ESPRITS LIBRES

Publié le par Comité 1905 Draguignan

La liberté d’expression, fille de l’intelligence et du savoir

mercredi 19 mars 2008, par Maurice Vidal


Si la guerre est le sommet de la barbarie, le savoir et la pensée cadenassés en sont la base. La barbarie est le contraire de la liberté d’expression : le barbare sommital tue, massacre et extermine ; le barbare de base consigne le savoir, tient en laisse les idées et ne reconnaît que les vérités d’appartenance.

Au contact de ce dernier fleurissent les procès en inquisition contre l’intelligence et la culture. Et malheur à qui ose questionner le sacré ! Souvenons-nous de Louis Chagnon, accusé en octobre 2003 d’« appel à la haine raciale » assorti de « propos racistes anti-musulmans » : ce professeur d’histoire/géographie a-t-il appris à ses élèves que Mahomet était non seulement le Prophète de l’islam mais encore un chef politique et militaire exceptionnel, qui sut s’imposer en utilisant aussi bien la diplomatie que la force ?

A-t-il précisé, en l’occurrence, qu’il a doté la péninsule arabique d’un système juridique original, et fait massacrer les hommes de la tribu juive des Quraizah ?

Leur a-t-il dit, à l’instar des chroniqueurs musulmans du VIIème siècle, que ses soldats pillaient les caravanes mecquoises ? Aurait-il abordé les innombrables exactions du règne de Tamerlan qui, de 1386 à 1405, envahit la Géorgie chrétienne, détruisit églises et monastères, procéda à des conversions forcées, massacra les hérétiques de la mer Caspienne, extermina les chrétiens de Tikrit, attaqua l’Inde, égorgea 100 000 impies au cours du sac de Delhi, décapita 10 000 infidèles au siège de Dipalpur, pilla Damas, ravagea Lahore, exécuta 90 000 personnes à Bagdad, dressa à cette occasion 120 pyramides de têtes, prit les villes turques d’Aphrodisias, de Sivas et de Smyrne, et s’apprêtait à fondre sur la Chine quand la mort l’arrêta ?

L’enseignant a-t-il insisté sur le statut de « dhimmis » des juifs et des chrétiens survivants qui, moyennant un impôt, pouvaient, comme sous le règne de Mahomet, garder leur religion, bien que cet impôt fût souvent accompagné d’humiliations publiques et que la servitude ou la mort en sanctionnât le non-paiement ?

A-t-il présenté les musulmans comme des esclavagistes ?

A-t-il rappelé la révolte, au XIème siècle, des esclaves noirs employés dans les plantations irakiennes, et sa répression par Muwaffaq, frère du calife abbasside Mu’tamid ? A-t-il parlé des traites transsahariennes vers Kairouan et Zanzibar, qui prirent respectivement fin en 1846 et 1964 ?

N’y a-t-il pas, de nos jours, une traite négrière au Soudan, où les raids esclavagistes se sont institutionnalisés depuis juin 1989, date à laquelle le général Omar Hassan el-Bachir et les islamistes guidés par Hassan al-Tourabi, ont accédé au pouvoir par un coup d’Etat ?

Souhaitez-vous quelque développement ? C’est tristement « simple » : des soldats armés encerclent un village, puis rassemblent la population sur la place principale. Les hommes sont tués, et les femmes vendues sur le marché intérieur ou déportées - tantôt vers la Libye, tantôt vers l’Arabie Saoudite. Leur sort est « classique » : ce sont les mariages forcés, la prostitution, l’esclavage à domicile ou dans de petites entreprises, le travail clandestin … Quant aux enfants, ils deviennent à leur tour des esclaves, ou sont enrôlés dans l’armée - qui a soin de les endoctriner pour qu’ils puissent plus tard prêter main forte aux islamistes !

Et tout cela au vu et au su de la Communauté internationale, sans cesse alertée par les évêques catholiques de l’Afrique de l’Est et l’ensemble des missionnaires chrétiens et laïcs ! Et il faudrait ne rien dire ?

La seule chose que nous ayons à dire, c’est qu’outre l’inqualifiable veulerie de la Communauté internationale, il est insupportable que la violence historique puisse justifier qu’on fermât les yeux sur elle au prorata des diverses susceptibilités ! Seraient-elles islamiques, les horreurs de l’Histoire ne sauraient requérir la mise en place d’un comité de défense de l’Islam ! La violence fait partie de l’Histoire : les grands empires ont été bâti dans le sang ! L’empire islamique ne fait pas exception.

Le nier, c’est être négationniste. L’affirmer, c’est reconnaître la vérité historique, et, par suite, garantir l’esprit critique. L’esprit critique doit pouvoir s’exercer sur quelque objet que ce soit, serait-il politique ou religieux, sans quoi il tombe lui-même sous la critique ! Le politique et le religieux n’ont pas à imposer leur lecture de l’Histoire. L’ « historiquement correct » est incompatible avec la déontologie de l’historien.

