«Le problème d’Etat, ce sont les dérives»

Publié le par Comité 1905 Draguignan

Nathalie Luca, anthropologue au CNRS :
Recueilli par C.C.
QUOTIDIEN : jeudi 3 avril 2008
  

Nathalie Luca est spécialiste des nouveaux mouvements religieux. En novembre 2005, elle a démissionné du conseil d’orientation de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) dont elle était membre suite à la nomination de son nouveau président Jean-Michel Roulet, au motif qu’elle refusait d’être liée «à un prévisible durcissement de la position» de cette instance.


Les sectes sont-elles un «non-problème» en France ?

Elles ne sont pas un problème d’Etat puisque celui-ci ne reconnaît aucun culte. C’est ce qu’a voulu dire Emmanuelle Mignon. Ce qui est un problème d’Etat, ce sont les dérives.Si la scientologie commet un acte délictueux, elle est condamnée ; tant qu’elle ne commet pas d’actes délictueux, l’Etat ne se prononce pas sur ce mouvement.

N’est-ce pas un peu court ?

Bien que nous, Français, revendiquions notre laïcité, certains de nos voisins ont une façon beaucoup plus laïque de traiter cette question des sectes. L’Allemagne regarde si tel mouvement se rend coupable de dérives idéologiques ou thérapeutiques, mais se fiche de savoir s’il s’agit ou non d’un groupe religieux.

 

N’êtes-vous pas un peu indulgente vis-à-vis des sectes ?

 

En France, on fait une fixation, par exemple, sur les Témoins de Jéhovah. Bien sûr, ça n’est pas la panacée, ils ont des doctrines qui, personnellement, ne me conviennent pas. Pour autant, ils envoient leurs enfants dans des écoles publiques. Certains font des études supérieures et ne restent pas dans le mouvement une fois adultes. Ces mouvements sont aussi capables de faire des compromis. Les pressions qui ont été faites sur la scientologie l’ont amenée à rembourser les adeptes qui la quittent.

La Miviludes et les associations de lutte contre les sectes comme l’Unadfi (1) ne jouent-elles pas un rôle précieux d’information du public ?

Bien sûr. Le problème, c’est qu’on ne sait pas vraiment sur quoi se fondent les informations que la Miviludes divulgue dans ses rapports. Sur combien de témoignages ? Contrairement à la France, la Grande-Bretagne ne finance pas les associations pour la défense des victimes de sectes. Le seul organisme qu’elle finance est universitaire. C’est une immense banque de données qui cumule tous types d’informations à charge et à décharge : témoignages de victimes et de membres actifs des mouvements, travaux scientifiques, documentation des mouvements eux-mêmes. Quand la police a un problème avec un groupe, elle vient consulter la documentation, tout comme d’autres institutions de l’Europe.

(1) Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes.

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