Jacques Myard : il faut légiférer contre le voile intégral dans l’espace public

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 14 octobre 2008, par Pierre Cassen


Riposte Laïque : Jacques Myard, vous êtes député UMP des Yvelines, et vous avez déposé le 23 septembre dernier, un projet de loi demandant l’interdiction du voile intégral en France. Pourquoi cette initiative, qui n’est pas la première, de votre part ? Pensez-vous que vous aurez cette fois plus de succès que précédemment ? Je suis profondément laïque. Pour moi, la laïcité, c’est la base de la société démocratique dans laquelle nous vivons. J’y suis profondément attaché. Le respect de ses règles est la condition de la paix civile. Je ne suis pas anti-religieux, je considère que c’est l’affaire intérieure de chacun.

Jacques Myard :

Or, aujourd’hui, je constate que de plus en plus de personnes montrent leur appartenance religieuse, en affichant des tenues qui sont, pour moi, dégradantes pour les femmes. Je suis profondément choqué et révolté quand je vois des personnes qu’il est impossible d’identifier, sans identité, comme « véhiculées « par leur mari. Je suis très attaché à l’égalité des sexes, et je considère ces tenues comme inciviles, et contraire au principe républicain d’égalité.

 

Je considère que le voile intégral n’a rien à faire sur le territoire national. C’est pourquoi j’ai redéposé ce projet de loi.

Je tiens à préciser que je ne suis pas pour autant hostile au port de croix discrètes, d’étoiles de David, ou de Croissant. Mais je ne peux accepter, en France, des tenues qui nous révoltaient encore, il y a quelques années, quand nous les voyons en Afghanistan.

Je sens autour de mes collègues députés une prise de conscience, et je suis davantage écouté que lors de la première fois. Je ne sais si cela sera suffisant. La charge parlementaire est importante, et il faut convaincre chaque groupe parlementaire.

Mais je lance un appel, à travers cette interview, pour que chaque citoyen qui, comme moi, est conscient de ce problème, interpelle son député, et l’encourage à soutenir mon projet de loi.

Riposte Laïque : Vous savez que notre journal a défendu, depuis le début, Fanny Truchelut, tenancière d’un gîte dans les Vosges, qui a été lourdement condamnée pour avoir demandé à deux femmes de retirer leur voile dans les parties communes de leur gîte. Votre projet de loi n’aborde pas le voile. Pensez-vous malgré tout que le législateur doit protéger des citoyens confrontés à de telles situations ? J’ai été très étonné par cette décision de justice. Il n’y avait, dans cette histoire, pour moi aucune discrimination religieuse. Moi-même, dans mon bureau de maire, si une femme voilée me demandait un rendez-vous, je lui demanderai de retirer son voile, avant de rentrer dans mon bureau. Lors d’un mariage, j’ai été confronté à cette situation. J’ai demandé à une mariée, et à des témoins, de retirer leur voile, car je veux savoir à qui j’ai affaire, quand j’unis deux personnes. Je ne vois donc pas où est la discrimination religieuse qui a justifié la condamnation. Madame Truchelut, à ma connaissance, n’a pas refusé les personnes parce qu’elles étaient musulmanes, mais parce qu’elles portaient une tenue que par ailleurs la religion musulmane n’impose pas, et qu’elle leur a demandé de les retirer dans les seules parties communes. Non, décidément, cette décision me choque vraiment, et m’interroge en tant que législateur. Je serai ravi de m’entretenir prochainement avec vous sur cette question.

Jacques Myard :

Riposte Laïque : L’an passé, vous aviez signé une pétition, lancée par notre journal et Regards de Femmes, demandant, outre l’interdiction de la burqa, celle du voile à l’université et pour les mineures. Quelques députés de droite et de gauche avaient signé, mais ils sont rares. Comment expliquez-vous cela ? Je souhaiterais d’abord revenir sur le problème de l’université. Il y a certes une tradition de tolérance, dans ce milieu, dans notre pays. Mais je ne comprends pas pourquoi, dans un service public, qui délivre des diplômes nationaux, on peut porter le voile. J’ai été dans la commission Debré, lors du débat sur les signes religieux à l’école. Je pense aujourd’hui qu’il faut étendre la loi du 15 mars 2004 à l’université.

Jacques Myard :

Je suis là-dessus comme Ataturk, et je remarque d’ailleurs qu’en Turquie, la première mesure qu’ont pris les islamistes a été de réintroduire le voile à l’université. J’ai la notion du service public, et de sa neutralité, et, selon moi, cette question ne devrait même pas se discuter en France.

Concernant le faible nombre de députés qui ont signé ce texte, l’explication est simple : beaucoup, même s’ils sont d’accord sur le fond, hésitent à se lancer dans des combats qu’ils savent émotifs. Pour moi, l’histoire appartient à ceux qui bougent, pas à ceux qui restent immobiles. Peu m’importe que nous soyons dix, cent ou davantage, je continuerai donc ce combat.

Riposte Laïque : Comment le laïque que vous êtes a-t-il réagi au rapport Machelon, et au concept de laïcité positive du Président de la République ? La laïcité n’a pas besoin d’adjectif, et je considère qu’il faut en rester à la loi de 1905, en l’améliorant, en la renforçant, par le projet de loi que je dépose. Aucune autre modification n’est aujourd’hui opportune. En 1905, la question ne se posait pas, aujourd’hui, il y a une situation nouvelle, il faut donc légiférer pour mettre un coup d’arrêt à des tenues qui sont d’une indignité totale pour les femmes.

Jacques Myard :

Riposte Laïque : Vous êtes dans un département, les Yvelines, où des quartiers sont de plus en plus islamisés, comme à Mantes, aux Mureaux ou à Trappes. Certains élus croient acheter la paix sociale en finançant des mosquées, directement, comme le maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, ou indirectement, comme à Marseille ou à Montreuil, par des baux emphytéotiques. Quelles réactions cela vous inspire-t-il ? Je considère que mes collègues qui tombent dans ce piège font une grave erreur. Je suis contre la financement de tout lieu de culte. Il n’y a pas de problème d’argent, n’importe quelle religion, si elle le souhaite, peut trouver auprès de ses fidèles les ressources nécessaires, c’est à la portée de toutes les communautés. Sur les baux emphytéotiques, j’ai eu des discussions avec Jean-Pierre Brard, l’ancien maire de Montreuil. Si le bail correspond au prix du marché, je n’ai aucun problème, mais par contre, s’il constitue une aide déguisée, par un prix sans rapport avec la réalité du marché, cela me pose problème.

Jacques Myard :

Propos recueillis par Pierre Cassen

Commenter cet article