Le relativisme culturel et la mixité hommes femmes dans les espaces publics

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 3 juin 2008, par Annie Sugier, Linda Weil-Curiel


1. la notion de droit universels s’applique-t-elle aux femmes ?

Au début de la décennie 80 Simone de Beauvoir, avec un groupe de militantes du mouvement de libération des femmes, décide de créer la Ligue du Droit international des femmes ( LDIF) en partant du constat que le droit des femmes varie au gré des cultures et surtout des religions, sans que cela ne semble choquer la communauté internationale, comme si la notion de droits universels de la personne ne s’appliquait pas aux femmes.

Une décennie plus tard, du fait du développement de la mondialisation, des effets de la révolution culturelle iranienne, des guerres du Moyen Orient, d’Afghanistan ou de Tchétchénie, ce qui jusqu’alors n’était qu’un résidu de l’histoire – la situation d’oppression extrême des femmes- est devenu un modèle en pleine expansion revendiqué comme religieux et identitaire…. Un modèle qui s’affichait en opposition avec celui des droits universels et dont l’un des traits fondateurs est la séparation des sexes et le port du voile pour les femmes.

Un certain nombre d’intellectuels ou des politiciens de droite comme de gauche n’ont pas su ou pas voulu comprendre que le respect de la culture de l’ « autre » ne passe pas par l’acceptation de ce qui est contraire aux droits de la personne.

Dans les pays occidentaux on a vu aussi se dégrader les relations entre les garçons et les filles. Pour échapper aux agressions sexistes les filles de certaines cités qualifiées de « difficiles » en arrivaient à ne plus oser porter de jupes, choisissant des tenues de jogging ultra-larges.

(1) les autres co-fondatrices du Comité ATLANTA+ sont Linda Weil-Curiel, avocate et secrétaire générale du Comité, ainsi que Anne-Marie Lizin, présidente honoraire du Sénat belge. Elles sont parties prenantes de l’élaboration de cet appel.

Les voiles islamiques ont fait leur apparition et certains ont commencé à parler de « laïcité ouverte » et ont questionné le bienfondé de la mixité.

2. La mixité un acquis récent à défendre

La mixité est un acquis récent qui a permis aux femmes de sortir de leur ghetto. Quelles que soient les sociétés, un regard en arrière nous démontre que la règle fût la séparation entre la sphère privée et la sphère publique. La libération des femmes est passée et passe encore par leur accès sans entraves ni conditions à l’espace public.

C’est au vu de cette régression, et du rôle particulier que joue le sport, parce qu’il touche au corps, que la LDIF l’a considéré comme un enjeu majeur, un indicateur de la place des hommes et des femmes dans l’espace public dans une société mixte, égalitaire et laïque.

Elles ont pris en cela pour modèle les militants de la lutte contre l’apartheid dont étaient victimes les noirs d’Afrique du Sud et qui avaient fait du sport, et notamment des Jeux Olympiques, leur cheval de bataille car ils sont la vitrine de nos sociétés en bien comme en mal.

D’où la création, au milieu de la décennie 90, d’une association, le Comité ATLANTA +, dédiée à dénoncer la pratique de la ségrégation des femmes à travers ce qui se passe dans l’enceinte des Jeux Olympiques.

3. Le combat du Comité ATLANTA +

Le stade Olympique est un lieu unique, sans frontières où s’applique une loi, la Charte, qui s’impose à tous et qui est porteuse de valeurs universelles :

« Toute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne, qu’elle soit pour des raisons raciales, religieuses, politiques, de sexe ou autres est incompatible avec l’appartenance au Mouvement Olympique ».

Même si les drapeaux des nations sont présents, aucun autre signe d’appartenance politique ou religieuse ne doit paraître sur un site olympique. Le serment olympique est sans ambiguïté : ceux qui le prononcent se déclarent les ambassadeurs des valeurs universelles de l’Olympisme et non ceux de leur culture, religion ou nation.

L’intervention du Comité ATLANTA a mis le CIO devant ses responsabilités. Le Comité ATLANTA+ a obtenu des résolutions de la Commission des Droits de l’Homme, du Conseil de l’Europe et du Parlement Européen. C’est ainsi que le nombre de délégations sans femmes est passé de 35 en 1992 à Barcelone, à 9 en 2004 à Athènes. Mais il demeure un noyau dur de pays dont la conception de la séparation des sexes est contraire à l’esprit de la Charte Olympique. La politique de simples recommandations du CIO auprès de ces pays révèle aujourd’hui ses limites.

Autre entorse à la Charte Olympique, l’apparition de femmes voilées sur les sites Olympiques (Iraniennes, Egyptiennes et on en annonce d’autres à Pékin), alors que toute expression politique ou religieuse est interdite sur les sites Olympiques.

Enfin, peu de gens savent que l’Iran a créé des jeux séparés pour les femmes, dénommés Jeux de la Solidarité Islamique qui ont lieu tous les quatre ans, et dont les hommes comme la presse sont exclus. Cependant le CIO n’hésite pas à participer à cette mascarade contraire à tous les principes défendus par la Charte, en y envoyant des observatrices officielles.

4. En guise de conclusion

La question de fond qui se pose c’est celle de notre capacité à défendre des valeurs auxquelles nous croyons et qui ont fondé les Jeux Olympiques modernes. Le sport « langage universel par excellence », selon la Charte de l’Unesco, est un moyen privilégié de montrer que la ségrégation entre les hommes et les femmes se traduit de fait par l’exclusion des femmes, ou leur présence sous condition, le port du voile.

La question c’est de savoir si nous avons la même conviction et la même combativité que les militants de la lutte contre l’apartheid et si nous ne nous arrêterons pas au milieu du chemin en considérant que le voile est un moindre mal puisque au moins les femmes peuvent sortir…

Nous n’avons pas inventé les termes de la Charte Olympique. Ils sont sans ambigüité. Un appel a été élaboré à l’intention du CIO en lui demandant de rendre des comptes sur sa détermination à faire respecter sa Charte, c’est-à-dire de refuser la ségrégation à l’encontre des femmes et le port de signes religieux ou politiques sur les sites olympiques. C’est la mixité et la laïcité que nous voulons ainsi défendre. Deux valeurs primordiales de la démocratie.

Annie Sugier

présidente de la Ligue du Droit international des femmes et co-fondatrice du Comité ATLANTA+(1).

Intervention à Rome, le 31 mai 2008

Publié dans Politique et société

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