La laïcité, sa valeur spirituelle, de nature métaphysique

Publié le par Comité 1905 Draguignan

Nous avons abordé dans l’article précédent la genèse philosophique du concept de laïcité développé à partir des luttes politiques en faveur de l’émancipation individuelle et collective et à partir des principes inscrits dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen reconnus pour universels.

Mais s’il y a genèse philosophique, c’est bien qu’il y a dans l’élaboration du concept de laïcité au fil des luttes le développement d’une spiritualité de nature même métaphysique.

En effet si l’on considère que l’Humanité en général et l’Homme-individu en particulier sont des valeurs suprêmes uniques et irremplaçables, nous dirions aussi sacrées (ce qui est la source de la pensée humaniste), et que le concept de laïcité qui en découle s’est élaboré à partir des 3 principes-postulats fondamentaux que sont l’égalité en droit, la liberté individuelle et la fraternité sociale, il apparaît nécessaire d’admettre que chacun puisse édifier librement ses propres références métaphysiques, quelle que soit la religion ou la doctrine qui en est la base, mais obligatoirement sur l’acceptation de la liberté absolue de conscience et de la tolérance mutuelle, car nécessaires à la réalisation de l’émancipation individuelle et collective.

De plus, cette valeur humaniste, par son caractère universel, ne peut pas, de par nature, se fonder sur des « révélations » transcendantales de paroles ou d’écrits, mais uniquement à partir de la raison et sur les principes-postulats humanistes admis. Or si la raison est le moteur exclusif de l’élaboration de la valeur humaniste du concept de la laïcité, elle ne peut que prendre en compte comme support les découvertes scientifiques.

C’est bien aussi une vieille histoire dans l’humanité que de considérer que le savoir et la connaissance ne sont pas figés, et qu’ainsi l’interprétation religieuse et/ou métaphysique ne l’est pas non plus et doit donc évoluer en fonction de la voie humaniste qui se trace au fur à mesure à travers les découvertes scientifiques et les progrès conceptuels de la morale humaniste : c’est le fondement de l’attitude laïque par excellence.

Cette manière de voir les choses et le monde installe dans la conscience une ouverture d’esprit qui protège ipso facto contre les dérives dogmatiques figeant la pensée, et aussi produit par conséquent une intransigeance réfléchie à l’encontre de l’application de tout précepte ou dogme pouvant se révéler être un obstacle objectif dans la réalisation de la liberté absolue de conscience pour tout individu dans la société.

Cette « attitude laïque », qui n’a pu exister d’ailleurs que parce qu’elle est issue aussi de la philosophie grecque basée sur la raison, a permis et permet le développement de la science et du progrès humaniste conceptuel puisque l’acquis des connaissances ou la certitude des croyances peuvent sans cesse être relativisés, donc remis en cause ultérieurement par d’autres découvertes et d’autres avancées conceptuelles allant dans la voie humaniste grâce à l’action de la raison.

Par exemple, la liberté individuelle de la femme dans notre société n’a pu se réaliser pleinement dans les faits qu’après les découvertes scientifiques de contraception efficace et sans danger et les possibilités d’avortement avec peu de risques, et a pu se traduire juridiquement dans les lois avec plus de facilités.

La traduction spirituelle métaphysique du concept de laïcité se trouve donc bien dans la libre interprétation renouvelée que ce soit de la parole révélée qui est à la base de la foi du croyant, ou des acquis philosophiques des uns ou du savoir scientifique des autres, pour qu’elle puisse aller dans le sens de la voie humaniste ; cette voie humaniste devient ainsi une sorte de « prédestination » permettant pour tous l’exercice de la liberté individuelle, de l’ égalité en droit et de la fraternité sociale.

Tout autre attitude de certitudes dogmatiques immuables de pensée religieuse (ou totalitariste athéiste), mais aussi économiques, scientifiques, politiques est donc toujours un obstacle à l’édification d’une authentique société laïque.