Voilà pourquoi il faut appeler les choses par leur nom : un « pillage » est une « déprédation », ou une « dévastation », ou une « mise à sac », ou un « ravage », ou un « saccage » ; un « massacre » est un « assassinat », ou une « boucherie », ou un « carnage », ou une « hécatombe », ou une « tuerie » ; un « esclavage » est un « asservissement », ou un « assujettissement », ou une « chaîne », ou un « joug », ou « une « servitude ». Telle est la condition première d’un authentique enseignement historique. C’est elle qui permet le « devoir de mémoire », autrement dit l’hommage que la liberté doit rendre à l’Histoire.

Cette liberté est d’abord celle du dire, à condition que le dire se veuille tel par la pensée libre, c’est-à-dire libérée d’elle-même d’abord, puisqu’elle se pense, et de ce qui n’est pas elle ensuite, puisqu’elle le pense. C’est de cette pensée que naît le dire véritable, encore appelé liberté d’expression.

Or, la liberté d’expression ne saurait garantir l’expression de la liberté qu’elle est censée véhiculer sans l’institutionnalisation des libertés de procédure et de culture. La liberté de procédure permet l’expression dans un contexte de non-intimidation. Pour qui revendique la liberté d’expression, c’est la « moindre des choses » ! La liberté de culture permet à qui s’est exprimé de se sentir à la fois reconnu et protégé. Et cela n’est pas une « chose moindre » : c’est la marque même de l’intériorisation de règles pacifiques d’existence sans lesquelles la liberté d’expression ne saurait être indépendante, et donc libre !

Nous sommes, hélas, d’autant plus éloignés de la liberté de culture que nous ne savons plus satisfaire à la liberté de procédure. L’intimidation est devenue l’arme de la « bienpensance ». Cette arme est redoutable, car l’intolérance dont elle fait preuve à l’égard de toute pensée jugée déviante se pare d’une « tolérance convulsive » - qui traînerait devant les tribunaux Voltaire et Hugo, le premier pour son ouvrage intitulé Le Fanatisme, ou Mahomet le Prophète, le second pour quelques lignes écrites à la fin de Claude Gueux.

Qu’on en juge : invectivant Mahomet par la voix de Zopire, Voltaire s’écrie : « Voilà donc tes desseins ! C’est donc toi dont l’audace/De la terre à ton gré prétend changer la face ! /Tu veux, en apportant le carnage et l’effroi, /Commander aux humains de penser comme toi : /Tu ravages le monde, et tu prétends l’instruire. /Ah ! Si par des erreurs il s’est laissé séduire, /Si la nuit du mensonge a pu nous égarer, /Par quels flambeaux affreux veux-tu nous éclairer ? /Quel droit as-tu reçu d’enseigner, de prédire, /De porter l’encensoir, et d’affecter l’empire ? » (acte 2, scène 5).

Hugo, quant à lui, en appelle à la physiognomonie et à la phrénologie dans l’espoir d’abolir la peine capitale. Aussi s’adresse-t-il aux députés en ces termes : « Allez dans les bagnes. Appelez autour de vous toute la chiourme. Examinez un à un tous ces damnés de la loi humaine. Calculez l’inclinaison de tous ces profils, tâtez tous ces crânes. Chacun de ces hommes tombés a au-dessous de lui son type bestial ; il semble que chacun d’eux soit le point d’intersection de telle ou telle espèce animale avec l’humanité. Voici le loup-cervier, voici le chat, voici le singe, voici le vautour, voici la hyène. » (Claude Gueux, GF Flammarion, p. 70)

Evidemment, ces deux textes peuvent paraître inadmissibles, en particulier pour ceux qui ne conçoivent la liberté de pensée qu’à travers les pensées qu’ils approuvent intégralement, ce qui - de vous à moi - est le fanatisme même ! Mais viendra un temps où cette mise au pas des consciences volera en éclats, et où l’on appréciera à leur juste valeur les coups de pied donnés dans la fourmilière du politiquement correct, c’est-à-dire de l’intolérance repeinte aux couleurs du progressisme.

Voilà pourquoi nous disons « non » à cette attitude policière visant l’essence de la pensée, qui est l’homme même. Nous n’envisageons nullement de taire ce que nous pensons, quand bien même nous nous tromperions. Nous refusons donc de nous censurer, et même de le faire sans avoir l’air de le faire, en formulant, par exemple, ce que nous pensons - pourvu que nous ne parlions « ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose » (Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, V, 3) !

Nous voulons être libres de penser, mais nous ne voulons pas que nos pensées restent en nos pensées, sans jamais aller sur les brisées d’aucune autre. Nous ne voulons pas que nos pensées finissent dans les colonnes du Journal inutile ! Le nouveau cogito ne saurait être « Je pense, donc je me tais » ! Nous rejetons les cogito muets ! Une société qui ne permet pas de dire et d’écrire sans que rôde quelque censeur est une société malade, qui fabrique des penseurs et des pensées malades et qui, en transformant les interrogations en interrogatoires, remplacent les débats par les tribunaux !

Maurice Vidal

Publié dans Politique et société

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