Les limites de l’enclos intellectuel de Catherine Kintzler, qui approuve le port du voile à l’université

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 23 septembre 2008, par Pascal Hilout


Dans son dernier article republié par ResPUBLICA, Mme Kintzler disserte du voile islamique à l’université. Les rétrogrades de tout poil et de tout voile, se délecteront à la lecture de son dernier paragraphe que je vous invite à découvrir par vous-mêmes (1). Mme Kintzler semble subjuguée par l’idée qui considère les normes de construction dans la République comme relevant principalement de l’Etat et de la classe politique. C’est un postulat en bonne partie faux !

Faux parce que le cadre juridique n’est que la périphérie : l’encadrement. L’essentiel se passe dans la vie pratique et dans les représentations que les tableaux de notre société nous "renvoient à la figure", nous donnent à affronter, à considérer, à analyser, à critiquer au quotidien. C’est l’art de philosopher de l’esthétique, de l’éthique, de la physique (visions du monde expérimental) et de l’évolution dialectique à travers l’histoire qui fait la grandeur de la philosophie et des philosophes. Il va de soi que toutes ces questions, ainsi que les normes qu’elles produisent, sont éminemment politiques. Mais elles ne se résument pas en cette seule dimension.

 

Il est vrai que dans nos sociétés d’aujourd’hui, le cadre législatif et politique a pris de telles proportions qu’on serait tenté de comprendre pourquoi nos intellectuels sont fascinés par ses ors et ses décors. Ils n’interprètent plus ce qui se passe sur la scène centrale de la vie qu’à la lueur des reflets dominants de ce cadre. Cela pose problème. Nous devons nous reposer des questions :

- Notre intelligentsia ne se focalise-t-elle pas sur le domaine étroit du politique et du droit parce qu’elle a peur des entrailles et des rumeurs de la société ?

- Grâce au MRAP et consorts, ne serions-nous pas subrepticement entrés dans une ère de philosophie procédurière à la Kintzler ?

- Nos intellectuels sont-ils fascinées par les prétoires et le pouvoir au point d’en être aveuglés ?

- Et leur pouvoir de dire non, d’opérer des révisions profondes, d’être justement là où on ne les attend pas, de préparer des révolutions à venir ?

Malgré tout le respect que je dois à Mme Kintzler, je n’aurais pas recours au langage de salon pour dire clairement qu’elle est complètement à côté de la plaque. On pourrait croire qu’elle est devenue conseillère juridique de l’UFAL. Elle traite de la question du voile à l’université en suivant scrupuleusement les contours du cadre juridique et oublie complètement que ce n’est pas là qu’est la tache dévolue aux philosophes, ouvreurs de pistes grâce à quelque audace intellectuelle.

C’est comme si, aujourd’hui, les rouages de notre société n’étaient lubrifiés qu’à l’huile distillée par nos deux assemblées. L’exécutif lui ajoutant des notices d’application et les jurisconsultes un brin de précision. Et lorsque ça ne tourne pas rond, les juges consultés envoient quelques éléments aux maisons d’arrêt pour une espérée rectification.

Pour les disfonctionnements que cette chaîne républicaine ne traite pas ou ne sait pas traiter, on a l’impression que Mme Kintzler ramène tout de même sa problématique à la viscosité du lubrifiant dûment ratifié et promulgué ainsi qu’aux seuls rouages de la mécanique normative officielle. Elle ne prête pas suffisamment d’attention aux autres mécaniques célestes secrétant d’autres normes éthiques, esthétiques et se réfèrent à d’autres autorités et logiques historiques que celles de notre République.

Elles sont pourtant bien à l’œuvre et travaillent au corps la société française. Franco-française devrais-je presque préciser, car certains ont encore du mal à sortir de la génération Mitterand/Le Pen où cette mécanique relevait plus du corps étranger et sa critique irrespectueuse de la xénophobie. D’aucuns, accrochés à cette génération, recyclent les mêmes anathèmes et schémas de pensée sous un nouvel emballage : l’islamophobie ; autre voile théologiquement correct pour étouffer les insolents et incorrects qui disent clairement non à la vision islamique du monde et à ses manifestations séparatistes et ségrégationnistes au quotidien, notamment des voiles dans tous les espaces de la vie sociale.

