9. Mesures d’ordre public pour préserver l’idéal humaniste de l’offensive religieuse

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 8 juillet 2008, par Valentin Boudras-Chapon


Nous avons donc pu dans les précédents articles donner une définition relativement complète du concept de laïcité et en préciser les contours (ou frontières) à travers l’exposé des 4 principaux groupes de dérives.

Issu de la pensée humaniste, développée par les philosophes des « Lumières » dans le XVIIIème siècle en Europe, ce concept philosophique est donc apparu en France à partir de luttes en faveur de la liberté individuelle, de l’égalité en droit et de la fraternité sociale, et son application nécessite la séparation des Eglises et de l’Etat et des mesures dites d’ordre public pour assurer les préceptes de tolérance mutuelle et de liberté absolue de conscience qui en découlent, face aux forces obscurantistes, religieuses ou autres, qui veulent sans cesse asservir les individus et les collectivités nationales pour assouvir leurs intérêts particuliers.

Et nous avons constaté qu’il ne suffisait pas (et de loin) de prôner et de réaliser une ou quelques unes de ses applications même fondamentales comme la séparation des Eglises et de l’Etat (exemple des USA ) ou des mesures d’ordre public même draconiennes (exemple de la Turquie kémaliste) pour asseoir dans la durée une société laïque.

Encore faut-il que l’ensemble des lois et dispositions réglementaire d’un pays concourent ensemble à l’émancipation individuelle et collective, notamment pour obliger les forces obscurantistes à ne pas imposer des croyances s’opposant aux données de la science (comme le créationnisme) et aux principes émancipateurs et égalitaires de la laïcité (comme l’esclavage organique ou économique, les castes hindouistes, l’inégalité des droits pour les femmes et leur oppression, et autres).

Le choix des principes républicains laïques par les protestants français de l’Eglise Réformée de 1789 à 1795 et par la majorité des communautés israélites de France de 1791 à 1807 ne sont pas les choix spontanés les plus fréquents des organisations religieuses. Il est le plus souvent nécessaire d’édicter des lois pour contraindre les clercs à adapter leurs croyances aux valeurs de la laïcité.

L’instruction publique laïque obligatoire en est un élément indispensable par exemple. C’est parce que la République française n’a pas su l’imposer pour tous, en laissant fleurir les écoles privées, et en distribuant des subventions publiques toujours plus importantes, que l’offensive cléricale se déchaîne actuellement avec Sarkozy.

De l’obligation de mesures d’ordre public pour asseoir la laïcité Pour que les forces obscurantistes, notamment religieuses, soient vaincues et cessent leurs actions nuisibles, il est souvent nécessaires d’édicter des mesures d’ordre public anticléricales draconiennes, sans oublier que depuis les lois laïques de la fin du XIX ème siècle et ce jusqu’à une date récente, un ministre du culte, même en habit civil, n’avait pas le droit d’enseigner dans une école publique en France, à cause de son état même de ministre d’un culte, afin de protéger les élèves d’un enseignement qui aurait pu et pourrait être orienté.

Cette disposition n’a jamais été contestée par la Ligue des Droits de l’Homme dans son combat initial ; en serait-il de même à l’heure actuelle par elle-même et par la HALDE au nom de la lutte contre les discriminations ? Mais il aurait fallu aussi pour être efficace supprimer les écoles privées, notamment confessionnelles, qui ont obtenu de garder leur privilège de « caractère propre » juridique.

En particulier il apparaît le plus souvent nécessaire de prendre exemple sur les mesures d’ordre public concernant l’interdiction des habits et signes religieux dans l’espace public édictées par la Turquie kémaliste et le Mexique juariste et zapatiste (même si l’expérience nous montre dans ces 2 pays, et nous le répétons encore, que ces mesures indispensable pour asseoir une société laïque ne sont pas suffisantes pour que leur efficacité perdure dans le temps). En effet les habits et signes religieux ostensibles ont toujours été et sont donc toujours un moyen servant à impressionner les populations pour les amener à obéir aux clercs.

C’est ce qu’avaient bien compris Mustapha Kémal et les révolutionnaires mexicains juaristes et zapatistes de 1857 à 1917. Ces derniers, outre l’accaparation des biens du clergé et l’interdiction d’enseignement aux ministres du cultes et autres religieux, avaient interdit strictement le port d’habits religieux et de signes religieux ostensibles dans l’espace public ; le Mexique fut le premier et le seul pays catholique à 99% dans lequel les « bonnes soeurs » furent ainsi obligées de circuler en ville et en campagne strictement en habits civils et avec une croix discrète sur la poitrine ; ces dispositions sont toujours en vigueur même si une série de lois et de décrets, surtout depuis la dernière décennie, les atténue par suite de dérogations successives.

