Peut-on s’être battu pour sauver Ingrid Betancourt, et abandonner Mohamed Sifaoui ?

Publié le par Comité 1905 Draguignan

vendredi 4 juillet 2008

 

Pendant que la France entière se réjouit de la libération d’Ingrid Betancourt, après un calvaire de plus de six longues années, que l’Etat français et médias déploient toutes leurs pompes pour l’accueillir, faire son panégyrique ou l’entourer, un autre drame, volontairement rejeté dans l’obscurité et le silence est en train de se nouer, au cœur de notre pays. Un de nos meilleurs enfants, le journaliste Mohamed Sifaoui, se voit abandonné par le pouvoir en place, qui lui a supprimé, depuis plusieurs mois, la protection rapprochée dont il bénéficiait depuis plus de quatre ans.

Mohamed aime la France, la République, la laïcité, et, pour défendre ces valeurs, il combat sans relâche, ce qui lui a valu des menaces de mort suffisamment sérieuses pour que l’Etat français assure sa sécurité pendant 4 ans. Il combat ceux qui, en Algérie, ont assassiné par dizaines de milliers les progressistes et les féministes qui ne voulaient pas que la dictature de la charia s’impose à toute la société algérienne (1). En France, il dénonce, encore et toujours, sans concession, les mêmes, qui, en adaptant leur discours aux réalités françaises, continuent le combat contre nos libertés et contre le droit des femmes (2).

C’est pourtant cet homme admirable de courage que le gouvernement français abandonne à la vindicte des assassins islamistes, en lui retirant depuis plusieurs mois toute protection policière. Le message a été immédiatement compris, puisqu’il a été victime, il y a quelques semaines, d’une agression physique très violente, en plein Paris, de la part d’un islamiste accompagné de plusieurs proches (3).

Il reçoit aujourd’hui des menaces de mort quotidiennes, sa vie et celle de sa famille est devenue un enfer, comme en témoigne le message qu’il vient d’envoyer à notre collaborateur Pierre Cassen.

Je te remercie, cher Pierre, de ton soutien et de ton amitié. A vrai dire, je suis tellement déboussolé que je ne sais pas quoi te dire, je ne sais pas ce qu’il faut faire. La seule chose qui me reste à faire, j’y songe de plus en plus sérieusement, c’est de quitter la France. Je ne sais pas où vais-je aller, certainement pas dans un pays arabe mais cette situation n’est plus tenable.

J’observe, avec beaucoup de douleur, que plusieurs personnes, y compris celles que j’ai toujours soutenu, se moquent royalement de ce qui peut m’arriver. Je ne comprends pas comment l’on ne s’indigne pas, plus, lorsqu’un homme vivant sur le territoire de la République n’est plus libre de ses mouvements. Je ne sors pratiquement plus de chez moi. Je ne sors plus avec mes enfants dans la rue, au mois de mars dernier, j’ai été insulté en public en présence de mon fils qui depuis ne cesse de me poser des questions sur cet incident. Il va avoir six ans et il ne comprend pas la violence verbale et l’attitude agressive auxquelles il a assisté. Hier, j’ai fait évacuer mes enfants à l’étranger, ils reviendront à la rentrée.

J’ai remarqué la présence d’islamistes dans mon quartier. Je sais qu’ils ont repéré mon domicile. La police me dit qu’elle ne peut rien faire tant qu’il n’y a pas d’infraction. On me conseille de déménager. Bref, je vois et j’observe des choses bizarres. Crois-le, je ne suis ni lâche ni peureux mais mon intuition ne m’a jamais trompé lorsqu’il s’agit de terrorisme. Je sens que des choses graves risquent de m’arriver. J’ai pris mes dispositions pour me défendre. J’ai juré de ne plus me laisser agresser. Je pense que cette affaire se terminera, de toute façon, très mal pour moi. Ou on arrivera à me tuer ou à me nuire gravement, ou alors en me défendant je risque de tuer quelqu’un. En gros, je risque l’hôpital, le cimetière ou la prison. Dans les deux premiers cas, on dira, ce qu’on me dit déjà, "je l’ai bien cherché", dans le dernier cas, on me fera la leçon pour me dire "je n’avais pas à me défendre". Voilà ma situation cher Pierre, voilà la France d’aujourd’hui.

Amitié

Mohamed

PS : A ta place, je garderai précieusement ce message, il risque de se transformer en scoop (à titre posthume).

Pierre, bouleversé, nous a parlé de ce texte. Nous n’avons pas envie de garder ce message sous le coude, pour le ressortir quand il sera trop tard, c’est maintenant qu’il faut éviter l’irréparrable !

Il faut certes se réjouir qu’une pétition commence à circuler pour mettre fin à ce scandale, et demander à ce qu’on le protège de nouveau (4). Notre camarade a le droit de pouvoir vivre sur notre territoire avec toutes les garanties de sécurité dues à un citoyen.

Certains, qui hier disaient à mi-mots que Robert Redeker avait bien cherché ce qui lui arrivait, oseront-ils dire que Mohamed Sifaoui n’a que ce qu’il mérite ? Mesurent-ils ce que signifie, pour un homme marié père de quatre enfants, le fait de ne plus pouvoir sortir dans la rue sans se dire qu’il ne rentrera peut-être pas chez lui ? Savent-ils ce que signifie le fait qu’un Mohamed a peur de se faire assassiner par un autre Mohamed ? Sont-ils capables de mesurer le traumatisme que cela peut susciter chez ses propres enfants, témoins des insultes que peut subir dans les rues leur propre père ? Peut-on accepter le calvaire quotidien que doit endurer un homme qui sait qu’il peut tomber à n’importe quel moment sous les coups de ceux qui ont juré sa perte et sa mort ?

La France n’a pas abandonné Ingrid Betancourt à son triste sort d’otage. Va-t-elle se déshonorer en livrant Mohamed Sifaoui à ceux qui rêvent de l’assassiner ? Le gouvernement veut-il vraiment qu’il subisse le sort de Theo Van Gogh en Hollande ? N’est-il pas temps, quand Ayaan Hirsi Ali, Taslima Nasreen, Robert Redeker, Mina Ahadi, Mohamed Sifaoui, risquent leur peau pour dire la vérité sur l’islam pour quelques-uns, sur les fascistes islamistes pour d’autres, que la France, mais aussi toute l’Europe, ouvre enfin les yeux ? Qu’on arrête de se voiler la face sur la réalité de ce nouveau fascisme religieux du XXI° siècle qui menace sans contestation possible nos conquêtes laïques, progressistes et féministes ! Ce sont les meilleurs enfants des Lumières, issus de pays où le totalitarisme religieux enferme des populations entières dans les ténèbres de l’obscurantisme et de la dictature, qui risquent leur vie pour défendre la liberté de tous.

Va-t-on enfin avoir le courage de se défendre contre le péril qui grandit chaque jour, en France et dans toute l’Europe, et cesser de tenir des discours édulcorants qui font le jeu des fascistes ? Souhaitons-nous que Mohamed Sifaoui ait comme seule alternative de quitter la France, ou d’y être assassiné ? Dans les deux cas, cela serait la honte de la République de n’avoir su ni le garder sur notre territoire, ni le protéger. S’il devait lui arriver malheur, nous serions inconsolables, mais nous demanderions des comptes à Nicolas Sarkozy et à tout son gouvernement.

Publié dans Politique et société

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