition fondé sur la solidarité entre les générations, les services publics encore insoumis à la rentabilité financière, autant de choses maintenues hors de portée de la financiarisation de la vie de notre société et par là-même largement protégée de cette crise.

De 1789 au Printemps des peuples de 1848, en passant par le Front populaire et mai 68, les travailleurs ont mis à l’abri du système spéculatif certains de leurs besoins essentiels inscrits sous l’autorité d’institutions constituées dans l’édification d’une République laïque et sociale à laquelle ils tiennent encore et que ceux qui nous gouvernent rêvent de détruire. L’intérêt général, si on devait suivre les valeurs de notre république, c’est le pouvoir d’achat, c’est la circulation de l’argent pour que chacun puisse simplement vivre, non sa mise à part dans des actions sur lesquelles on spécule pour faire monter les cours en nuisant à l’économie humaine. La laïcité économique, voilà la perspective, l’économie élevée au-dessus du désordre des intérêts privés pour assurer l’égalité devant les besoins fondamentaux.

Pour une nouvelle condition économique de la liberté

Le monde politique est de plus en plus interchangeable, à l’image d’un Manuel Valls qui enlève les mots de la bouche à un Xavier Bertrand pour justifier l’ouverture des magasins le dimanche au nom de libérer le travail (France 2, JT, le 11.10.08). Les socialistes se sont abstenus pour la plupart sur le plan Sarkozy de « sauvetage » des banques. Mais cela ne trompe personne, c’est comme toujours pour jouer la différence sur la forme, tout en se dédouanant vis-à-vis des milieux financiers de rejeter le plan sur le fond, car ils n’en contestent nullement le principe. La gauche et la droite disparaissent derrière un libéralisme dont les Strauss-Kahn et les Delanoë chantent les louanges en se mettant sur les rangs des présidentiables, justifiant toujours la même logique au service des riches. Il n’y a décidément rien à attendre que du peuple !

Le pessimisme domine la vision de l’homme qu’imprime le capitalisme et son rejeton, le libéralisme, qui le montre obscure, miné par l’excès d’orgueil du riche qui maintient sa position grâce aux inégalités et à l’exploitation dont il se nourrit tout en encourageant le pauvre à rêver de s’enrichir au détriment des autres, propagande en faveur d’une croyance qui n’est qu’une façon de s’assurer de sa domination.

Avec la logique de l’actionnaire, on a perdu toute notion de la dimension collective des sociétés humaines, alors que l’économie qui en est la base matérielle devrait être mise au service des besoins des hommes et non objet de l’intérêt privé aveugle qui ignore, par essence, le bien commun. La France, à travers son histoire sociale et politique, les acquis collectifs qui en ont découlée, indique la voie vers une nouvelle condition économique de la liberté.

La richesse créatrice de notre société devrait être mise au service de tous pour réaliser les moyens de pousser l’homme dans le sens émancipateur de ses capacités, d’être agent de son histoire, le capitalisme n’étant jamais qu’une étape archaïque dans son évolution. Il y a comme une promesse inscrite dans les possibilités de l’homme que laisse entrevoir cette capacité à se dépasser qui lui est propre, qui nous invite à faire table rase du capitalisme comme fin de l’histoire.

Guylain Chevrier

Historien

Publié dans Politique et société

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