La solidarité, ni compassion, ni socialisme.

Publié le par Comité 1905 Draguignan

Solidaire. le mot est magique, il sonne chaleureusement, satisfait toutes les consciences et masque toutes les douleurs. Mais sa définition est confuse. Merci donc à Marie-Claude Blais, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université de Rouen, et à Serge Audier, philosophe à Paris-IV Sorbonne, de nous offrir, à travers leurs ouvrages, matière à réflexion historique sur l'idée de solidarité. Deux livres et une idée maîtresse : la place de la solidarité dans la société des hommes fut un débat intellectuel d'importance dès le XIXe siècle, en même temps que le développement de l'industrialisation de la production. L'idée s'impose très vite dans les milieux laïques qui cherchent à faire barrage au courant socialiste révolutionnaire de lutte des classes.

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Avec Serge Audier, nous découvrons Léon Bourgeois. Chez ce père méconnu du radicalisme français, le solidarisme est le seul projet politique qui permette la justice sociale sans donner à l'Etat un pouvoir quasi absolu. Son combat lui vaudra la présidence de la Société des nations en 1919 et le prix Nobel de la paix en 1920. Mais il fut aussi, en 1882, préfet du Tarn au moment des grèves des mineurs de Carmaux et refusa de faire appel à l'armée. L'homme croit au dialogue et à la force du droit. Pour lui, le citoyen a une dette envers la société des hommes parce qu'il ne peut vivre sans elle. Et cette reconnaissance d'obligation doit permettre à la dialectique individu-collectivité de bâtir un ensemble politique et économique consensuel. A lire Serge Audier, la philosophie de la solidarité vue par Léon Bourgeois peut seule favoriser la construction d'une République de la main tendue contre le poing fermé, de la mutualité "règle suprême de la vie commune" contre la charité réduite à "une pitié agissante". C'est aussi au nom de la solidarité qu'il défendra le principe de l'impôt sur les successions, sur les revenus et la mise en place d'une retraite pour les travailleurs.

Marie-Claude Blais, de son côté, nous ouvre l'horizon en proposant une genèse de l'idée de solidarité. A ses yeux, Léon Bourgeois est certes un acteur essentiel, mais il n'est qu'un élément d'une chaîne d'intellectuels et de scientifiques qui vont alimenter, jusqu'à la première guerre mondiale, ce tumultueux débat. On est dans un mouvement d'idées d'inspiration saint-simonienne et fouriériste (même si, précise l'auteure, ces deux penseurs n'ont jamais utilisé ce mot), qui croit à l'amélioration constante et collective de l'ensemble des hommes, ne formant qu'un seul corps. Et lorsque l'un de ses membres souffre, c'est le corps entier qui est atteint. Mais dans cette réflexion pourtant dominée par l'anticléricalisme, on est aussi proche du saint Paul de l'Epître aux Romains.

Ce sont ces auteurs qui ont posé les bases de notre réflexion actuelle sur la place de l'Etat, sur la prévoyance et le service public, sur la solidarité fondement de la démocratie. Ce sont eux qui ont donné du sens à un mot.

Publié dans Politique et société

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