Cette vie au quotidien dont les normes et l’air du temps se façonnent ailleurs, avant tout par un ensemble d’acteurs qui vont de la famille à la société civile en passant par le cercle d’amis, la bande, le club, la paroisse, les imams, l’équipe de rédaction, la télévision etc.

En exagérant à peine, on peut affirmer que les lois promulguées ne sont pas celles qui fixent les normes du vivre-ensemble et, dans le cas de l’islam classique, du vivre à part et du mourir dans un carré à l’écart. Le législateur n’en trace que des frontières. Ce sont les rites familiaux et communautaires que nous vivons ou subissons au quotidien, les journaux que nous lisons, nos concitoyens que nous côtoyons, les paraboles que nous orientons (du mot Orient) et qui font office de nos grandes oreilles et paupières d’aujourd’hui … c’est là qu’est distillé la réelle quintessence des normes que nous reproduisons et mimons ; plus ou moins inconsciemment.

Il me semble que Mme Kintzler n’approfondit pas sa question politique pour considérer qu’en plus de "faire République" nous devons, avant cela, faire société.

Une société qui, tout en respectant formellement le cadre des lois, secréterait à nouveau des tribus et des communautés qui ne s’articulent pas très bien les unes avec les autres dans la société, qui font tâche sur le tableau ci-dessus mentionné, une telle société ne peut, à la longue, que gripper la République, la vider de son contenu ; de ce qu’elle croyait toujours encadrer.

Or l’islam et les musulmans d’aujourd’hui, aussi formellement républicains qu’ils peuvent se présenter, constituent encore une communauté avec laquelle le contrat social, dans ses dimensions éthiques, politiques, esthétiques, ses visions du monde et de l’histoire…, n’a jamais été publiquement et sereinement négocié, critiqué, débattu. Les comptes de la République avec l’islam et avec les musulmans n’ont jamais été clairement examinés et encore moins apurés et réglés. Or, ce sont les bons comptes qui font les bons amis concitoyens.

Quoi qu’en pensent les bienveillants et les tolérants qui font semblant, cette question est toujours en suspens. Nous devons l’exposer sur la table de négociation et la traiter comme elle le mérite. L’islam et les musulmans accèderont ainsi au statut de partenaire et sortiront de la couveuse républicaine où ils ont macéré jusqu’ici. Oui, jusqu’ici, la République s’est construite en négligeant l’islam et les musulmans, même s’ils étaient massivement présents dans ses dépendances coloniales et même si l’islam y faisait sa propre loi : statut personnel (code de l’infamie), code de procédure, interdiction de séjour pour dame Laïcité. C’est donc d’une république foncièrement métropolitaine que nous avons hérité. A l’image de Mme Kintzler, cette République n’ose pas regarder sa propre réalité en face. Il me semble qu’il est grand temps de voir que la question qui se pose aux philosophes et aux intellectuels d’aujourd’hui consiste en un nouveau système d’équations où l’islam et les musulmans hexagonaux ne sont plus quantité négligeable. La question islamique se pose en France, plus qu’ailleurs en Europe. Il faut être aveugle ou totalement irresponsable pour ne pas la voir.

Une fois qu’on a lu l’article de Mme Kintzler, une question toute simple s’impose : et alors ?

Madame Kintzler, maintenant que vous avez maintes fois balisé et minutieusement catégorisé les différents espaces :

• Celui où le voile islamique est interdit pour laisser un court instant (l’instant des cours) à nos malléables enfants et adolescents, du public uniquement, de se construire une autonomie

• Celui où le voile est interdit uniquement aux agents de l’Etat ; pas à aux usagers

• Celui où la liberté de se voiler est totale, du moment qu’elle n’enfreint pas l’ordre public (pas de Belfégor et d’encagoulé(e)s dans les banques, crèches ...)

Maintenant que vous avez répété cela, ne croyez vous pas faire œuvre de juriste ? Ne croyez-vous pas qu’une philosophe se doit de déconstruire ce bel édifice fondé sur une hypocrisie sociale innommable ?

Réfléchissez-y un peu !

Et pour finir par une touche de spiritualité, je dirais comme Pierre Dac : elle peut le faire !

Pascal Hilout

Nouvel islam

(1) – Université et laïcité : Note sur la question des signes religieux

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