Les Jeux Olympiques : tiens ce n’est plus drôle de parler de la Charte ?

Publié le par Comité 1905 Draguignan

mardi 15 avril 2008, par Annie Sugier


En début d’année j’avais écrit un texte pour Riposte Laïque en rappelant que 2008 serait une année olympique (1). Le moment me semblait bien choisi pour pointer le non respect par le Comité International Olympique (CIO) lui-même de sa propre Charte. En effet, la « loi olympique » interdit toute forme de discrimination dans la sphère qui relève de la responsabilité du CIO, le stade olympique, or le Comité se refuse à exclure les pays islamiques alors qu’ils bafouent de façon flagrante et répétée la Charte en excluant les femmes de leurs délégations (ou plus hypocritement de certaines disciplines) pour des raisons dites religieuses.

Au moment où que j’écrivais cet article je savais naturellement que seule la question du choix très contesté de Pékin allait monopoliser toutes les critiques des défenseurs des droits de l’homme et qu’il nous serait difficile, voire impossible de parler d’un autre débat : celui du droit des femmes.

Le plus drôle dans cette affaire c’est que, même dans les milieux féministes et laïques, lorsqu’on évoque l’importance de se saisir de cet outil formidable qu’est la Charte Olympique pour défendre les valeurs universelles mises à mal par le relativisme culturel, on se heurte à une grande indifférence si ce n’est à une certaine ironie ! Le Jeux Olympiques ce n’est pas très intellectuel, c’est un rêve d’un autre âge et puis tout le monde sait qu’ils sont pourris par le mercantilisme et le dopage…

Alors pourquoi tout d’un coup ce déchainement médiatique universel à propos du passage de la flamme Olympique ? Alors pourquoi le sport et l’olympisme ont-ils joué un rôle si important lors de la bataille contre l’apartheid en Afrique du Sud ? Personne n’aura oublié que le Comité National Olympique d’Afrique du Sud (CNOSA) a été exclu pendant 30 ans des Jeux pour raison d’apartheid qui se traduisait pas l’absence des noirs de ses délégations sportives. Le CNOSA n’a été autorisé à revenir qu’en 1992.

Il faut lire l’histoire de cette bataille pour comprendre le rôle majeur qu’ont joué les pays africains et les mouvements des droits de l’homme.

C’est au moment même où l’Afrique du Sud réintégrait la famille olympique que la Ligue du Droit international des femmes créait une association, le Comité ATLANTA +, pour dénoncer le fait que personne ne semblait remarquer l’absence de femmes de 35 délégations ! Depuis grâce à la pression de ce réseau féministe international, la situation s’est améliorée, mais il reste encore un noyau dur de pays récalcitrants : les pays islamiques.

Pire encore, depuis 1993 tous les 4 ans des Jeux Olympiques séparés – qui n’osent pas dire leur nom- Les Jeux dits de la « Solidarité », fermés à la presse et aux regards masculins nécessairement concupiscents, sont organisés par l’Iran pour les femmes des pays islamiques. Ils s’affichent comme « un modèle pour les femmes libres du monde » et des observatrices du CIO dûment voilées ont accepté d’y assister et de noter dans leur rapport que « les conditions techniques d’organisation étaient excellentes ».

Et, pour en finir avec les raisons de s’indigner il faut dire que, à Athènes, lors de la cérémonie de clôture des Jeux, Jacques Rogges, le président du CIO était entouré de quelques personnalités triées sur le volet, sous la bannière Olympique qui claquait au vent comme un magnifique symbole de l’universalisme et que parmi ces personnalités il y avait… une ancienne nageuse égyptienne voilée, image vivante du retour de l’islam politique sur le devant de la scène avec la bénédiction du Comité.

Cet organisme, le CIO, qui se veut différent de toute autre structure sportive classique, qui doit son originalité non seulement à sa durée d’existence mais surtout à son ambition de faire du sport une culture, un moyen de défendre un idéal démocratique et égalitaire, qui réussit à exercer un attrait sur le monde entier, dont la principale responsabilité est de promouvoir les valeurs de sa charte dans la sphère sportive en espérant qu’elle influencera les autres sphères de la société, ce même CIO qui accepte sans sourciller sous sa propre bannière, à un moment clé d’une cérémonie officielle, qu’une sportive porte un signe religieux de soumission des femmes et de ségrégation entre les hommes et les femmes, totalement contraire à sa charte, va-t-il aujourd’hui se permettre d’interdire aux athlètes français de porter une insigne avec les mots « pour un monde meilleur », extraits de sa Charte ? Ces mots ont fait sourire, je les trouve tout à fait appropriés.

Ce serait un scandale.

Voilà pourquoi bientôt à Rome,, les 31 mai et 1er juin, dans le cadre de l’élaboration d’une plateforme commune laïque et féministe nous n’hésiterons pas à parler des Jeux Olympiques (2).

Annie Sugier

(1) http://www.ripostelaique.com/2008-une-annee-en-or-pour-les.html

(2) European Conference « FEMINISTS FOR A SECULAR EUROPE » Saturday may 31 st and Sunday june 1st Roma (Italia) Venue : Casa internazionale delle donne, website : www.casainternazionaledelledonne.org

Publié dans Politique et société

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