Enseignement du fait religieux ou enseignement religieux ?

Publié le par Comité 1905 Draguignan

synthèse de la question à l’étude adoptée au congrès de 2007
Enseignement du fait religieux ou enseignement religieux ?
par Le président de la Fédération du 93
Pascal Clesse.
samedi 19 avril 2008
par federation nationale
Les contributions des différentes fédérations départementales ont été regroupées dans deux fascicules :
- le premier est une critique des postulats idéologiques présents dans les différents textes de l’Union européenne instituant cet enseignement dans les pays membres et apporte également des éléments historiques ;
- le deuxième rassemble des éléments d’enquête dans plusieurs domaines.

Que retenir de toutes ces contributions ?

1-L’enseignement du fait religieux relève de la directive européenne 1720, adoptée par le Parlement européen le 4 octobre 2005, et de l’amendement à la loi Fillon proposé par le député de la Seine-Saint-Denis ,JP Brard , le 14 février 2005.

1-1- Concernant la directive européenne, il est à noter que la rédaction de celle-ci a été longuement préparée par des discussions à diverses reprises avec les représentants des religions monothéistes en Europe. Citons par exemple, la Conférence d’Oslo des représentants des ministères de l’éducation des différents Etats membre de l’Union européenne, en présence du représentant du Vatican , le 6-8 juin 2004 ; citons également la réunion à Paris de la Commission « Culture, sciences et éducation », le 2 décembre 2004.

La directive européenne affirme explicitement dans son §13, reconnaître les racines religieuses des valeurs défendues par le Conseil de l’Europe : « L’Assemblée constate par ailleurs que les trois religions monothéistes du Livre ont des racines communes (Abraham) et partage beaucoup de valeurs avec d’autres religions et que ces valeurs sont à l’origine de celles défendues par le Conseil de l’Europe ».

L’introduction de cet enseignement s’appuie sur les conclusions de la Conférence d’Oslo. Ces conclusions établissent que l’enseignement du fait religieux doit s’intégrer dans le cadre plus vaste du « dialogue interculturel » afin de « promouvoir le dialogue avec et entre les religions et à favoriser l’expression culturelle et sociale des religions ». (cf §6). Le Comité des Ministres, dans sa réponse (doc. 10944 §2 ; 31 mai 2006), « rappelle le nouveau défi interculturel de l’éducation : diversité religieuse et dialogue entre les religions, qui reflète à la fois l’objectif de l’éducation interculturelle et la prise en compte dans ce contexte de la dimension religieuse à l’école ».

L’objectif de cet enseignement est de « faire acquérir aux élèves les religions qui se pratiquent dans leur pays et celles de leurs voisins, à leur faire voir que chacun a le même droit de croire que sa religion « est la vraie », et que le fait que d’autres ont des religions différentes, ou n’ont pas de religion, ne les rend pas différents en tant qu’êtres humains ». (cf §14-1). Autrement dit, il s’agit de faire acquérir aux jeunes générations « le sens de la tolérance, l’exercice de la citoyenneté démocratique par une bonne connaissance des différentes religions ».

1-2- L’amendement de JP Brard constate, selon lui, que cet enseignement « est présent de manière diffuse dans les programmes de nombreuses disciplines : histoire, lettres, arts plastiques ou musique ». Il propose de l’étendre à d’autres disciplines « langues, philosophies » de façon plus structurée.

2- Il apparaît que l’introduction d’un tel enseignement remet en cause, dans les faits, et en dépit des précautions oratoires des uns et des autres, le caractère laïque de l’Ecole :

2-1 : Les fondements et les objectifs sont explicitement religieux :

- Comment comprendre la référence aux racines religieuses des valeurs défendues par le Conseil de l’Europe, dans un texte législatif concernant la mise en place d’un nouvel enseignement ?
- Comment interpréter la déclaration du Comité des Ministres qui rappelle la nécessité de prendre en compte « la dimension religieuse à l’Ecole » ?
- Comment ne pas être inquiets, lorsque l’amendement Brard parle de passer à un enseignement plus structuré du fait religieux, sous-entendant par là l’insuffisance d’un enseignement se bornant à considérer les religions comme un facteur parmi d’autres, en histoire par exemple ? Faut-il désormais privilégier les religions comme facteurs essentiels structurant les cultures et les consciences des peuples ?

2-2 : S’agit-il encore d’enseignement et d’instruction ?

La Libre Pensée est attachée à une Ecole qui instruit, c’est-à-dire qui transmet des connaissances dans un cadre disciplinaire, sur la base de programmes nationaux, en sciences, histoire, etc. afin de faire acquérir aux jeunes générations une culture générale.

- Peut-on encore parler de culture générale quand le « fait religieux » est arbitrairement restreint aux religions du monde d’aujourd’hui, dans l’espace limité du continent européen, et passe sous silence les mythologies anciennes ?
- S’agit-il d’instruire ou de conditionner lorsque l’objectif affirmé est d’ « éduquer à la tolérance », de développer des « attitudes, des compétences sociales et civiques », et de « participer à la construction du sentiment d’appartenance à la communauté des citoyens » ?

