Benoît XVI mise sur la jeunesse

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 23 septembre 2008, par Brigitte Bré Bayle


Cet été, on avait vu Benoît XVI faire un tabac à Sidney aux journées mondiales de la jeunesse. A Paris, il poursuit sa quête après de son jeune public. Il lui a tout simplement lancé un appel à la mobilisation. Il sait que ce terreau est fertile et qu’il faut compter sur les nouvelles générations pour mener à bien son dessein : reconstruire une communauté catholique forte sur des valeurs aussi rétrogrades que celles portées par la communauté musulmanes et contribuer mieux que les imams à la remise en cause de la loi de 1905. Une affaire de concurrence en sommes.

La situation est grave

Pour l’Eglise catholique, la situation est grave, voire désespérée, en France. On comptait 41 000 prêtres en France en 1965, un peu moins de 30 000 en 1994, 23 000 en 2003... En 2004, selon le journal "La Croix", seuls 3637 prêtres avaient moins de 55 ans. En 2014, si les choses restent en l’état, il ne restera donc plus que 4500 prêtres de moins de 65 ans. D’autres chiffres sont tout aussi inquiétants pour l’Eglise catholique. En 1947, 37 % des catholiques disaient aller à la messe régulièrement, ils ne sont plus que 8 % aujourd’hui. En 1994, 67 % des Français se disaient catholiques, en 2007, ils ne sont plus que 51 % à s’en revendiquer (sans pratiquer pour autant). Dans le même temps, la religion musulmane progresse, et les évangéliques protestants sont de plus en plus visibles.

Un pape qui veut séduire les jeunes

Il faut donc rompre avec la logique de Vatican II. Les fidèles étaient plusieurs milliers à écouter béatement leur Saint Père. Les renseignements généraux ont même annoncé 260.000 personnes aux Invalides, alors que l’esplanade ne peut dépasser 160.000 personnes ! S’adressant plus particulièrement aux jeunes, Benoît XVI leur a donné plein de conseils pour devenir de fiers et valeureux combattants de la foi. Il leur a dit, entre autre, qu’il fallait porter une croix autour du cou, « même si cela attire la raillerie ou la persécution ». Il y va un peu fort, le pape ! La raillerie, passe encore, mais la persécution ... Benoît XVI insiste, d’autre part, pour que les jeunes catholiques prennent goût au sacrifice, à la résignation, à l’abnégation, et surtout à la prière, « pour recevoir le don de l’amour authentique » comme il dit. On n’en saura pas davantage sur la définition de l’amour authentique, et on ne saura pas s’il faut être catholique pour pouvoir en bénéficier

Le coup de la croix

Porter une croix autour du cou comme « signe de ralliement au Christ » voilà qu’elle est bonne cette idée ! Cela permet aux fidèles disciples un peu trop timides, de retrouver leur fierté. C’est un moyen d’exhiber ostensiblement une « identité » religieuse reléguée dans l’ombre depuis trop longtemps et de redorer le blason de la communauté catholique. Cela crée du lien, cela apporte plus de ferveur à la communion des croyants. Le coup de la croix est une manœuvre très habile. On va en voir fleurir partout. La prolifération de ces croix, et pas seulement en pendentifs, rendra plus visible, dans la sphère publique comme dans la sphère privé, une communauté catholique en voie de recomposition qui se renforcera au détriment de la laïcité. Et, face à la communauté musulmane qui gagne du terrain partout, avec l’affichage de plus en plus visible du voile et de la burqa, l’enjeu est de taille.

La feuille de route

Il s’agit, pour Benoît XVI de faire comprendre à son troupeau de nouveaux disciples qu’ils ont une mission, que l’avenir du catholicisme est entre leurs mains. Ils ont une feuille de route, du pain sur la planche. Il leur faudra des sacrifices et des renoncements et pour les plus courageux, pour ceux qui savent entendre l’appel du Seigneur, un sacerdoce, une vie bien remplie de messes, de sermons et de prières. Des vocations, beaucoup de vocations, c’est ce qui sauvera l’Eglise !

« N’ayez pas peur » leur à dit Benoît, en reprenant la formule de son prédécesseur, « n’ayez pas peur de donner votre vie au Christ ». « Engagez vous, engagez vous, qu’il disait ! »

Et puis Benoît XVI c’est aussi un peu le Père Noël des baptisés. Il offre des cadeaux : une croix pour être identifiable et la confirmation pour revenir aux fondamentaux. « Il est urgent, explique t il, de comprendre ce sacrement pour vérifier la qualité et la profondeur de la foi, pour l’affermir ». Autrement dit, il est urgent de revenir aux bonnes vieilles pratiques et que les jeunes en soient les principaux propagateurs. « Parlez du Christ autour de vous, à vos familles et à vos amis, sur vos lieux de travail et de loisir » leur a-t-il lancé.

A la guerre comme à la guerre

Benoît XVI est certainement un fin stratège mais il a aussi en France les relais politiques de sa stratégie. Sarkozy lui apporte sur un plateau de quoi alimenter un prosélytisme intelligent. La fameuse « laïcité positive » comme la « laïcité ouverte » des compassionnels de gauche, est, pour ce chef religieux, grand pourvoyeur du nouvel ordre moral, une aubaine, une énorme cerise sur le gâteau. Laisser plus de place aux religions dans les débats de civilisation (sur l’éthique entre autre), comme le souhaitent aussi bien le pape que Sarkozy, c’est, pour les catholiques, une façon de travailler en sous main, d’influencer de manière détournée toujours un peu plus les décisions politiques et le vote des lois.

Benoît XVI est habile. Ses discours appellent à la raison, à l’analyse, à l’intelligence. Il surfe sur la corde sensible des grandes idées humanistes, solidarité, fraternité, universalisme…et laïcité négociable. Mais, ce qu’il souhaite avant tout, c’est une Europe chrétienne forte. Car l’enjeu est de taille face à la montée de l’islam. Cathos contre musulmans, c’est la religion des nantis contre la religion des pauvres. Bonder les églises pour concurrencer les mosquées voilà la réponse souhaitée par l’Eglise catholique, voilà une idée qui plait à Sarkozy qui ne cache pas son appartenance religieuse.

Les jeunes doivent être prêts pour cette croisade, pour le combat du christianisme contre l’islam. Les nouvelles générations doivent apprendre les bases du programme : retour aux rites, aux liturgies traditionnelles, à la méditation, à la croyance aux miracles… Cela commence, bien évidemment, le plus tôt possible, par les cours de catéchisme. Les petits musulmans, eux, ont leur enseignement coranique. Cela se vaut. Car, quelques soient les arguments pour démontrer qu’il y a une différence de contenu, même s’il est facile de dire que les curés ne font qu’instituer une morale aux enfants alors que les imams leur font rabâcher des textes, le catéchisme, comme l’enseignement du coran, n‘en est pas moins un endoctrinement de la jeunesse.

C’est cette jeunesse là que Benoît XVI veut mettre au premier rang pour remettre en cause l’avortement, la contraception, l’homosexualité, pour attaquer les droits des femmes et la laïcité à la Française, cette laïcité dont il ne veut surtout pas qu’elle s’étende à l’Europe. Il lui reste à convaincre la relève, les futurs prêtres, qu’elle doit passer sa vie dans l’abstinence sexuelle, pour mieux servir le "Tout Puissant". Et ça, c‘est pas gagné....

Brigitte Bré Bayle

Publié dans Politique et société

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