La faillite de l’hypercapitalisme ou le déclin de l’empire américain

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 23 septembre 2008, par Victor Charles


Ouragan, tsunami, cataclysme, le vocabulaire utilisé est à la hauteur de cette crise financière qui a éclaté la semaine dernière sur le système financier américain. Depuis l’affaire des subprimes, tous les éléments étaient réunis pour que la crise de l’hyper capitalisme éclate et cela fait des mois que dans les milieux bien informés on redoutait le pire. Mais qu’à cela ne tienne le mot d’ordre était ne pas s’inquiéter selon la formule : jusqu’ici tout va bien.

Mais en ce mois de septembre 2008, la crise déclenchée par les subprimes a fini par exploser. Après la mise sous tutelle, une quasi nationalisation des deux banques de refinancement Freddie Mac et Fannie Mae, le rachat de Merrill Lynch puis le lâchage d’une autre banque d’affaires Lehman Brothers en début de semaine, enfin le rachat de la compagnie d’assurance AIG, les autorités américaines ont annoncé la décision de racheter les pertes pour un montant de 700 milliards de $ pour éviter la catastrophe en chaîne au niveau mondial. Mazette ! Une somme pour un pays qui a prôné la liberté du marché à outrance ! Nul ne sait où cet argent va être trouvé, alors que les Etats-Unis sont déjà très lourdement endettés par la guerre en Irak. Mais eux ne subissent pas la dictature de Monsieur Trichet ! Ils peuvent allègrement avoir un déficit budgétaire colossal. A moins que l’on fasse payer les contribuables américains a qui ont a déclaré depuis des lustres qu’il fallait baisser les impôts et pour cette raison réduire toutes des dépenses sociales.

 

Mais rien ne dit que cette décision qui psychologiquement a rassuré les marchés et permis aux bourses de remonter vendredi soit suffisante pour cacher ce qui vient de se passer même si les médias français ont été fort discrets sur cette crise de même ampleur que la fameuse crise de 29. Comme le disait un commentateur : au moins à l’époque les responsables avaient la dignité de se jeter par les fenêtres.

Cette crise signe l’échec de la politique introduite par Reagan de l’ultra capitalisme débridé. Après la crise de 29 et les années de crise économique et sociale qui ont ravagé non seulement les Etats Unis mais aussi le monde, un système de régulation avait été mis en place qui a permis d’instaurer une certaine stabilité monétaire et une croissance partagée avec les classes moyennes.

Mais Reagan, Thatcher ont opté pour l’ultra-capitalisme, le capitalisme sauvage, aucune règle, aucune éthique. Appliqué par l’OMC et le FMI, ce système a entraîné la paupérisation des travailleurs des pays développés en France, en Allemagne en tuant les industries comme Arcelor, Alstom, ou l’effondrement de certaines économies comme l’Argentine ou en asphyxiant l’économie fragile des pays africains. Pendant ce temps le nombre d’ultra riches a explosé. Certains peuvent dépenser des fortunes inouïes pour acheter des oeuvres d’art des dizaines de millions de dollars comme la semaine dernière à Londres ou un veau d’or de Damine Hirst a été vendu plus de 13 millions d’euros.

Les riches (pas ceux qui gagnent 2 fois le SMIC, M. Hollande !) s’en mettent plein les poches ne laissant que des miettes aux autres, et quand la conjoncture s’inverse ce sont les mêmes autres qui trinquent. Après avoir imposé au monde entier cette loi de la concurrence absolue, les Etats-Unis s’en absolvent pour sauver ce système inique. Celui qui aurait proposé d’aider les victimes des supprimes aurait été traité de dangereux révolutionnaire ou de socialiste ce qui outre atlantique est synonyme.

D’ailleurs certains commentateurs ironisent comme l’économiste Nouriel Robini, de l’Union des républiques socialistes d’Amérique. On en est pourtant loin. Jusqu’à la candidature de Barak Obama, jamais les démocrates n’ont réellement défendu le rétablissement d’un système d’assurance maladie ou retraite garanti par l’Etat. Et aujourd’hui les responsables de ce pays qui ont généré la misère de millions d’Américains viennent à la rescousse de financiers qui ont géré de manière totalement irresponsable les fonds qui leurs étaient confiés. Les techniques de bancarisation déjà opaques et ont été complexifiées à plaisir pour camoufler les pratiques les plus douteuses et à la limite de la malversation : vente à découvert, titrisation falsifiée et ventes de produits pourris selon les termes d’un journaliste américain*.