L’objectif est de promouvoir en fait, la forme du religieux, c’est-à-dire de valoriser toute croyance comme constitutive d’une conscience communautaire et plus généralement de la conscience européenne. Autrement dit, il s’agit de dire aux jeunes générations : croyez en quelque chose pour vous inclure dans une communauté.

On ne peut que s’interroger et s’inquiéter lorsque le « fait religieux » s’introduit ainsi en force dans les disciplines enseignées, afin de leur faire jouer le rôle de police des banlieues, au détriment de la culture des esprits.

3- Deux cas illustratifs des atteintes à la laïcité dans l’application de la directive européenne et de l’amendement Brard à la loi Fillon du 14 février 2005 : 3-1 :Le programme européen REDCO ; « la religion dans l’enseignement : une contribution au débat en Europe ». Comme la plaquette de présentation l’indique, il s’agit d’une équipe de recherche interdisciplinaire intervenant dans « les domaines de la sociologie, des sciences politiques, de l’ethnologie, de la théologie, des études islamiques, des sciences de l’éducation, et de l’enseignement relatif aux religions ». Le programme de recherche doit s’étendre de mars 2006 à février 2009.

Quels sont ses objectifs ?

« Les résultats de REDCO permettront de mieux comprendre comment la religion et la religiosité des enfants, des jeunes et des étudiants peuvent être intégrés au processus éducatif afin de promouvoir une compréhension des valeurs partagées et développer le respect mutuel ».

S’il s’agit d’intégrer la religiosité des élèves dans le processus éducatif, il ne s’agit donc plus simplement d’un enseignement du fait religieux ! Les professeurs devront-ils demander la religion pratiquée par leurs élèves afin d’en tenir compte dans l’élaboration de leurs cours ?

Parmi les institutions associées à ce programme financé par la Commission européenne, outre certaines universités des pays étrangers, on trouve la Sorbonne et l’Académie chrétienne de Russie pour les Humanités de St Pétersbourg !

L’Institut Européen en Sciences des Religions participe également au programme européen REDCO. Rappelons que l’IESR, a été crée en 2006, « pour participer à la formation initiale et continue des enseignants et des formateurs des établissements d’enseignement et de formation pour la connaissance des faits religieux… »(art.2 du décret du 6/03/06). M. JP Brard est membre de son conseil d’administration.

L’IESR a donc un statut d’université et intervient dans la formation des professeurs de l’enseignement publique.

La Libre Pensée considère que la participation de l’IESR et de l’EPHE de la Sorbonne au programme REDCO, qui inclut la théologie et les études islamiques dans le cursus de ses recherches et fonctionne en partenariat avec des instituts religieux, est une atteinte à la laïcité, et demande le retrait de l’IESR et de la Sorbonne de ce programme.

3-2 : Le fonctionnement du Centre Civique d’Etude du Fait Religieux à Montreuil (93).

Le CCEFR a été créé en 2003 par la municipalité de Montreuil dirigée alors par JP. Brard.

Ayant reçu l’agrément du rectorat de Créteil, le CCEFR est habilité à assurer la formation des professeurs des écoles et des collèges de la ville, dans le cadre de conférences publiques ou de séminaires payants. De nombreux conférenciers chargés de la formation des enseignants sont des théologiens.

Par exemple sont intervenus pour assurer cette formation :

- en 2004-05 : L.Babes, responsable de l’université catholique de Lille ; J-C.Eslin, membre du comité de rédaction de la revue Esprit, professeur au Centre Sèvres et à l’Institut catholique de Paris ; M.Azab, ancien professeur de l’université islamique Al-Azhar au Caire ; M.Estivalezes, chargée de cours à l’université catholique de Lille ; A-M.Pelletier, chargée de cours à l’université cathédrale de Paris(fondée par J-M.Lustiger pour « transmettre le mystère intégral du Christ . »)…
- en 2005-06 : J.Maila, doyen de l’Institut catholique de Paris, membre du comité de rédaction de la revue des jésuites Etudes ; F.Smyrth-Florentin, professeur d’exégèse biblique à la faculté protestante de Paris ; C.Cannuyer, professeur à la faculté théologique de Lille et directeur de la collection « Fils d’Abraham »au centre informatique et Bible à l’abbaye de Maredsou…
- en 2007-08 : O.Abel, professeur de philosophie éthique à l’Institut protestant de théologie de Paris ; P.Valadier, professeur aux facultés jésuites de Paris ; C.Lanoir, docteur en exégèse de l’Ancien Testament, directrice du centre culturel oecuménique Agapè (Italie)…

L’intervention de théologiens pour la formation de professeurs de l’enseignement public, est en violation des lois de 1886, fondatrices de la laïcité scolaire.

La Libre Pensée demande que le ministère de l’Education Nationale intervienne auprès du directeur du CCEFR pour que soit respectée la laïcité ; ou que le rectorat de Créteil retire son agrément au CCEFD de Montreuil.

Conclusion :

Tous ces éléments montrent que l’opposition à l’enseignement du fait religieux ne saurait se mener indépendamment du combat contre l’Union européenne c’est-à-dire l’Europe vaticane.

De même, ce combat doit être associé, en s’appuyant sur la résistance des enseignants, à l’exigence de rétablir une école qui instruise.

Il reviendra au prochain congrès de décider les modalités concrètes de ce combat.

 

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