L’importance de l’adhésion commune à cette valeur spirituelle de laïcité doit être bien comprise. En effet comme nous l’avons déjà dit, à la fois elle nous protège contre tout dogmatisme laïciste, et à la fois elle nous invite à l’intransigeance envers toute les formes d’oppression concoctées par des dévots de toute sorte, aussi bien vis à vis de la société toute entière que des membres de leur propre communauté.

Si en effet un précepte ou une croyance s’avère néfaste aux principes fondateurs de la voie humaniste, ce sont aux « théologiens » et « autres docteurs de la loi » de trouver une interprétation compatible avec les découvertes scientifiques et nos valeurs universelles ; c’est l’exemple du Dalaï Lama qui, lors d’un séjour en France il y a plus de 10 ans déclarait que si la science démontrait un jour l’impossibilité de la réincarnation, il reviendrait alors aux bouddhistes de considérer cette réincarnation comme seulement ayant un caractère « virtuel » ; mais ce sont aux hindouistes à donner dès maintenant une explication et une réalité seulement virtuelle (et historique )aux « castes » qui sont pourtant à la base de leur religiosité.

En aucun cas, de toutes façons, un état républicain « laïque » ne peut accepter l’inégalité des citoyens devant la loi et dans l’organisation de la société au nom de croyances religieuses ou autres, ni accepter l’obscurantisme du créationnisme dans l’enseignement ou l’oppression affichée de la femme dans les lieux publics par le port du voile islamique. De même l’acceptation de l’exploitation économique par une classe possédant l’essentiel des moyens de production et d’échange comme une donnée intangible pour lequel l’état républicain ne peut rien faire n’est pas du domaine des valeurs laïques émancipatrices basées entre autres sur le principe de la fraternité sociale.

C’est bien le devoir d’un état républicain de prendre toute les mesures juridiques et politiques pour faire triompher ces valeurs laïques émancipatrices qui prennent bien ainsi une valeur spirituelle incontestable.

Donc si l’adhésion aux valeurs laïques par les groupes communautaires ou religieux (ou sectaires) ne se fait pas spontanément comme pour les protestants français de l’Eglise Réformée (calviniste) de 1789 à 1795 (voir le 1er article), le devoir du pouvoir politique est de les y aider au besoin par une mise en demeure comme ça été le cas lors de la convocation du Grand Sanhédrin en 1807 pour la communauté de religion israélite en France, voire de les y contraindre au besoin comme cela semble devoir être obligatoirement le cas pour la communauté islamique dans notre pays en cette période, en ce qui concerne notamment le port du voile islamique dans l’espace public et les arrêts relevant du code de la justice civile.(affaire d’annulation de mariage pour non virginité par exemple)

Cette conception de laïcité émancipatrice en tant que valeur spirituelle, de nature même métaphysique, puisqu’il suppose la relativité ou la virtualité des croyances ou certitudes, nous donne les armes idéologiques pour prendre sans état d’âme les dispositions juridiques et politiques nécessaires pour la défendre et la promouvoir, notamment les mesures d’ordre publique.

Cette conception de la laïcité émancipatrice condamne donc sans appel toutes les dérives de laïcité ouverte ou positive, ou dogmatique a minima comme celle fondée sur une frontière arbitraire entre sphère privée et sphère publique, dérives qui consistent dans les faits d’une manière ou d’une autre à se prosterner devant les groupes religieux ou communautaires pratiquant l’oppression individuelle et collective, et à les laisser ainsi à continuer à sévir impunément ; il est évident que cette conception de laïcité émancipatrice n’a aussi rien à voir avec celles totalitaristes, qu’elles soient de nature athéiste comme dans l’ex URSS ou de nature fascisante et de nettoyage ethnico-religieux comme en Turquie.

Nous allons bien sûr dans des articles suivants analyser toutes ces dérives qui, malgré leurs différences entre elles, ont en commun une caractéristique, celle de n’être porteuses d’aucune valeur spirituelle d’émancipation individuelle et collective, et pour ainsi dire tout simplement d’aucune valeur.

Valentin Boudras-Chapon

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