Viande Hallal, Viande Cacher, Où vont nos cantines ?

Publié le par Comité 1905 Draguignan

Tiré du site "Histoire de mémoire.org": 
jeudi 4 octobre 2007.

Viande Hallal, Viande Cacher Où vont nos cantines ?

Ces jours derniers, un débat fort animé réunissait sur les ondes d’une radio périphérique, la journaliste Cécilia Gabison du Figaro et Monsieur Mouloud Aounit, président du MRAP.

Le sujet ? Prépondérant en cette période de catastrophe planétaire. Il s’agissait en effet des enfants renvoyés de la cantine de Villefranche, pour avoir refusé de consommer la viande non halal qui leur était servie.

Avec les grands mouvements du cœur au service des plus démunis, qu’on lui connaît, Monsieur Aounit affirmait avec passion que la République doit se montrer généreuse : un enfant est un être vulnérable ; à ce titre, son éducation ses aspirations ne peuvent être ignorées du milieu scolaire qui l’accueille.

Suivait une description détaillée du vécu de ces pauvres enfants, déjà mis à mal par le déséquilibre alimentaire occasionné par un repas sans protides auquel s’ajoutait ce jour là, la frustration psychologique de la réprobation institutionnelle.

Démonstration magistrale s’il en fut. Je ne vous le cache pas, il y avait du convaincant dans cette diatribe portée par un homme « au seul service de la justice » comme il se présentait lui-même.

Convaincue je suis donc et je me permets de demander : que faut-il faire pour rétablir cette justice à laquelle vous semblez aspirer si profondément, Monsieur Aounit ?

La réponse péremptoire arrive aussitôt : je vous le dis, la seule solution consiste à proposer dans les cantines, de la viande halal, et cacher ajoute-t-il, pour le bien être de ces enfants.

La question est posée, et demande un supplément d’information. Le lecteur non averti pourrait penser en effet, que l’administration a des refus autoritaires, voire abusifs à l’encontre de ses administrés.

Or que sont ces aliments halal et cacher, leur définition, leur préparation, les contraintes qu’ils imposent ??

La viande halal

C’est une viande propre à la consommation des musulmans. Ce qui la caractérise est la technique d’abattage de la bête. Pour être qualifié de halal (licite, autorisé) et non haram (proscrit) comme la viande de porc par exemple, la viande doit provenir d’un animal abattu par un musulman.

L’animal doit être tourné vers la Mecque. L’acte s’accompagne des paroles « Au nom de Dieu, Dieu est grand ». Le décret de 1980 précise que l’abattage rituel ne peut être reconnu que si le sacrificateur est « une personne qualifiée par des organisations religieuses reconnues ».

Dans certains cas d’urgence de la demande (périodes d’Aïd) des autorisations sont accordées à des sacrificateurs quelques heures, un jour ou plus par semaine.

La viande ainsi abattue est reconnue halal par un cachet visible.

Pour un enfant musulman, il suffirait donc que de la viande halal soit cuisinée et servie à la cantine pour être en conformité avec ses croyances religieuses.

Et le "cacher", me direz-vous ? Il en va tout autrement

Manger "cacher" ne consiste nullement à éliminer la viande de porc, ni a sacrifier l’animal d’une certaine façon ! Le judaïsme impose un ensemble de règles alimentaires très strictes dont nous énumérerons quelques unes :

Interdiction absolue de tuer pour se nourrir car l’homme n’est pas un prédateur. Le sacrificateur de l’animal a une formation poussée en théologie et des connaissances physiques des seules 4 espèces animales autorisées à la consommation.

Interdiction formelle donc de chasser ou de consommer le produit de la chasse.

Interdiction totale de consommer le sang, d’où une certaine préparation très précise avant cuisson de la viande. (Ce qui soit dit en passant, ridiculise d’autant le festival burlesque et haineux du feuilleton Al Manar, montrant des juifs égorgeant un enfant pour préparation de leurs galettes de Pâques !!)

Impossibilité de mélanger lait et viandes qui sont deux principes opposés l’un de vie, l’autre de mort.

Pour clôturer le tout, la vaisselle utilisée doit obéir aux mêmes règles. Cette énumération ne fait qu’effleurer le sujet, car dans sa consommation « l’homme-cacher » doit respecter l’environnement végétal et animal.

En conclusion, si un enfant juif veut ou doit manger cacher, en dépit de la bonne volonté de Monsieur Aounit, il ne saurait trouver d’autres solutions que de déjeuner chez lui ou de s’inscrire dans un circuit scolaire adapté.

Cette proposition prouve donc malgré son apparente ouverture à l’autre une méconnaissance totale de cet autre, ou la simple volonté de faire un effet d’annonce.

Jamais des particuliers juifs ou leurs institutions n’ont songé à déposer une demande aussi particulariste, aussi contraignante pour l’institution, aussi inepte et inadaptée au contexte social.

Tout au long d’une longue carrière à la direction d’un établissement de l’Education Nationale, alors que 2 maisons d’enfants juifs relevaient du secteur scolaire de cet établissement, jamais il n’est venu à ma connaissance une demande aussi saugrenue qui de toutes façons aurait été balayée d’un revers de la main !

Je dis bien saugrenue car nous tenterons à présent de comprendre le fonctionnement de ces cantines scolaires selon qu’elles se situent dans le premier ou le second degré.

