La décision sur la burqa saluée à gauche et à droite

Publié le par Comité 1905 Draguignan

A gauche comme à droite, les responsables politiques se sont félicités de la décision du Conseil d'Etat de refuser la nationalité française à une Marocaine portant une burqa. L'arrêt, révélé par Le Monde (du 12 juillet), juge que cette femme de 32 ans, mariée à un Français et mère de trois enfants nés en France, "a adopté, au nom d'une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française et, notamment, le principe d'égalité des sexes".

Le premier secrétaire du PS, François Hollande, a jugé, dimanche sur Radio J, que cette décision correspondait à "une bonne application de la loi" et estimé qu'il n'y avait " pas lieu de légiférer". La veille, le député UMP des Yvelines Jacques Myard avait annoncé son intention de saisir le premier ministre et le président de l'Assemblée nationale " sur la nécessité de légiférer" ; en 2006, il avait déposé une proposition de loi afin d'interdire " le port, sur la voie publique, d'un voile masquant le visage".

La ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, a estimé sur France Info que "le principe de l'égalité des sexes n'est pas négociable".

Le refus d'octroyer la nationalité française à cette femme "soumise à son mari", selon les termes de la commissaire du gouvernement, peut toutefois apparaître contradictoire avec les raisons invoquées. Pour Olivier Roy, chercheur spécialiste de l'islam, si "la burqa représente l'aliénation de la femme", le refus de nationalité "ne la libère pas de son mari, mais, au contraire, l'enfonce dans son aliénation".

 

LOGIQUE DE SECTE

 

Cette affaire met en lumière la présence en France d'adeptes du salafisme, un courant religieux qui prône une pratique rigoriste de l'islam, censée s'inspirer du mode de vie des premiers fidèles du prophète Mahomet. Et pose la question de son acceptation, ou pas, par la société française. "En France, avec le port de la burqa, on franchit une ligne", estime M. Roy. "Il comporte un effet de provocation, qui, en outre, n'a aucune base dans la charia (loi islamique). Même dans les pays musulmans, la burqa n'est pas la norme ; elle n'y a pas d'ancrage historique et il s'agit surtout d'une reconstruction religieuse." De ce fait, l'interdiction de la burqa en France ne s'inscrirait pas, selon lui, dans une démarche islamophobe. M. Roy note au passage que la décision du Conseil d'Etat tend à rendre le foulard islamique "acceptable" car on se rend compte aujourd'hui que "le problème, ce n'est plus le voile".

Le courant salafiste a prospéré en France, comme dans les autres pays européens, pour atteindre un pic à la fin des années 1990. Il s'organise aux lisières de l'islam institutionnel, auquel il reproche un manque d'authenticité, et s'efforce de créer des lieux de prière spécifiques. "Ce mouvement est marginal dans l'islam de France et touche plutôt des milieux en zone d'exclusion sociale. On y note une surreprésentation de convertis et notamment de jeunes femmes", souligne le chercheur. Il voit dans ce phénomène un rejet de la société actuelle, qu'il juge déconnecté de l'islamisme politique. "Cette démarche s'apparente à la logique des sectes : un repli dans le ghetto, avec un enfermement sur une communauté religieuse. Avec, chez les salafistes, ce paradoxe que l'on se place en situation d'exclusion tout en s'exhibant", souligne M. Roy, qui rappelle que de tels comportements sectaires existent dans le christianisme ou le judaïsme.

Stéphanie Le Bars

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