Le procès Fanny : un enjeu pour la laïcité

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 2 septembre 2008, par Kebir Jbil


Fanny, propriétaire d’un gîte dans les Vosges a été condamnée en première instance pour avoir demandé à l’une de ses clientes, Horia Demiati, militante pro-voile, de bien vouloir retirer son voile dans les parties communes afin de préserver la cohabitation.

Fanny a fait appel et son sort sera définitivement scellé le 3 septembre 2008 à Nancy.

Que l’on soit d’accord ou non avec la réaction de Fanny, il convient de dénoncer l’instrumentalisation qui en a été faite et qui, au final, a conduit à la diabolisation de Fanny, à sa ruine, et à son utilisation comme chaire à canon d’une gauche instrumentalisant la laïcité pour mieux l’assouplir et la relativiser. J’appellerai cette dernière la « gauche relativiste ».

La gauche relativiste

La gauche relativiste est la frange de gauche qui tente de reproduire les concepts ultralibéraux dans un cadre idéologique ancré à gauche. C’est principalement l’exaltation des différences, chère à l’ultralibéralisme qui est le moteur de cette gauche. Alors que l’ultralibéralisme exploite les différences pour diviser les forces militantes, la gauche relativiste, avec le même soubassement, se donne comme objectif de créer la contestation, nécessaire à une hypothétique révolution.

Cette convergence idéologique entre ultralibéralisme et gauche relativiste explique les convergences de terrain. Tariq Ramadan, islamiste, contesté dans plusieurs pays musulmans pour proximité avec des terroristes, est le chouchou d’une partie de la gauche –y compris les verts - et d’une partie de l’extrême gauche. Il est en même temps adoubé par les puissances financières, puisqu’il est lui-même extrêmement riche et qu’il est une autorité morale participant à détourner les musulmans sincères d’une éventuelle révolte contre les manœuvres capitalistes islamiques.

C’est le même principe d’alliance qui a poussé le MRAP et la LDH à participer à la tentative de lynchage de Fanny Truchlut. Cette gauche, alliée aux islamistes a en partie gagné puisque elle a dû fermer son gîte. L’extrême droite islamiste et la gauche relativiste ont réussi à faire la peau à Fanny.

Le credo de la gauche relativiste : La laïcité ne peut être que contestée

Dans le fond, à quelle question répondra le verdict en appel du procès Fanny ?

Si dans l’affaire Fanny on n’a vu que l’enjeu immédiat de la voilée qui réclame ses droits inscrits dans le corpus jurisprudentiel, c’est qu’on n’a pas pris suffisamment de recul, ou qu’on a simplement omis de regarder plus à fond les circonstances de l’affaire ainsi que les intervenants institutionnels et leur importance. En effet, pour que trois organisations –MRAP, LDH, LICRA - de renommée nationale décident d’agir en concordance dans cette affaire, il fallait qu’il y’ ait un enjeu partagé.

L’enjeu concerné est aujourd’hui clair : La laïcité ne peut être que contestée

La gauche relativiste voit dans la laïcité un obstacle à son épanouissement idéologique. C’est l’une des principales raisons qui la rapproche au niveau de l’action de la droite ultralibérale.

La LICRA est hésitante, mais le MRAP et la LDH, soutenus par la LCR, le PCF, les Verts et une partie du PS se sont engouffrés dans une voie anti-laïque qui ne dit pas son nom.

Les arguments avancés par la gauche relativiste sont variables. Lorsqu’il s’agit de Fanny, ils avancent que la laïcité c’est comme ça et pas autrement. Lorsqu’il s’agit de contester des créneaux de piscine ou de demande de robinet islamique à l’école, ils avancent que la laïcité ne doit pas amener à l’auto-exclusion des enfants du système scolaire, et par conséquent qu’il faut que l’éducation nationale permette de faire cohabiter des particularismes au sein de l’école.

C’est dans ce cadre que Fanny rend un important service à la défense de la laïcité. Le procès de Fanny – quelle qu’en soit l’issue - répondra principalement à la question suivante :

A-t-on le droit de réclamer et de défendre la laïcité selon les termes de la loi de séparation de 1905 ? Sommes-nous obligés dans notre pays démocratique, de succomber aux injonctions collaborationnistes d’une gauche en perte de repères ?

Si nous ne nous opposons pas fermement à la gauche relativiste, nous verrons de la même manière remis en cause tous les grands principes qui fondent notre République Démocratique et Laïque. Jadis, la gauche dans son ensemble militait pour toujours plus de progrès humain, aujourd’hui la frange relativiste prône le statu quo, qui n’est ni plus ni moins une forme de conservatisme similaire à celui qui nourrit les politiques ultralibérales.

Nous n’avons qu’un seul choix à gauche c’est de rompre avec cette forme de dogme réactionnaire.

Tel est l’enjeu.

Kebir Jbil

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