Les cantines d’écoles élémentaires

Elles dépendent pour tout leur fonctionnement de la commune. La préparation des repas autrefois confectionnée sur place, est désormais sous-traitée à des entreprises connues.

Les repas à ce niveau, sont livrés dans la salle de restauration et le menu est unique pour cause de gestion.

Le personnel d’encadrement est recruté par la commune et se charge de faire en sorte que les « petits » vident leurs assiettes, selon la tradition « repas payé, repas consommé ». La façon d’encadrer cette dégustation diffère d’un lieu à l’autre, d’une année à l’autre.

Les « dames de la cantine » ne sont pas toujours le meilleur souvenir de nos chères têtes blondes, car souvent débordées et peu formées, elles tentent du mieux qu’elles peuvent de faire avaler en un minimum de temps le menu imposé.

Tout ce que l’on peut affirmer, c’est qu’elles le font toujours avec sérieux et abnégation, et ce n’est pas une tâche facile. Les enfants d’aujourd’hui étant particulièrement gâtés, capricieux et agités.

Comment imaginer dans ce fonctionnement quelque peu stakhanoviste, des régimes alimentaires particuliers ?

Nous savons déjà l’immense difficulté des parents d’enfants allergiques à les faire admettre en cantine. Leur éviction n’est souvent due qu’à une impossibilité matérielle de faire face.

J’ai connu des cantines élémentaires où des tentatives étaient faites, et où, à l’entrée de la cantine, une dame tapait allègrement des mains en criant « les sans-cochons, les arabes et les juifs, par ici » !

Cette précaution, j’ai pu le vérifier, causait plus de sentiment d’éviction, de gêne et de têtes basses que l’absence de viande conforme.

Dans le secondaire les choses sont beaucoup plus simples et plus complexes à la fois.

Les cantines sont gérées par l’établissement. Les repas sont souvent pris dans des self confortables et accueillants. Les convives ont en règle générale la liberté de composer leur menu en fonction des plats proposés. Cela allège le problème sans le résoudre pour les musulmans et juifs.

Le nombre de rationnaires est fixé à l’année. Une fois le budget établi, les achats et les menus suivent la même règle. Nous sommes loin de la gestion mère de famille adaptable à toutes les variantes et impondérables.

Les marchés sont traités par appels d’offre et l’on ne peut déroger à la loi. Pour l’efficacité financière il faudrait donc mettre tout l’établissement au Halal ou au cacher. Aberration sans nom.

Après avoir tenté de comprendre pourquoi l’institution, dans sa gestion courante ne peut assurer les particularismes, nous tenterons de comprendre pourquoi, des contraintes alimentaires ne sauraient s’imposer à la collectivité.

Les contraintes alimentaires

Elles sont contraintes religieuses, quelque peu ésotériques pour qui n’en détient pas le sens. Elles touchent et atteignent l’individu dans ce qu’il a de plus intime : l’intériorité de son corps ; son intimité. Elles ont une signification métaphysique complexe que l’on ne peut séparer.

Les imposer à toute une collectivité pour le bénéfice de quelques uns, revient à imposer une adhésion induite, signifiante, à un système, un mode de vie et de pensée qui ne concernent que le particulier et les choix privés.

C’est incontestablement une forme de prosélytisme actif inconcevable dans ce moule formateur que doit rester l’école de la République !

Un temps privilégié de partage

En conclusion, l’heure du repas est le moment privilégié où tous les enfants de France partagent le pain le couvert, la plaisanterie, le savoir vivre ou l’indiscipline enfantine.

Séparer des enfants du groupe pour leur offrir d’autres nourritures conformes à la conscience de leurs parents, relève du sacrilège. C’est à la cantine que se constituent les j’te parle j’te cause plus..

De grâce, laissons aux enfants ce temps privilégié qui leur appartient et qu’ils savent tellement mieux que nous adultes mettre en commun sans arrière pensées ni rejets.

La famille doit rester le lieu de l’identité, l’école le lieu du partage et de l’amitié, de la France de demain.

Josiane Sberro © Primo Europe Personnel de Direction Retraite (P.A.)

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francois 24/01/2010 16:04


Repas halal ne signifie pas repas avec viande halal.
Refuser d'entendre cette demande ne peut s'appuyer sur l'argument du partage des repas puique ces enfants ne fréquente pas la cantine ou n'y mange pas la viande.
Des repas sans viande sont une bonne solution.


Eiralafey 02/06/2009 19:53

Et que pensez-vous des enfants végétariens qui souhaiteraient ne pas manger de viande à leur repas de cantine(lorsque "l'âge de souhaiter" le permet, dans le cas contraire je parlerai plutôt du souhait des parents) ? Que pensez-vous de la proposition de menus végétariens à la cantine ? Portez-vous le même discours ? N'est-il pas plus sain et "normal" de respecter ces choix, qui en somme fait parti de la liberté et du respect de chacun ?

Go 19/02/2009 16:01

De grâce, en France, la liberté, c'est d'être comme tout le monde ! Aussi, interdiction aux différences, même religieuses. A bas l'intégration et vive l'assimilation ?! Nous continuons la régression, moi qui étais convaincu que les différences favorisaient LA TOLERENCE : quelle méprise !!!

Em 19/02/2009 15:57

Expliquez bien à qui voudra et pourra y croire que l'absence de viande le vendredi s'intègre dans l'esprit de la laïcité et de la démocratie !!!