Lors d’un séminaire en avril au Conseil d’analyse stratégique à Paris, un expert expliquait que ce qui avait été fait avec les subprimes en les camouflant dans d’autres crédits pouvait être comparé au mélange de steaks hachés avariés par de la vache folle par exemple, remixés à d’autres steaks, surgelés et revendus dans le monde entier ! Pour éviter que le bateau ne coule complètement à deux mois des élections, le Président Bush a proposé donc que l’Etat s’engage à hauteur de 700 milliards de dollars.

Avec cette somme colossale, il aurait sans doute été possible de contribuer à quelques améliorations en matière d’ éducation, de santé, d’électrification, d’adduction d’eau dans les pays d’Afrique , en Inde. Non pour cela on préfère faire appel aux bons sentiments, à la charité…Même aux Etats Unis où les classes moyennes subissent de plein fouet cette politique inepte.

Devant cette crise d’une ampleur sans précédent, il était très surprenant de constater le peu d’intérêt que les grands médias français ont consacré à ce désastre. Ils se sont montrés beaucoup moins enclins à évoquer ce tsunami financier que l’ouragan Ike. Si promptes à s’enflammer pour des peccadilles, ils sont restés étonnamment discrets. Ont-ils reçus des consignes pour ne pas ajouter la panique à la crise ? En France, vendredi soir les JT ne mettaient qu’en cinquième titre cette crise majeure essentiellement pour pousser un ouf de soulagement, les bourses ayant dans une sorte de comportement hystérique regagné les pertes accumulées pendant la semaine.

La gauche en général et le PS en particulier ne se sont exprimés que pour critiquer le silence de Sarkozy ! On pourrait attendre de lui d’autres commentaires mais quand deux des plus hauts responsables de la mondialisation sont issus de ses rangs, Pascal Lamy à l’OMC et Dominique Strauss Kahn au FMI, on comprend qu’il soit un peu gêné aux entournures. Quant au gouvernement, il prie le bon dieu pour que la crise s’arrête aux frontières de l’Europe alors que la Grande Bretagne est déjà touchée et qu’une banque allemande KfW a eu la malencontreuse idée de verser lundi dernier à Lehman brothers 317 millions d’euros , c’est à dire en pure perte. Il s’agit d’une erreur paraît-il ! Des erreurs à ce prix ça devrait se payer et pas par les contribuables !

Il est grand temps que les Etats reprennent le contrôle et établissent des règles de contrôles des déplacements de capitaux, des marchés financiers, contrôle l’activité des banques internationales. Il y a du travail ! On pourrait rêver d’un monde où le but de la croissance serait d’améliorer la vie du plus grand nombre et pas de l’ultra richesse de quelques-uns uns dont se gave la presse people. Il est grand temps que s’achève ce cycle catastrophique ouvert par Reagan Thatcher auquel on souscrit tous les dirigeants politiques français et européens, présentant ces politiques de mondialisation et de concurrence libre et non faussée comme une fatalité ou une loi économique naturelle alors qu’elles se traduisaient par la déréglementation, l’augmentation du chômage, de la misère, l’exploitation, le recul des droits sociaux du plus grand nombre au profit d’une minorité.

Cette crise est la démonstration absolue de la faillite de ce système. Il est intolérable que les médias et les partis cherchent à camoufler l’ampleur de cet échec pour maintenir coûte que coûte ce système qui a montré sa faillite. Saluons enfin le déclin de l’empire américain

Victor Charles

* Alors que la grande presse est assez réservée - peut-être est ce trop compliqué-, les journalistes économistes et les experts en particulier les Américains n’hésitent à utiliser un vocabulaire extrêmement sévères et sans euphémisme pour qualifier cette crise et la responsabilité des financiers.

Lire courrier international n°933 Nouriel Robini l’économiste qui a prévu le pire extrait du New York Time.

Publié dans Politique et société

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