Laïcité : payer plus pour prier plus

Publié le par Comité 1905 Draguignan

Cruise et SarkozyElles étaient non dites, mais claires, lorsque N. Sarkozy était ministre de l’Intérieur et qu’il commanditait à Jean-Pierre Machelon un rapport qui fit l’objet d’un article publié ici même (Le rapport Machelon, une offensive sans précédent contre la laïcité et la loi de 1905 - par Docdory), mais après le discours de Latran, les choses sont désormais explicites : la laïcité serait un fanatisme à combattre au même titre que les autres et les moyens seront mis pour en réduire la portée.

Le discours de N. Sarkozy prononcé à Rome et rédigé par Henri Guaino (il convient désormais de savoir qui est le marionnettiste) n’entre plus dans le cadre de la rupture, mais franchit le pas du négationnisme historique : celui de tous les crimes, des milliers de victimes du fait religieux partout dans le monde. En apostrophant la laïcité sur le thème du fanatisme, N. Sarkozy mêle dans un amalgame inacceptable les bourreaux et les victimes :

"Que s’il existe une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée des convictions religieuses.
D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas associée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini."

Il faut oser le penser, l’écrire et le dire : "la morale laïque risque toujours de se changer en fanatisme", lorsqu’on compte par milliers les fanatiques religieux qui flanquent des avions civils dans des tours américaines, qui se font sauter au milieu des foules, qui avilissent les femmes, quand des siècles d’Inquisition ont brûlé femmes adultères, penseurs et savants, quand les Livres Saints sont rouges du sang des ennemis que l’on a massacrés qui pour entrer en terre promise, qui pour conquérir un empire religieux.

C’est donc au nom de cette révision de l’Histoire que la France s’apprête désormais à changer la donne de la laïcité. D’une République qui, sagement, avait choisi de n’avoir aucune religion, nous allons passer à une République qui, très dangereusement, aura toutes les religions. Ce mouvement est bien plus inquiétant qu’il n’y paraît, y compris pour les religions installées qui devraient se satisfaire prudemment du statu quo de la loi de 1905 : N. Sarkozy, en tant que ministre de l’Intérieur, n’a jamais démenti les rumeurs de protection que son ministère prodiguait à la scientologie, au nom de la liberté de croyance. Se réfugiant derrière cette liberté, il s’était alors interdit toute mesure cohercitive à l’encontre de mouvements sectaires. Dans son ouvrage La République, les religions, l’espérance (éditions du Cerf, 2004), Nicolas Sarkozy affiche une réelle complaisance envers les mouvements sectaires, invitant même à la reconnaissance des « nouveaux mouvements spirituels » (article de Guillaume David publié sur Agoravox).

Il nous l’annonce dans son discours : ces groupes auront désormais droit de cité dans la République et catholiques, juifs et musulmans devront leur faire de la place. Au nom de cette "espérance" qu’il assimile fort sottement à la foi religieuse et rien qu’à elle. Ce qui risque de n’être pas du goût de tout le monde...

Tout au long du discours, N. Sarkozy a égrené les contours d’une politique d’alignement sur les demandes des religieux : reconnaissance des diplômes émanant des instituts catholiques, y compris le diplôme de théologie qui ne correspond à aucune discipline reconnue dans le cursus universitaire public. N’importe qui, pourvu qu’il soit classé dans les organismes religieux, pourra prétendre à former des docteurs en tout et n’importe quoi et la République y apposera son sceau, au nom de cette prise en compte du religieux par la société. La dérive est là, qui nous vient à grand pas des Etats-Unis : demain, la République devra avaliser des formations ayant pour objet la négation de l’évolution des espèces ; le créationisme sera mis au même rang universitaire que la biologie moléculaire.

De la même façon, après que le Conseil d’Etat eut invalidé la disposition contraignant les communes à financer la scolarité d’enfants dans des écoles privées, le ministère de l’Intérieur s’était empressé avant l’élection présidentielle de publier une nouvelle circulaire : depuis cette année, les communes doivent financer la scolarité d’enfants dans des établissements privés, quand bien même ces communes disposeraient des moyens et des places dans des écoles publiques sur leur territoire (www.ecoledelarepublique.fr).

Joignant les différents éléments du puzzle, nous voyons avec effroi où cela nous mène : une commune pourra se trouver dans l’obligation de financer la pédagogie du créationnisme et, faute pour elle de s’y plier, elle y sera contrainte par le préfet. C’est aussi le financement obligatoire de lieux de culte, dans le cadre du rapport Machelon cité plus haut. Bref, croyant ou pas, le contribuable devra sortir l’argent de sa poche pour les croyances des autres. Laïcité positive pour quelques-uns, négative pour la grande majorité de Français qui ne pratiquent aucune religion. Laïcité à sens unique : payer plus pour prier plus.

Avec l’ouverture, les fastes de milliardaires, les virées dans l’empire du toc Disneyland, nous avions oublié le concept de "droite décomplexée" chère au président. La voici qui arrive. La vieille droite maurassienne et bigote, chafouine devant cette République qu’elle n’a jamais aimée, poussiéreuse malgré les ors du Vatican, rétrograde, profondément rétrograde.

Publié dans Politique et société

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