Sarkozy va-t-il implorer Dieu pour sauver le capitalisme ?

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 23 septembre 2008, par Fabrice Letailleur


Depuis Août 2007, nous assistons avec consternation à une grave crise du système financier international, minimisée pendant plus d’un an par les Autorités monétaires des Pays industrialisés (FED, BCE et Gouvernements).

Tout est parti des Etats-Unis avec les subprimes, crise du marché immobilier, qui ont entrainé des faillites en chaîne. Les établissements bancaires avaient dispensé des prêts immobiliers à taux variable à des emprunteurs insolvables, escomptant récupérer leurs créances, avec la montée du prix de l’immobilier, en cas de défaillance de leurs clients.

La conjonction de la baisse des prix de l’immobilier et de la montée des taux a provoqué l’incapacité pour leurs emprunteurs de faire face à leurs engagements et a provoqué dans les bilans des banques une dépréciation grandissante de leurs garanties hypothécaires.

Beaucoup plus grave, les banques ont cédé des créances douteuses, à d’autres banques qui elles mêmes, les ont cédées à d’autres, tout cela pour alléger leurs bilans et permettre à leurs actionnaires respectifs d’augmenter chaque année leurs dividendes.

 

Par ailleurs, ces mêmes créances toxiques ont été introduites dans des produits financiers sophistiqués lesquels ont été vendus à des épargnants.

Tout était bon pour faire du profit, les actionnaires demandaient des retours sur investissement de 10 à 15% par an, alors que la croissance mondiale ne dépassait pas 4% en moyenne.

Nous avons eu sur les marchés boursiers internationaux de nouveaux intervenants tels que les Hedge funds (fonds spéculatifs) qui ont agi sans contrôle, et donc du au fil des années gangréner le système financier international.

Les banques d’investissement qui sont les premières touchées ont crée des instruments financiers (produits dérivés, swaps ) qui échappent aujourd‘hui à tout contrôle.

Il faut avoir à l’esprit, que les USA enregistrent depuis des décennies des déficits extérieurs, accumulant une dette internationale d’environ 3000 milliards de dollars. Cette dette est portée par des créanciers étrangers, la Chine au travers de bons de trésors américains, et la dette immobilière des ménages américains rachetée par des banques et les investisseurs étrangers, européens notamment.

Ces dernières semaines, le Trésor américain a dû mettre sous tutelle les organismes de refinancement hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac, et tout récemment, nous avons assisté au dépôt de bilan de la banque d’affaires Lehman Brothers et à la nationalisation de l’assureur AIG.

Il faut savoir que depuis le début de la crise le Trésor américain a injecté environ 900 milliards de dollars pour tenter d’éteindre l’incendie qui se propageait à l’ensemble du système financier international.

Nous ne comprenons mieux pour quelle raison le Trésor américain a décidé d’intervenir, non pas pour défendre les salariés américains, mais pour sauver les capitalistes du désastre, en décidant de cantonner dans une structure ad hoc toutes les créances non liquides des banques américaines.

Mr Henry Paulson, le secrétaire au Trésor a parlé de centaines de milliards de dollars, qui seraient transférés dans cette structure de cantonnement. Un parlementaire américain a pronostiqué que le coût pourrait s’élever à 1100 milliards de dollars.

Ces décisions auraient été insensées, il y a encore quelques années, dans l’antre du capitalisme. Il doit y avoir réellement pour les tenants du capital un risque de crise systémique, pour en arriver à ces solutions d’urgence.

Des spécialistes de la finance parlent maintenant d’une facture globale de 20 000 milliards de dollars ( dixit Marianne dans son numéro du 20 septembre 2008).

Ne nous trompons pas, ceux qui vont « trinquer » pour l’inconséquence de nos gouvernants et des requins de la finance, seront les contribuables et les salariés des pays du monde entier.

Pendant ce temps là que font nos hommes politiques français et le premier d’entre eux Nicolas Sarkozy ? Rappelons-nous le tollé de la droite qu’avait provoqué la nationalisation des banques françaises par François Mitterrand en 1982.

Aujourd’hui, ces mêmes hommes de droite applaudissent, l’intervention de l’Etat américain pour sauver le système bancaire au bord de la faillite, par le biais de la nationalisation.

Ce qui est surprenant en France, ce sont ces mêmes personnes qui préconisent à tout va le désengagement de l’Etat dans la conduite des affaires du Pays.

Nicolas Sarkozy qui vantait les mérites de l’économie libérale, au service de la croissance et des richesses. Que va-t-il pouvoir nous raconter pour redonner aux français la confiance ?

Nicolas Sarkozy, « Monsieur je fais tout, Monsieur je sais tout », est aujourd’hui étrangement silencieux, alors que 80% des français sont inquiets et avec raison. Une petite prière l’aiderait –t-il ?...

Christine Lagarde, notre ministre visionnaire, n’a pas arrêté de sortir dans les médias des interventions totalement surréalistes par rapport à l’évolution réelle de la situation économique et financière internationale depuis un an. Elle a osé dire que la France serait moins touchée que ces partenaires européens par la crise. Elle pronostiquait une croissance de 2 % pour l’année 2008, pour nous dire tout dernièrement que le taux croissance de la France atteindrait 1% à la fin de l’année. Que va-t-elle nous annoncer pour l’année prochaine ?

Nous sommes en réalité rentrés en récession avec cette crise. Les banques vont dispenser moins de crédits, augmenter les taux pour refaire leurs marges, ce qui aura pour conséquence de ralentir le fonctionnement de notre économie.

Ce manque de liquidités engendrera à coup sûr, des faillites et une augmentation du chômage. Il ne faut pas se méprendre, nous ne trouverons pas les solutions à la plus grave crise financière depuis 1929, dans la spiritualité ou en implorant le Pape de sa grâce divine, après son passage en France.

Dans ce climat particulièrement difficile sur le plan économique, Nicolas Sarkozy ‘ l’homme providentiel » a trouvé le remède. Il nous exhorte à croire en des jours meilleurs, en prônant la supériorité du fait religieux sur le temporel.

Comme les hommes politiques français de droite n’ont plus aucune emprise sur l’économie, ils utilisent la religion comme moyen de diversion pour échapper à leurs responsabilités face à cette crise du système capitaliste.

Il est plus simple de s’attaquer à des symboles de la République, en se prenant à la Laïcité que de remettre en cause, les méfaits d’une société injuste et inégalitaire.

Autre exemple de diversion, Xavier Darcos, promet des médailles aux bacheliers au lieu de prendre en compte les réels problèmes de notre système éducatif.

Dans le contexte actuel, nos gouvernants ont l’intention de privatiser la Poste, symbole du service public à la française. Quand on regarde de plus près les désastres auxquels nous assistons, dans le secteur privé, il y a de quoi être des plus circonspects.

Il est grand temps que la raison l’importe sur la course effrénée au profit de quelques uns qui risque de nous conduire au chaos.

Fabrice Letailleur

Publié dans Politique et société

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