On pense aussi non seulement aux pays musulmans avec le voile islamique et la burka imposée aux femmes, mais également aux moines bouddhistes qui par leur habillement spécifique, continuent à provoquer un respect de soumission dans les populations ; ce n’est pas un hasard si sous la pression des moines circulant en habits provocants dans tout le pays, le Dalaï Lama avait refusé la suppression de l’esclavage au Tibet (esclaves des monastères et des nobles féodaux) avant l’invasion chinoise de 1950 ; il est vrai que depuis, à cause justement de cette invasion chinoise qui brisa le pouvoir temporel des moines et limita leur influence spirituelle,( et supprima l’esclavage), il s’est rattrapé en soutenant partout des solutions démocratiques et notamment en déclarant que les croyances religieuses ne pouvaient s’opposer aux données de la science, qu’en particulier si celles-ci démontraient l’impossibilité totale de la réincarnation, les bouddhistes devraient trouver une explication de « réalité virtuelle » à cette croyance (est-ce un hasard si cette déclaration se fit il y a plus de 10 ans lors d’un voyage en France, pays des « Lumières » ?).

Prendre de telles mesures d’Ordre Public est le plus souvent nécessaire face à l’agressivité oppressive des forces cléricales, et ce n’est pas restreindre les libertés individuelles de les prendre mais au contraire les préserver. Au nom de cette liberté de l’habillement dans l’espace public (relevant de la sphère privée « intouchable » comme le prêchent certains penseurs laïcistes de salon) va -t-on autoriser, comme l’a fait récemment la Cour suprême du Canada, les Sikhs, jusqu’aux enfants dans les collèges, à porter un vrai poignard à la taille sous les vêtements pour la raison que c’est une prescription religieuse ? Alors même qu’une proposition de porter un « poignard virtuel » en plastique fut rejetée avec hauteur par les responsables religieux ? Et puis il est admis, encore à notre époque, que se balader en tenue d’Adam et Eve dans l’espace public relève légitimement d’un trouble à l’ordre public. Alors pourquoi pas le port des habits et signes religieux ?

Nous ne devons donc avoir aucun état d’âme à demander l’édiction de lois interdisant en France le port du voile islamique et de la burka dans tout espace public et en tout lieu où se côtoie le public comme les parties communes d’un gîte, face à l’agressivité oppressive des forces islamiques à notre époque et dans notre pays. Ces mesures d’ordre public ne sont que des moyens non suffisants certes, mais absolument nécessaires pour asseoir durablement une société laïque.

De la nécessité de concevoir la laïcité comme un idéal (ou une valeur) : Sans promotion de la laïcité comme un idéal, c’est à dire une valeur authentique spirituelle fondée sur les principes fondamentaux que nous avons rappelés au début de cet article, les mesures d’ordre public même draconiennes ne suffisent pas à asseoir durablement une société laïque. Il paraît indispensable que soient enseignées à toute la population les vérités acquises par la science et la raison, en rappelant que les croyances doivent s’adapter, ne serait-ce que par des transpositions et versions virtuelles, à ces vérités et aux hautes valeurs morales que génèrent les valeurs laïques.

Ainsi, c’est parfois le mécanisme inverse qui génère les lois laïques comme dans les pays scandinaves. C’est l’adhésion à l’égalité en droit, notamment à l’égalité homme-femme, à la liberté individuelle, et à des lois de solidarité sociale, qui ont permis d’instaurer progressivement une société laïque dans les pays scandinaves, la séparation des églises et de l’Etat venant en fin de course (c’est acquis récemment en Suède et presque au Danemark) ; c’est l’exemple même que ce qui compte en premier, ce n’est pas forcément l’institution constitutionnelle de cette séparation mais l’idéal humaniste de liberté individuelle, d’égalité en droit et de fraternité sociale qui provoque l’édiction de lois spécifiques et précises avant d’aboutir à cette séparation des églises et de l’Etat qui tombe alors comme un fruit mûr.

C’est bien pour cela que toutes les dérives des doctrines laïcistes que nous avons exposées ont en commun le fait qu’elles nient à la laïcité d’être une valeur humaniste, donc un idéal, et parviennent toutes plus ou moins à des compromissions inacceptables.

Cet idéal humaniste de liberté, d’égalité et de fraternité , qui débouche sur la conception de la relativité des croyances, avant de s’exprimer conceptuellement, a été prôné parfois d’une manière très ancienne, et parfois par d’authentiques adeptes religieux ; et face à la trahison ou à la lâcheté de certains athées de notre époque devant les forces cléricales, il est un grand plaisir de terminer cet article par la citation d’une strophe d’un poème (le jardin secret) d’un religieux musulman chiite persan, Shabesteri du XIV ème siècle :

« Je » et « Tu » sont le voile

Que l’enfer entre eux a tissé ;

Quand ce voile devant vous est levé, il ne subsiste rien Des sectes et des croyances qui nous enchaînent,

Toute l’autorité des lois ne peut porter

Que sur ton « Je » lié à ton corps et à ton âme,

Quand « Je » et « Tu » ne restent plus entre nous deux,

Que valent mosquées, temples et synagogues ?

Valentin Boudras-Chapon

Publié dans Politique et société

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